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Pologne : une activiste condamnée pour avoir aidé à un avortement

Justyna Wydrzynska, une activiste polonaise condamnée pour avoir aidé à un avortement - WOJTEK RADWANSKI / AFP
Justyna Wydrzynska, une activiste polonaise condamnée pour avoir aidé à un avortement - WOJTEK RADWANSKI / AFP

Une activiste polonaise a été condamnée mardi par un tribunal de Varsovie à des travaux d'intérêt général pour avoir aidé à un avortement, un cas sans précédent en Pologne, un pays doté d'une loi anti-IVG parmi les plus restrictives en Europe.

Justyna Wydrzynska, qui a fourni des pilules abortives à une femme enceinte, a été reconnue "coupable d'avoir prêté assistance" à la pratique d'une interruption volontaire de grossesse et s'est vu infliger "huit mois de travaux d'intérêt général à raison de 30 heures par mois", a écrit sur Twitter l'organisation Abortion Dream Team, dont elle est une des cofondatrices.

"Je ne me sens pas coupable, je n'accepte pas ce jugement", a déclaré Justyna Wydrzynska à la presse à la sortie du tribunal, annonçant qu'elle allait faire appel et qu'elle allait continuer à aider les femmes. "Rien n'a changé", a-t-elle ajouté.

Les attendus de la décision de justice n'ont pas été rendus publics.

"Un gouffre"

"La condamnation d'aujourd'hui constitue un nouveau gouffre dans la répression des droits reproductifs en Pologne: un recul pour lequel les femmes et les jeunes filles - et ceux qui défendent leurs droits - paient un lourd tribut", a commenté Agnès Callamard, la secrétaire générale d'Amnesty International, dans un communiqué.

"Cette affaire crée un dangereux précédent en Pologne, où l'avortement est presque totalement interdit, et donne un aperçu effrayant des conséquences des lois aussi restrictives", a-t-elle ajouté.

Maître Anna Bergiel, l'avocate de Justyna Wydrzynska, a estimé que le tribunal voulait envoyer "un message à la société selon lequel un tel comportement, une telle aide, ne seront pas tolérés".

Pour une association de juristes ultracatholiques, "l'accusée, ainsi que tout l'environnement des militants (du droit de pratiquer) l'avortement, fait la promotion de l'avortement, y compris l'avortement pharmacologique, depuis des années, se moquant de la loi en Pologne".

"L'arrêt dans l'affaire Justyna Wydrzynska doit donc être considéré comme une étape importante vers le respect réel du droit à la vie des enfants à naître en vigueur en Pologne", a insisté Magdalena Majkowska, d'Ordo Iuris, dans un communiqué.

Jusqu'à trois ans de prison

L'activiste risquait jusqu'à trois ans de prison pour avoir "fourni une assistance" à cet avortement et "avoir mis sur le marché des médicaments sans autorisation", en vertu de la législation polonaise, une des plus strictes en Europe dans ce domaine.

Selon Natalia Broniarczyk, une militante d'Abortion Dream Team, le procureur a requis un peine moins sévère "car on est dans une année électorale", précisant que la majorité des Polonais se prononcent désormais en faveur d'une libéralisation de la loi sur l'avortement.

D'après un sondage réalisé début mars, 83,7% des Polonais sont favorables à une telle libéralisation. Seules 11,5% des personnes interrogées voudraient maintenir le statut légal actuel.

"C'est un jugement absurde et honteux", a écrit sur Twitter l'eurodéputé polonais Robert Biedron : "l'État polonais a échoué et les fanatiques ont remporté une nouvelle bataille".

En 2020, une femme dans sa 12e semaine de grossesse et voulant l'interrompre a demandé de l'aide à Justyna Wydrzynska, dont le collectif Abortion Dream Team qu'elle a contribué à créer revendique avoir rendu possibles 44.000 avortements en 2022, soit 107 par jour.

Auparavant, cette femme voulait se rendre dans une clinique spécialisée dans les IVG en Allemagne mais son mari l'a empêchée de partir. Alors qu'elle attendait chez elle un colis avec les pilules, celui-ci a appelé la police qui a confisqué le médicament et ouvert une enquête. La femme a fait une fausse couche par la suite.

Article original publié sur BFMTV.com