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"Un peu notre Mbappé, notre Wembanyama": qui est Thomas Vernoux, l'ovni français du water-polo?

"Un peu notre Mbappé, notre Wembanyama": qui est Thomas Vernoux, l'ovni français du water-polo?

L'équipe de France de water-polo va faire face à une montagne ce mardi à 18h30 à Doha en quarts de finale du championnat du monde. La Hongrie, championne du monde en titre et nation phare de la discipline. Les Bleus ont réalisé leur meilleur résultat l'an dernier aux mondiaux de Fukuoka avec une sixième place, battus en quart de finale par l'Espagne. Cette fois-ci, ils sont déterminés à passer cette marche supérieure.

"L'objectif c'est d'arriver à passer ce cap du quart de finale", expliquait en début de tournoi le sélectionneur Florian Bruzzo.

"Arriver dans le dernier carré, ça n'a jamais été fait avant, et je pense que ça serait vraiment, vraiment bien de le faire pour acquérir de l'expérience avant les Jeux olympiques où on a l'objectif de faire une médaille." Et pour atteindre son objectif, l'équipe de France s'appuie sur son "phénomène" Thomas Vernoux, 21 ans seulement et prodige de son sport.

Un phénomène de précocité

"C'est un peu notre Mbappé, notre Wembanyama du water-polo français!" Posé dans le confortable canapé de l'hôtel des Bleus à Doha, Ugo Crousillat jette un coup d'œil malicieux à son coéquipier Thomas Vernoux qui attend son tour pour passer devant le micro... Et qui écoute d'une oreille. "C'est notre phénomène, poursuit le capitaine de l'équipe de France. Je ne lui dis pas mais je pense qu'il le sait. On a beaucoup de chance de l'avoir dans notre équipe."

A 21 ans, le poloïste marseillais est déjà le leader de cette équipe de France. Un talent précoce. Un surdoué de son sport. Après avoir tâté du tennis et du judo, le Marseillais se teste au water-polo à six ans, poussé par son oncle poloïste. Il fait ses débuts en équipe première du Cercle des Nageurs de Marseille à 13 ans seulement et signe un premier contrat professionnel à 16 ans.

"C'est arrivé tellement vite que ça m'est un peu tombé dessus. J'ai été professionnel sans même savoir si je voulais l'être", se rappelle Thomas Vernoux.

Avec une première sélection en équipe de France à 14 ans. "Moi, on me parle pas d'âge" lance dans un sourire le sélectionneur Florian Bruzzo, en référence à la célèbre sortie de Kylian Mbappé. "C'est de la même veine (que Mbappé), continue Bruzzo. Il déteste cette comparaison mais c'est de la même veine. Ca lui glisse dessus, ce n'est pas une histoire d'âge. Lui il veut tout le temps être là, il veut marquer, il veut être impactant pour l'équipe et vraiment pas de manière individuelle. Il n'est pas individualiste."

Poloïste, ingénieur, pianiste, astronome...

Autre similitude avec le Kyky de Bondy: une certaine insatiabilité. "Quand je le sors par exemple sur un match simple, il me regarde de travers. Il veut tout le temps jouer, il est tout le temps premier à l'entraînement, tout le temps le dernier. Donc l'histoire de l'âge pour lui ce n'est pas du tout un handicap. Il est hyper mature. Et c'est un garçon brillant, qui joue du piano, qui fait de l'astronomie..."

Thomas Vernoux suit un cursus aménagé en école d'ingénieur à Polytechnique Marseille. Et rejette gentiment cette comparaison avec la star du PSG. "Ce n'est pas que je n'aime pas être comparé, mais ça n'apporte pas grand-chose. C'est sûr que ça me fait plaisir parce que c'est un sacré éloge, mais je n'y prête pas vraiment attention."

Il faut dire qu'il voit encore plus grand. "Dans tout ce que j'entreprends, j'essaye d'être le meilleur. Mon objectif c'est d'être le meilleur. Donc d'arriver à avoir cette image auprès des autres ça fait plaisir parce que c'est ce que je veux, je veux arriver à ce niveau-là et être le meilleur joueur du monde. Mais il ne faut pas trop s'arrêter sur ça. Il faut encore que je progresse sur beaucoup de choses. On me compare à des jeunes, à des mecs qui ne sont pas encore les meilleurs du monde. Quand on me comparera aux meilleurs joueurs du monde comme des Lebron James en basket ou des Luka Modric en football, là je serai content. Pour le moment j'ai encore une énorme marge de progression."

