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Pénurie de professeurs : un an après, qu'est-ce qui a changé ?

Photo d'illustration (Photo by Daniel Cole / POOL / AFP)
Photo d'illustration (Photo by Daniel Cole / POOL / AFP)

La situation inquiète particulièrement dans certaines académies.

C'est une (mauvaise) habitude qui est en train de naître dans l'Éducation nationale. Comme l'an dernier à peu près à la même époque, les syndicats d'enseignants alertent sur le risque d'un manque d'enseignants à la prochaine rentrée scolaire, prévue dans moins de quatre mois.

Un calendrier qui coïncide avec les résultats des épreuves d'admissibilité pour devenir enseignant ou professeur, à l'issue desquelles une épreuve orale finira d'éliminer certains candidats. Mais avant même cette dernière épreuve, dans certaines matières, il y a davantage de postes à pourvoir que de candidats qui ont passé la première épreuve sélective.

Moins de candidats à l'oral que de postes à pourvoir

Dans le premier degré, plusieurs académies (Versailles, Créteil et la Guyane) sont particulièrement en difficulté sur ce point. Dans l'académie de Versailles, 833 candidats ont été admissibles au concours de recrutement de professeur des écoles pour 1285 postes proposés. À Créteil, 737 candidats admissibles pour 1166 postes et en Guyane 80 admissibles pour 165 postes, le tout avant les oraux qui réduiront un peu plus le nombre de candidats finaux.

"Il y a plusieurs explications : d'un côté ce sont des territoires pas spécialement recherchés, le coût de la vie en région parisienne est un des facteurs repoussant les enseignants, qui savent qu'en entrant dans les académies de Créteil ou Versailles, ils ne pourront pas espérer de mutation avant 15 ou 20 ans. L'autre problème c'est le manque d'attractivité, tant au niveau du salaire -qui peut paraître faible pour vivre dans des zones où le coût de la vie est élevé- que l'absence de prime pour enseigner dans ces zones spécifiques", détaille Guislaine David, porte parole du SNUipp-FSU.

Certaines matières en difficultés de recrutement

Un problème également constaté dans le second degré. "Dans certaines matières, on a moins de candidats admissibles que de postes à pourvoir, comme en allemand ou en lettres classiques, et dans d'autres matières, le nombre d'admissibles est tout juste au dessus des postes à pourvoir, mais descendra en dessous après les oraux, comme en maths, en anglais, en espagnol ou en physique chimie", prolonge Sophie Venetitay, secrétaire générale du SNES-FSU.

Et ce malgré les annonces censées attirer davantage de candidats vers les métiers de l'enseignement : un minimum de 2000 euros nets mensuels pour les enseignants débutants, une hausse de 8 à 11% de salaire pour ceux qui sont dans leurs quinze premières années de carrière, une revalorisation plus modérée pour les enseignants avec davantage d'ancienneté, ainsi que des missions supplémentaires pouvant entrainer des hausses de salaire. Insuffisant selon les syndicats, qui parlent d'un problème plus profond.

"On craint un retour des 'job dating'"

Pour éviter des classes sans professeur à la rentrée de septembre 2022, des enseignants avaient été recrutés, à la hâte, par 'jobs dating', des entretiens courts qui avaient fait grincer des dents. "On craint un retour des "job dating", des enseignants recrutés en 30 minutes et lancés dans le grand bain avec une bouée percée. On va refaire ça, ça va donner les mêmes résultats", redoute Sophie Venetitay, qui déplore que la réponse n'a pas été suffisante pour faire face à la pénurie".

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Car le risque, ce sont des démissions rapides de ces personnels précaires, et souvent sans expérience de l'enseignement. "Dans le Val-d'Oise, entre 40 et 50 contractuels ont quitté leur poste dans l'année par exemple", illustre Guislaine David.

"Beaucoup de contractuels, qui ne savent pas à quoi s'attendre, finissent par démissionner"

Cette année, c'est un peu mieux anticipé, l'académie de Créteil recrute 500 contractuels en juin, pour avoir le temps de les former et les payer cet été afin d'être sûrs qu'ils soient présents à la rentrée", remarque Guislaine David, qui nuance immédiatement son propos." Mais c'est assez incertain comme recours, car beaucoup de contractuels, qui ne savent pas à quoi s'attendre, finissent par démissionner au bout de quelques semaines. ils sont alors remplacés par un autre contractuel, qui lui aussi peut partir notamment en voyant les moyens dérisoires alloués pour remplir sa mission", illustre la porte-parole du SNUipp-FSU, qui déplore que "le choc d'attractivité promis par le ministère, n'a pas été suivi des faits".

Conséquence de ce turnover des contractuels, "on a des classes qui peuvent se retrouver 8 à 10 semaines sans professeur. Les élèves sont répartis dans d'autres classes, mais quand ils dispatchés, on accueille, on n'enseigne pas". Une difficulté à recruter des enseignants qui a un impact sur la qualité de l'enseignement et qui se téléscope avec des difficultés à trouver des enseignants remplaçants.

Les manques de professeurs remplaçants

Une difficulté mise en avant par la plainte déposée par des parents d'élèves, qui attaquent collectivement l'Etat en justice pour le non-remplacement des enseignants absents. Une première plainte collective, toujours en cours d'instruction, avait été lancée l'année passée.

"C'est une problématique qui a toujours existé mais qui est devenue plus fréquente. On manque de remplaçants car il y a eu des suppressions de postes. Quand on a voulu dédoubler les postes des les zones d'éducation prioritaire par exemple, cela a été fait en puisant dans le vivier de professeurs remplaçants, dont la titularisation n'a pas été compensée. La solution est simple, il faut recruter, et pour cela attirer, donc augmenter significativement les salaires et améliorer les conditions de travail", tranche Guislaine David.

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