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PFL Paris: Doumbè-Baki, pourquoi ce combat fascine (spoiler: ils ne s’aiment pas)

La bataille psychologique jusqu’au bout. Avant leur choc tant attendu ce jeudi dans le main event (combat principal) du PFL Paris, à l’Accor Arena de Bercy, Cédric Doumbé et Baysangur "Baki" Chamsoudinov devaient se retrouver lundi soir dans une rue de la capitale française avec vue sur la Tour Eiffel pour immortaliser un premier face-à-face. Un rendez-vous raté, Doumbé arrivant quand Baki était déjà parti, qui a permis aux deux adversaires de remettre une couche sur leur rivalité via les réseaux sociaux. Avec une double annonce. Coté Doumbé: "Lâche ça, tu sens la pression, t’inquiète ça va aller, c’est presque fini". Côté Baki: "Effectivement c’est bientôt fini".

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Invaincus en carrière pro en MMA, 5-0 pour Doumbé, 7-0 pour Baki, les deux protagonistes du choc comptent à peine une grosse dizaine de combats en cumulé. Aucun des deux n’a jamais remporté la ceinture d’une organisation majeure dans cette discipline. Mais leur opposition fascine et excite tout le MMA français. Sur le sol hexagonal, impossible de trouver un combat entre représentants tricolores qui a autant alimenté les passions depuis la légalisation de la discipline dans notre pays en 2020. Jusqu’à avoir rempli Bercy en quelques dizaines de minutes sur ce seul combat! Mais pourquoi un tel niveau d’intérêt?

Il faut d’abord comprendre qui sont les deux garçons. D’un côté, Cédric Doumbé, 31 ans, ancien champion du GLORY en kickboxing, où son nom restera comme un des plus grands de sa génération et sans doute même un des meilleurs de l’histoire, qui a entamé il y a quelques années une transition vers le plus lucratif MMA et annonce depuis à chaque micro qu’il va éteindre tout le monde sur son passage, les plus grands noms compris. Un spécialiste pour rentrer dans la tête de son adversaire et lui proposer un combat mental qui va bien au-delà de la cage, comme il l’a encore prouvé face à Jordan Zebo (mis KO en neuf secondes) pour sa première sous les couleurs de l’organisation PFL fin septembre 2023 à Paris, un moment qui lui a permis de consolider son statut parmi les plus grandes stars du MMA tricolore (voire la plus grande) même sans combattre dans la prestigieuse UFC.

De l’autre, "Baki" Chamsoudinov, 22 ans, ancien judoka devenu une des stars de l’organisation française ARES où il aurait pu prendre la ceinture des -77 kilos en novembre dernier sans une pesée ratée et considéré par beaucoup – même au-delà de nos frontières – comme l’un des plus grands espoirs du MMA mondial. Deux parcours très différents qui dessinent l’idée d’un choc de générations. Avec une force populaire énorme derrière. Très suivi sur les réseaux sociaux, 1,1 million de followers sur Instagram pour Doumbé, 313.000 pour Baki, les deux comptent dans leur sillage une grosse communauté de followers prêts à prendre leur défense face au camp adverse à coups de posts qui font monter la sauce.

On touche à l’ADN de la fascination autour de ce choc. La rivalité XXL entre les deux. Qui ne date pas de l’annonce du combat, loin de là. Début 2022, en réponse à un tweet du compte MickaBabayaga (un proche de Baki) qui évoque la possibilité de le voir mettre "la tête de Doumbé sur son palmarès, et le plus vite possible", Baki répond par trois mots qui annoncent la couleur: "On est prêt". La température ne va plus arrêter de monter. Un an plus tard, alors que Doumbé a publié peu avant une vidéo où il chambre son pote Nassourdine Imavov pour sa défaite contre Sean Strickland à l’UFC, le combattant d’origine tchétchène ne se défile pas face à la question dans le RMC Fighter Club: "Est-ce que je suis chaud pour l’affronter? Bien sûr. Sans problème. N’importe quand."

Relancé pour savoir s’il souhaitait ce combat pour le défi ou avec la certitude de s’imposer, il poursuit: "C’est dans l’option sûr de le battre. J’en suis sûr." Il reviendra peu après avec une formule depuis beaucoup reprise par son rival pour le moquer dans sa communication: "Doumbé? Je le prends facile!" Depuis, les deux ne manquent pas une occasion de se titiller. A commencer par un Doumbé qui sait parfaitement jouer à ce jeu via ses vidéos très virales. Pas dans la même organisation, pas dans la même trajectoire, on pensait ne jamais les voir se croiser dans une cage. Mais le PFL, boosté par la réussite médiatique du Doumbé-Zebo, n’a pas laissé passer cette chance en or et a fini par réussir à les réunir sur une même affiche (Baki vise l’UFC et ne voulait pas rejoindre cette organisation mais il s’agit d’un one shot). Et les deux ont encore plus appuyé sur l’accélérateur pour se chauffer.

Au contraire de Zebo, Baki n’hésite pas à répondre au combattant d’origine camerounaise sur les réseaux sociaux et semble rester serein face au "pressing" de son rival. Parfait pour donner envie de voir qui va finir par s’imposer et pour créer chez le public, presque forcé à choisir un camp dans cette rivalité, un sentiment d’attachement/rejet envers les deux hommes qui fait toute la différence dans l’attente et la fascination autour d’un combat. Une tension également alimentée par la situation en arrière-plan, avec un Baki coaché par Fernand Lopez, "ennemi" déclaré de Doumbé (ce dernier avait profité du PFL Paris pour pointer au micro ses violences conjugales du passé) qui serait sans doute ravi de prendre une forme de revanche ce jeudi en participant à le faire chuter, et dont l’entourage contient notamment Nassourdine Imavov, lui aussi pris dans une rivalité publique et sans filtre avec Doumbé.

Cerise sur le gâteau, Baki pourrait être accompagné dans son coin par Khamzat Chimaev, une des stars de l’UFC, que Doumbé avait annoncé pouvoir éteindre il y a quelques mois. Bref, il y a de la tension de partout, au point de voir beaucoup dans le milieu s’inquiéter ces derniers jours d’éventuels débordements dans le public voire dans les entourages des combattants. Il faut surtout espérer un combat à la hauteur des inconnues qui l’entourent. Entre le maître du striking Doumbé et les grandes qualités de Baki sur la préhension, l’opposition de styles donne très envie, résumé par Baki dans le RMC Fighter Club en janvier 2023: "Le risque zéro n'existe pas. Mais la question est: est-ce qu’il va me mettre KO avant que je l’attrape?"

Chacun est persuadé de pouvoir battre l’autre avant la limite. Chacun en a convaincu son clan et ses fans. Chacun semble avoir préparé des "surprises" pour jeudi soir. Chacun sait sans doute déjà ce qu’il lancera au micro en cas de victoire. Et tout le monde a hâte. Le plus gros combat de la semaine pour un Français se passera deux jours plus tard, à Miami, avec Benoît Saint Denis face à Dustin Poirier en co-main event de l’UFC 299. Mais avec Doumbé-Baki, le MMA français va bel et bien vivre un moment unique en son genre.

Article original publié sur RMC Sport