Ces Républicains qui lâchent Donald Trump après ses propos sur les "fraudes"

Robin Verner
·5 min de lecture
Donald Trump - Brendan Smialowski
Donald Trump - Brendan Smialowski

Donald Trump n'est assurément pas seul, mais à l'évidence son attitude face à la tournure prise par l'élection présidentielle qui l'oppose à Joe Biden tend à l'isoler au sein de son propre parti. Ce vendredi, deux jours après le scrutin, les voix sont nombreuses à s'élever parmi les élus républicains pour dénoncer son obstination à évoquer sans preuve des "fraudes", voire des "votes illégaux" censés avoir corrompu le processus électoral. Ces soupçons nourrissent sa volonté d'exiger un arrêt des dépouillements dans certains Etats pour un recomptage intégral.

"Il n'y a aucune excuse pour les commentaires du président"

Larry Hogan, gouverneur républicain du Maryland, est de ces critiques. Ancien soutien de Chris Christie lors de la primaire de 2016, et très critique envers le comportement de Donald Trump face au Covid-19, c'est peu dire que l'homme ne comptait déjà pas parmi les amis du président sortant. Mais le tweet publié dans la nuit de jeudi à vendredi le fait cette fois nettement entrer en confrontation avec le chef d'Etat:

"Il n'y a aucune excuse pour les commentaires du président qui ont sapé notre processus électoral ce soir. L'Amérique compte les voix, et nous devons respecter les résultats comme nous l'avons toujours fait jusqu'ici. Aucune élection, aucun individu n'est plus important que notre démocratie".

Autre visage cardinal des Républicains et opposant de l'intérieur notoire, le sénateur de l'Utah Mitt Romney a lui aussi haussé le ton. Celui qui fut candidat à la présidence en 2012, dont on sait qu'il n'a pas apporté son suffrage à Donald Trump, a souligné sur Twitter l'absence d'éléments étayant les théories avancées par le candidat:

"Compter chaque vote est le coeur de notre démocratie. Le processus est souvent long et frustrant pour les candidats. Les votes seront comptés. Si on découvre des irrégularités présumées, il y aura des enquêtes puis on résoudra l'affaire devant les tribunaux. Ayez foi en votre démocratie, dans notre constitution, et dans le peuple américain".

La révolte des élus

Ces charges seraient-elles restreintes au pré carré de dissidents du Parti républicain? Non. Marco Rubio, sénateur de Floride, ancien rival de Donald Trump lors de la primaire de 2016 puis rallié au chef de l'exécutif, est lui aussi sorti du bois.

"Prendre plusieurs jours pour compter des votes légalement exprimés n'est pas une fraude. (...) Si un candidat croit qu'un Etat transgresse les lois électorales il a le droit de porter le dossier devant la justice et de présenter des preuves à l'appui de ses dires", a-t-il écrit.

Will Hurd, élu du 23e district du Texas à la Chambre des Représentants, a été plus clair encore dans sa désapprobation.

"Un président en exercice qui sape notre processus politique et qui met en doute la légalité des votes d'innombrables Américains sans preuve, ce n'est pas seulement dangereux et mauvais, ça sape la fondation même sur laquelle cette nation s'est bâtie. Le vote de chaque Américain doit compter", a-t-il écrit.

Adam Kinzinger, représentant de l'Illinois, un temps envisagé par la Maison Blanche pour endosser les fonctions de secrétaire à la Force aérienne, s'est emporté sur Twitter: "Si vous avez de légitimes préoccupations concernant une fraude présentez des preuves, et portez-les devant les tribunaux. Arrêtez de propager des désinformations déjà démontées... Ça devient dingue".

"Où sont les Républicains!"

Nikki Haley, qui fut l'ambassadrice des Etats-Unis aux Nations Unies, dont les relations avec Donald Trump se sont révélées complexes durant le mandat, s'est fendue d'un commentaire plus contourné, dans lequel des partisans du président ont vu un "éloge funèbre" déguisé: "Nous sommes tous reconnaissants envers le président Donald Trump pour la manière dont il a permis des victoires conservatrices au Sénat, à la Chambre des Représentants, dans les législatures d'Etat. Lui et le peuple américain méritent équité et transparence dans le comptage des votes. La loi doit être respectée. Nous devons continuer à avoir foi dans le fait que la vérité prévaudra".

Ce spectacle de mutinerie n'a pas échappé à Eric Trump, l'un des fils du président sortant, qui s'est époumoné sur Twitter: "Où sont les Républicains! Redressez-vous. Combattez la fraude. Si vous vous comportez comme des moutons, nos électeurs ne l'oublieront jamais!"

Fox News en position inconfortable

Quelques responsables républicains ont tout de même défendu la cause de Donald Trump publiquement. CNN relève ainsi que Lindsey Graham, sénateur de Caroline du Sud, a martelé jeudi: "Si je suis là ce soir c'est pour soutenir le président Trump. Tous les Américains devraient faire front. Quoi qu'ils voient... Dites-nous si vous repérez quelque chose d'anormal. (...) Ne gardez pas le silence. On ne peut pas laisser ça se passer juste sous notre nez".

C'est à l'antenne de Fox News qu'il a lancé son appel. Or, Fox News se trouve elle-même en une position inconfortable. Après avoir servi de caisse de résonance à l'administration en place au cours du dernier mandat, la chaîne est à présent en butte aux vives critiques de celle-ci, et de ses supporters, notamment pour avoir attribué très tôt le succès dans l'Arizona à Joe Biden.

Ce média n'est pas un cas isolé dans le monde de la presse conservatrice. Le New York Post, un tabloïd associé à la droite américaine, a également dit tout le mal qu'il pensait des dernières saillies présidentielles. "Un Donald Trump abattu dénonce sans preuve une fraude électorale lors d'un discours à la Maison Blanche", a ainsi tweeté le journal.

Article original publié sur BFMTV.com