La récupération politique a eu la peau du zimdancehall, le dancehall du Zimbabwe

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Le 16 avril 1980, un Boeing 707 a changé l’histoire du Zimbabwe. Accueilli par une foule compacte dans la capitale de cet État d’Afrique australe, l’appareil de Bob Marley était non seulement là pour apporter une bande-son à l’indépendance, tout juste acquise aux dépens du Royaume-Uni, mais il allait aussi tracer un nouveau sillon dans le grand disque de la musique nationale. Après le concert inaugural du “roi du reggae”, le pays s’est emparé de la culture des sound systems et a créé son propre genre : le zimdancehall.

Présentée comme “un mélange de dancehall et de reggae à la sauce locale” par la revue en ligne African Arguments, cette musique bidouillée dans les townships permettait notamment de conjurer les galères du quotidien, dans un pays mené d’une main de fer par Robert Mugabe de 1987 à 2017. Après la démission du dictateur, désormais décédé, la situation ne s’est guère améliorée sous Emmerson Mnangagwa. La moitié de la population vivait dans l’extrême pauvreté en 2020, selon l’Unicef, et l’inflation galope encore une fois cette année.

Un peu d’espoir

Le zimdancehall “donnait aux gens du ghetto qui n’avaient pas de perspectives un peu d’espoir”, observe le chanteur Ras Caleb, signé sur le label ChillSpot Records.

“Il faut bien comprendre que c’était une bouée de sauvetage.”

Si l’artiste parle au passé, c’est que le style ne remplit plus autant son rôle. À force d’être récupéré par les élites politiques et économiques, il a été vidé de sa dimension subversive.

Pour fêter ses dix ans, ChillSpot Records a organisé un grand concert le 21 juin 2022 à Harare, la capitale du Zimbabwe. Mais les légendes du zimdancehall se sont fait attendre. Sur scène, une enfilade de figures politiques locales se sont félicitées d’avoir soutenu la scène musicale de la ville, dans un concert de louanges à contre-temps. “On n’est pas venu pour ça”, se sont mis à éructer certains spectateurs, alors que les bouteilles volaient.

Instrumentalisé par des opportunistes

Autrefois prompts à dénoncer les inégalités et la corruption, les artistes rendent aujourd’hui hommage aux membres de la Zanu-PF, le parti qui dirige le pays depuis son indépendance. Pas sûr que Bob Marley aurait approuvé. “Étant donné sa popularité, le zimdancehall a été instrumentalisé par des opportunistes, qui y ont vu un moyen de manipuler les talents vulnérables ou mal informés”, juge le critique musical Plot Mhako, cité par African Arguments. Résultat : le genre est en perte de vitesse.

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