Un physique hors norme

Confirmation avec son coéquipier à Marseille et en équipe de France Ugo Crousillat. "Surtout, il a la tête sur les épaules. Je pense que c'est une des choses les plus importantes et ce n'est pas facile. Il va encore beaucoup progresser. C'est un garçon intelligent et je le côtoie énormément, on est proche, je peux dire que c'est une bonne personne. Je pense qu'il a tous les atouts pour devenir encore plus fort qu'il ne l'est déjà."

"Non, ce n'est pas le meilleur joueur du monde aujourd'hui, poursuit Florian Bruzzo. C'est un garçon surdoué, qui est en avance sur son temps et avec lequel on a une grande ambition. On essaye de le faire évoluer. Physiquement c'est une bête, il a des qualités de puissance qui sont incontrôlables par n'importe quel joueur. On essaye de le faire évoluer sur plus de QI water-polo et il répond super bien. Donc je pense qu'il sera le meilleur joueur du monde. Le chemin est encore long mais il est sur la bonne route. Et puis c'est agréable d'avoir un garçon de ce talent là avec ce comportement et cette humilité. Pour le travail au quotidien c'est pour n'importe quel entraîneur assez facile."

Avec son physique hors norme, 1m96 pour entre 105 et 108 kilos, Thomas Vernoux est "notre facteur X, notre 'game changer'", détaille Bruzzo. "C'est lui qui fera changer le cours des matchs. Mais tout l'enjeu pour nous c'est de ne pas compter que sur lui, lui jeter la balle et lui dire 'vas-y mon grand, débrouille-toi et résous les problèmes'. Il y a aussi d'autres bons joueurs autour de lui. Mais tout le monde a accepté aujourd'hui qu'il avait pris le leadership technique. Je pense qu'il va y arriver et nous faire changer les matchs."

Et les équipes adversaires ont bien compris que museler le phénomène était indispensable. Mettre en place des "plan anti Vernoux". Pour les déjouer, Florian Bruzzo a fait bouger son joueur de poste depuis deux compétitions. Passer de la pointe (pivot) aux postes extérieurs. Pour encore plus de temps de jeu et encore plus d'impact.

L'espoir d'une médaille aux Jeux

Doué, talentueux... Et très rapide! Il y a trois ans il s'est amusé à nager un 50m nage libre avec un entraîneur de natation. Il n'a pas encore 18 ans et nage 22s90. Un temps, sans vraiment le travailler donc, qui lui permettrait quasiment d'entrer en finale des championnats de France de natation sur 50m.

"J'aimerais faire mieux" balance Vernoux qui ne se refait pas.

"Si je m'y étais vraiment mis j'aurais essayé de viser une médaille d'or. Pas juste une finale de championnat de France. Et pendant un moment on m'a chauffé pour faire en même temps les JO en natation et au water-polo mais c'est devenu impossible". Il ne marchera donc pas dans les traces de l'américain Johnny Weissmuller qui, avant d'incarner Tarzan, avait disputé les Jeux de 1924 en natation...et en water-polo.

1924, année du titre olympique de l'équipe de France en water-polo, premier sport collectif français en or aux JO. La photo de l'équipe de 1924 illustre le groupe WhatsApp des Bleus de 2024 qui rêvent de décrocher une médaille cet été. "Ce qui fait notre force c'est que dans l'eau, on est tous des chiens. On est un bloc, une équipe très soudée. On n'est pas comme les Hongrois, les Serbes ou les Croates à être très techniques. Mais on est tous soudés, on est une famille et ça se ressent dans l'eau. On est persuadés que si on arrive à faire des médailles ou des bons résultats le water-polo va sortir de l'ombre et c'est plus important que de faire une médaille. Ça va marquer l'histoire. Si on arrive à passer le cap de lancer ce sport et d'arriver à apporter un engouement, ce serait incroyable."

Article original publié sur RMC Sport