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Présidentielle au Sénégal : qui est Bassirou Diomaye Faye, l'opposant qui crée la surprise

En attendant les résultats officiels dans quelques jours, Bassirou Diomaye Faye a été félicité par le candidat du pouvoir. La victoire semble se rapprocher.

En attendant l'officialisation des résultats, Bassirou Diomaye Faye est célébré par ses supporters  (Photo by MARCO LONGARI / AFP)
En attendant l'officialisation des résultats, Bassirou Diomaye Faye est célébré par ses supporters (Photo by MARCO LONGARI / AFP)

De la prison à la tête du Sénégal en à peine quelques jours ? C'est la trajectoire plus que surprenante que pourrait connaître Bassirou Diomaye Faye dans la semaine, en attendant l'officialisation des résultats. Lundi après-midi, il a été félicité par son principal adversaire Amadou Ba, le candidat du pouvoir reconnaissant ainsi sa défaite.

Dans la nuit de dimanche à lundi, 7 des 17 candidats avaient déjà félicité Bassirou Diomaye Faye pour sa victoire. Le candidat à la présidence du Sénégal, membre de l'opposition, est en effet donné en tête des résultats de la présidentielle par plusieurs médias. Certains quotidiens titrent même sur son élection, comme le rapportent des journalistes sur place.

Le "plan B" de son parti

Quelque soit le résultat officiel, attendu d'ici vendredi au plus tard, le score de Bassirou Diomaye Faye est déjà une surprise. À 44 ans, il n'était que le plan B des Pastef, les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité, qu'il a cofondé en 2014, et qui a été dissous par le gouvernement en juillet dernier.

Le candidat initialement prévu, Ousmane Sonko, n'a pas pu se présenter en raison du refus des autorités de lui donner ses fiches de parrainage. En cause, une condamnation à deux ans de prison ferme pour "corruption de la jeunesse" en 2023 et la confirmation, le 4 janvier 2024 par la Cour suprême du Sénégal d'une condamnation à six mois de prison avec sursis qui avait été prononcée en mai 2023 pour diffamation du ministre du Tourisme.

Adoubé par le candidat attendu, Ousmane Sonko

Place donc au "plan B" : son secrétaire général et bras droit, Bassirou Diomaye Faye. "Mon choix sur Diomaye n’est pas un choix de cœur mais de raison. Je l’ai choisi parce qu’il remplit les critères que j’ai définis. Il est compétent et a fait la plus prestigieuse école du Sénégal. Après presque 20 ans aux Impôts et Domaines où il a abattu un travail exceptionnel, personne ne peut dire qu’il n’est pas intègre. Je dirais même qu’il est plus intègre que moi. Je place le projet entre ses mains", a déclaré Ousmane Sonko à son sujet, lors d'une conférence de presse.

Issu d'une famille modeste, il est diplômé de l'ENA, et rejoint la direction générale des impôts où il rencontre Ousmane Sonko. Les deux hommes ont donc pour point commun d'être inspecteurs des impôts, d'avoir la quarantaine et surtout d'être tous les deux derrière les barreaux lorsque la candidature de Bassirou Diomaye Faye est officialisée.

Emprisonné jusqu'à mi-mars

Car depuis avril 2023, Bassirou Diomaye Faye est poursuivi pour outrage à magistrat, diffamation et actes de nature à compromettre la paix publique pour avoir critiqué la façon dont la justice traitait les dossiers relatifs à Ousmane Sonko. Il était emprisonné à la prison du Cap Manuel, à Dakar. Sauf que n'ayant pas été jugé, sa candidature avait été jugée recevable. Ils ne sont libérés que dix jours avant l'élection, à la faveur d'une loi d'amnistie.

"Parrainer Diomaye Faye, c'est parrainer Sonko", assure même le Pastef lors de la campagne pour récolter des parrainages, pour prouver que les deux hommes portent le même projet. "Nous n’avons jamais mis en avant les individus dans notre formation politique. Ousmane Sonko est le porteur d’un projet qui n’est pas fusionné avec sa personne. Quelqu’un doit pouvoir reprendre le flambeau s’il est empêché", assurait Bassirou Diomaye Faye au Monde.

Le "candidat du changement de système"

Bassirou Diomaye Faye se présente comme le "candidat du changement de système", après douze ans de règne de Macky Sall, qui n'est pas candidat à sa succession et laisse la place à son Premier ministre, Amadou Ba.

Le candidat prône le rétablissement de la souveraineté nationale, bradée, selon lui, à l’étranger. Proposition phare pour retrouver la souveraineté : l'abandon du Franc CFA et l'objectif d'une monnaie unique pour l’ensemble des pays de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest.

Une campagne tumultueuse

Il veut combattre la corruption, alors que le Conseil constitutionnel en est accusé lors de l’examen des dossiers de candidature à l’élection présidentielle, en écartant certaines candidatures. Ce qui avait incité le président à repousser l'élection, projetant le pays dans une crise politique.

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Il souhaite aussi mieux répartir les richesses, notamment en renégociant les contrats miniers, gaziers et pétroliers conclus avec des compagnies étrangères.

Autre élément de son programme, il veut être le candidat d’un "panafricanisme de gauche", qui désigne une idéologie qui promeut l'indépendance totale du continent africain, et encourage la pratique de la solidarité entre les Africains.