Réforme des retraites : ces jeunes nous expliquent pourquoi ils se sentent concernés

Protesters hold a banner reading
THOMAS SAMSON / AFP Protesters hold a banner reading "Youth" and a placard reading "hight school students are angry" (C) during a rally in Paris on January 19, 2023, as workers go on strike over the French President's plan to raise the legal retirement age from 62 to 64. - A day of strikes and protests kicked off in France on January 19, set to disrupt transport and schooling across the country in a trial for the government as workers oppose a deeply unpopular pensions overhaul. (Photo by Thomas SAMSON / AFP)

MANIFESTATION - La retraite est-elle une affaire de jeunes ? Il semblerait que oui. De nombreux cortèges de lycéens et d’étudiants étaient présents à la mobilisation contre la réforme des retraites, jeudi 19 janvier 2023, à Paris, répondant aux appels de leurs différents syndicats, comme l’UNEF, la FSE ou encore la FIDL, le syndicat lycéen. Ces jeunes s’accordent tous sur un point : oui, cette réforme les concerne aussi.

« Ce n’est pas seulement une affaire de vieux. C’est une affaire intergénérationnelle qui touche les jeunes, les actifs, les chômeurs et les personnes âgés », nous glisse Gwenn, un lycéen de 17 ans également président de la FIDL 94, présent lors du rassemblement.

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Parmi les arguments contre la réforme, les lycéens et étudiants présents dans le cortège citent un risque de précarisation, mais aussi une logique de surconsommation et de surproduction, aux antipodes, selon eux, de la lutte contre le réchauffement climatique.

Les points chauds de la réforme

Si l’allongement du temps de travail jusqu’à 64 ans les inquiète, ce n’est pas uniquement par peur d’avoir à travailler plus d’années. « Si les travailleurs restent en poste plus longtemps, il y aura moins de possibilités d’emploi pour nous. Le marché sera saturé », estime Zélie, une lycéenne âgée de 15 ans venue manifester au cœur du cortège. Son inquiétude ? « On passera plus de temps à chercher un travail. Donc, on obtiendra un métier plus tard et notre âge de départ à la retraite sera décalé. »

Ils sont plusieurs à mettre en avant un risque de précarisation de la jeunesse. « Il y a 18 % de chômage chez les jeunes (très exactement 18.3 %, au troisième trimestre de 2022, selon l’INSEE, ndlr). Si on décale l’âge du départ à la retraite, ce chiffre ne fera qu’augmenter », argumente Gwenn.

Cette génération se dit aussi solidaire avec ses aînés. « Voir mes parents continuer autant d’années, ça a l’air compliqué », nous dit Pauline, une étudiante en art de 24 ans, massée avec d’autres camarades de son école avant de rejoindre le cortège. « Je vais travailler en freelance, je sais que je n’aurai pas de retraite, ou qu’elle sera morcelée. J’ai un peu fait une croix dessus. Mais je ne manifeste pas forcément pour moi. »

Alors que le cortège tarde à s’élancer, Stina, une lycéenne de 17 ans, nous explique qu’elle s’inquiète aussi pour la retraite de ses parents. Ils pourraient, par épuisement, partir avant 64 ans et donc avec des pensions de retraite plus faibles. « Ce sera à nous, leurs enfants, de les aider financièrement. Ça nous prendra du temps et ça risque de nous précariser encore un peu plus », considère la jeune fille.

Retraite et réchauffement climatique

L’économie et le marché de l’emploi ne sont pas les seules préoccupations de ces jeunes. Zélie est également présente pour lutter contre le réchauffement climatique. Elle établit un lien avec la réforme des retraites : « Travailler plus longtemps pour produire plus et consommer plus. Ça va avec plus de pollution. Et la planète va déjà très mal. » Elle est rejointe par Antoine*, un autre lycéen, lui en classe de terminale. Sous sa capuche et son masque, il dénonce : « La reforme des retraites est un cadeau au système capitaliste et aux riches en général. Cette logique est hypernocive pour l’environnement. »

Le lycéen souhaite que l’on sorte de « cette logique de productivisme », lui qui ne veut pas vivre dans un « monde complètement détruit ». Il n’arrive pas à imaginer sa vie à 60 ans. « Est-ce qu’il y aura encore des choses quand j’aurai cet âge-là ? C’est la première question à se poser, estime-t-il, pessimiste. Je ne me vois pas dans une société industrialisée. Sinon, je ne vivrai pas jusqu’à 60 ans. Où alors peut-être dans une ZAD (rires) ? »

Idem pour Stina qui a « du mal à [...] projeter à 60 ans » car elle ne « sait pas si le monde sera viable à ce moment-là ». La lycéenne ne veut pas non plus vivre dans « un monde détruit par les générations précédentes et subir des canicules de 50 degrés l’été, où tous les pays tempérés sont surpeuplés car les autres zones du globe sont invivables ».

Lutter contre le gouvernement

Derrière les inquiétudes, un sentiment sous-jacent : celui d’une défiance envers le gouvernement. Les jeunes sont aussi présents dans le cortège car cette réforme est « un symptôme de la déconstruction du système tel qu’on le connaît actuellement », selon Pauline.

Salomé, une étudiante en Master MEEF et secrétaire générale de l’UNEF Nanterre, est regroupé avec les membres de son université et de son syndicat. Alors qu’ils lancent des chants, sautent et brandissent une banderole contre de la réforme, elle s’extirpe pour répondre à nos questions et dénoncer la logique du gouvernement : « Précariser les étudiants, précariser les retraités, précariser les travailleurs. C’est maintenant qu’il faut s’unir contre la réforme mais aussi contre l’ensemble des politiques de Macron. »

Pour la militante, emmitouflée dans son K-Way rose fluo, cette réforme rentre donc dans un cadre plus large de politiques qui touchent aussi la jeunesse. « Le gouvernement prévoit une réforme des bourses et des aides sociales qui ne peut aller que dans le mauvais sens selon le début d’infos qu’on a, alerte-t-elle. Les jeunes ne se sentent pas forcément concernés par une réforme aussi lointaine. Mais c’est une logique d’ensemble. Si on laisse le gouvernement faire, ça veut dire laisser la porte ouverte à d’autres réformes. »

« Tous les droits qu’on a obtenus sont passés par des grèves et des manifestations de masse », rappelle l’étudiante qui espère, à l’âge de 60 ans, « vivre dans une société dans laquelle on n’aura plus toutes ces formes d’exploitation et d’oppression, où on n’aura plus à se battre pour réclamer des conditions de travail et des salaires dignes ».

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