La parité euro-dollar, bonne ou mauvaise nouvelle pour les Français?

L'euro a perdu 55% de sa valeur face au dollar en près de 14 ans. Et ce n'est pas sans impact sur la vie économique du pays et le pouvoir d'achat des Français (photo d'illustration). (Photo: Le HuffPost)
L'euro a perdu 55% de sa valeur face au dollar en près de 14 ans. Et ce n'est pas sans impact sur la vie économique du pays et le pouvoir d'achat des Français (photo d'illustration). (Photo: Le HuffPost)

L'euro a perdu 55% de sa valeur face au dollar en près de 14 ans. Et ce n'est pas sans impact sur la vie économique du pays et le pouvoir d'achat des Français (photo d'illustration). (Photo: Le HuffPost)

MONNAIES - Un euro pour un dollar. C’est la parité, très symbolique, touchée ce mardi 12 juillet sur le marché des devises internationales où, peu avant midi, 1 dollar s’échangeait pour 1 euro. Cette égalité de valeur est sans précédent depuis décembre 2002, lorsque les interrogations sur la monnaie unique encore jeune pesaient encore sur son cours.

Depuis, l’euro, qui est aujourd’hui la monnaie de 19 pays de l’Union européenne et bientôt 20 avec l’entrée de la Croatie en janvier 2023, s’était fortement apprécié, atteignant un pic en 2008, lors de la crise économique des subprimes. Il y a 14 ans, revendre 1 euro vous permettait de recevoir plus de 1,55 dollar. Un temps qui semble bien lointain, la monnaie européenne ayant perdu près de 55% depuis ces sommets, et pas moins de 14% depuis le début de l’année 2022.

Comment expliquer cette chute depuis le début de l’année? D’abord par les craintes de récession en Europe liée aux répercussions de la guerre en Ukraine mais également par l’action de la banque centrale américaine qui a relevé ses taux pour lutter contre la flambée des prix, alors que la Banque centrale européenne (BCE) temporise plus. Mais cette baisse de l’euro, qu’est-ce que ça change concrètement pour les Français? Le HuffPost fait le point.

Un fort impact sur votre pouvoir d’achat

C’est la conséquence la plus marquante, et elle touche l’ensemble des Français et un grand nombre d’entreprises. Pétrole, gaz, matières premières échangées et vendues en dollar... En plus d’être une valeur refuge pour les investisseurs, le dollar est également la monnaie d’échange des grands marchés internationaux. Près de la moitié des produits importés dans la zone euro sont ainsi facturés après avoir été payés en billets verts.

Une fois ces produits transformés ou revendus sur le marché européen ou en France, ce taux de change est directement répercuté sur votre facture. La baisse de l’euro renforce donc la hausse des prix de l’essence, du diesel et du fioul sur notre continent. Même effet sur le chocolat, le sucre, le blé ou encore le coton pour ne citer qu’eux. La baisse de l’euro contribue donc à accélérer l’inflation et à réduire le pouvoir d’achat des ménages européens.

Une bonne nouvelle pour le tourisme en Europe?

La dépréciation de l’euro n’est pas sans impact sur l’un des principaux secteurs de l’économie française: le tourisme. Des restaurants, aux agences de voyages en passant par les musées et les hôtels, le secteur représentait plus de 8% du PIB et près de 1,3 million de salariés avant la crise du Covid.

Si beaucoup de touristes voyageant en France partagent la même monnaie, l’évolution des cours pourrait en revanche pousser des Américains, où des résidents de pays dont la monnaie est arrimée au dollar comme des Israéliens, des Qataris ou encore des Jordaniens à se rendre ou revenir en Europe pour profiter de cet effet de change favorable.

À l’inverse, voyager en dehors des frontières de la zone euro peut s’avérer de plus en plus onéreux pour les Français qui le peuvent. Plusieurs pays ont cependant vu leur devise encore plus dévisser que l’euro, comme la Turquie ou la Hongrie.

Un effet d’aubaine pour les entreprises?

Pour les entreprises, l’effet de la baisse de l’euro varie selon leur dépendance au commerce extérieur et à l’énergie. “Les entreprises qui exportent hors de la zone euro bénéficient de la dépréciation de l’euro, car leurs prix sont plus compétitifs (une fois convertis en dollars), tandis que les entreprises qui importent se retrouvent pénalisées”, résume à l’AFP Philippe Mutricy, directeur des études de la banque publique Bpifrance.

La grande gagnante de la baisse de l’euro est l’industrie manufacturière qui exporte ses produits à l’étranger, notamment l’aéronautique, l’automobile, le luxe ou la chimie. En revanche, pour les entreprises dépendantes des matières premières et de l’énergie et qui exportent peu, comme les artisans locaux, les coûts explosent.

De plus, les grands groupes sont “mieux préparés aux chocs”, car ils bénéficient d’un mécanisme de couverture qui permet d’atténuer la fluctuation des cours de devises, souligne Philippe Mutricy. “Ils achètent des devises à l’avance à un cours intéressant qui protège des variations de cours”.

Un effet sur les taux et les prêts?

La dépréciation de l’euro, en accélérant l’inflation, peut inciter la Banque centrale européenne (BCE) à relever plus vite ses taux directeurs. Elle se prépare d’ailleurs à les remonter en juillet pour la première fois depuis 11 ans, puis possiblement à le faire une seconde fois en septembre.

“On peut dire que la BCE ne devrait pas réagir au renchérissement des matières premières, mais son défi de regagner le contrôle sur l’inflation devient encore plus grand, car le prix des importations augmente à cause de l’augmentation du taux de change”, souligne auprès de l’AFP William De Vijlder, économiste chez BNP-Paribas.

Conséquences: pour les particuliers, les crédits immobiliers ou les prêts à la consommation pourraient, eux aussi, voir leur taux grimper. Les entreprises, elles aussi, devraient se financer à un coût supérieur. C’est d’ailleurs l’objectif de la banque centrale: freiner la consommation pour endiguer l’inflation. Une stratégie qui comporte un risque pour la croissance économique.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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