Pérou : état d’urgence, manifs... Ce que l’on sait de la contestation historique

Hundreds of protesters gather at the main plaza in the Andes city of Puno, in southern Peru, in support of ousted president Pedro Castillo on January 9, 2023. - Political upheaval has roiled Peru since then-president Pedro Castillo in early December sought to dissolve Congress and rule by decree, only to be ousted and thrown in jail. Castillo's was replaced by his vice president, Dina Boluarte, who since then has faced a wave of often violent demonstrations calling for his return to power. (Photo by Juan Carlos CISNEROS / AFP)
JUAN CARLOS CISNEROS / AFP Hundreds of protesters gather at the main plaza in the Andes city of Puno, in southern Peru, in support of ousted president Pedro Castillo on January 9, 2023. - Political upheaval has roiled Peru since then-president Pedro Castillo in early December sought to dissolve Congress and rule by decree, only to be ousted and thrown in jail. Castillo's was replaced by his vice president, Dina Boluarte, who since then has faced a wave of often violent demonstrations calling for his return to power. (Photo by Juan Carlos CISNEROS / AFP)

PEROU - Le soulèvement au Pérou. Plusieurs régions péruviennes sont en état d’urgence depuis la mi-décembre alors que de nouvelles manifestations de masse s’organisent ce dimanche 15 janvier contre la présidente Dina Boluarte. Cette mesure, prolongée samedi et en vigueur pour 30 jours, autorise l’armée à intervenir pour maintenir l’ordre et entraîne la suspension de plusieurs droits constitutionnels comme la liberté de circulation et de réunion et l’inviolabilité du domicile.

Les heurts entre forces de l’ordre et manifestants ont fait au moins 42 morts en cinq semaines. Outre Lima, les départements de Cusco et Puno (sud) sont notamment soumis à l’état d’urgence, de même que le port de Callao, à côté de la capitale. Dimanche, plus d’une centaine de barrages routiers continuaient de bloquer la circulation dans 11 des 25 régions du Pérou, notamment dans le sud, épicentre de la contestation.

Mais comment a émergé cette crise et pourquoi le pays en est-il arrivé là ? Le HuffPost fait un point sur cette contestation historique.

Le candidat de « l’espoir » élu

Tout commence lors de la présidentielle péruvienne en juillet 2021, lorsqu’un ancien instituteur, Pedro Castillo, remporte les élections.

Une grande surprise pour un candidat originaire d’une région andine et vient « d’un milieu populaire », explique au Figaro Lissel Quiroz, professeur d’études latino-américaines à l’Université Cergy-Paris. Un candidat porté par la communauté autochtone dont il est issu et qui voit en lui « l’espoir du changement » face aux élites politiques de Lima.

La tentative de coup d’État de Castillo

Mais l’espoir est de courte durée. En seize mois, Pedro Castillo est visé par trois procédures de destitution par le Parlement. Selon Le Monde, « sa présidence avait été marquée par l’incompétence et l’instabilité ».

En décembre, le président tente par conséquent de dissoudre le Parlement. Il est alors accusé d’avoir tenté de perpétrer un coup d’État, est destitué, puis arrêté le 7 décembre.

La vice-présidente Boluarte prend le relais

Dina Boluarte, qui était la vice-présidente de Pedro Castillo, lui a succédé conformément à la Constitution. Elle est issue du même parti de gauche que lui. Mais les manifestants voient en elle une « traîtresse ». Rappelons que le Pérou a eu six présidents en cinq ans.

« Elle est assez représentative de la classe politique péruvienne qui tire les ficelles du pouvoir depuis plusieurs années », expliquait notamment le 9 décembre au Figaro, Jorge Aragon, professeur à l’Université pontificale catholique du Pérou.

Ils exigent désormais son départ ainsi que des élections immédiates. Ce qu’elle refuse. Les élections, prévues en 2026, ont déjà été rapprochées à 2024.

Certaines régions se soulèvent, les morts se comptent par dizaines

Aujourd’hui, les manifestations qui étaient jusque-là surtout localisées dans les régions du sud du pays, non loin de la frontière bolivienne, ont gagné la capitale et les morts se comptent par dizaine.

Depuis le début de la crise, les heurts entre manifestants et forces de l’ordre ont fait au moins 42 morts, dont un policier brûlé vif par la foule, selon le Défenseur du peuple (ombudsman). Les protestations ont par ailleurs fait au moins 531 blessés, dont 176 policiers, et 329 personnes ont été arrêtées, selon le parquet.

Le gouvernement accuse des « agitateurs professionnels »

« Certaines voix provenant des partisans de la violence et des radicaux demandent ma démission, incitant la population au chaos, au désordre et aux destructions. À eux je leur dis de façon responsable : je ne vais pas démissionner, mon engagement est avec le Pérou », a affirmé Dina Boluarte dans un message à la nation diffusé par la télévision d’État. Le gouvernement attribue les troubles à des « agitateurs professionnels financés par de l’argent illégal ».

La police a annoncé l’arrestation d’une dirigeante syndicale de la région d’Ayacucho, Rocio Leandro, accusée de financer les manifestations et de recruter des manifestants. Selon un porte-parole de la police, le général Oscar Arriola, Rocio Leandro appartenait, sous le nom de guerre de « Camarade Cusi », au défunt groupe armé maoïste Sentier Lumineux.

Une enquête pour « génocide » ouverte

La Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), qui a achevé vendredi une mission d’inspection, a requis une enquête impartiale sur la répression des manifestations, estimant que des indices pointaient vers un « usage excessif de la force ».

Le parquet péruvien a pour sa part ouvert une enquête pour « génocide » contre Dina Boluarte et plusieurs autres hauts responsables.

Démissions en cascade, Boluarte s’excuse mais ne cède pas

Trois membres du gouvernement Boluarte ont démissionné en deux jours : le ministre du Travail Eduardo Garcia, en désaccord avec la gestion des manifestations par le gouvernement, celui de l’Intérieur Victor Rojas, et la ministre de la Femme et des Populations vulnérables Grecia Rojas.

« Je ne peux cesser de réitérer mes condoléances pour les morts de Péruviens dans les actions de protestation. Je demande pardon pour cette situation », a dit Dina Boluarte dans son message à la nation. Mais elle a refusé de convoquer une assemblée constituante, comme le réclament également les manifestants. « On ne peut pas faire cela du jour au lendemain », a-t-elle plaidé.

Le vice-ministre de la Gouvernance territoriale, Jose Muro, a déclaré dimanche, à TV Peru, que le gouvernement allait instaurer des « espaces pour le dialogue » sur tout le territoire pour discuter des diverses demandes sociales. « Dites à nos frères que cette semaine, nous avons l’intention d’établir des espaces de dialogue pour répondre à ces demandes » a-t-il assuré.

Préparation d’une nouvelle vague de contestations lundi

Des manifestations massives sont annoncées pour lundi dans les régions marginalisées du sud des Andes et à Lima, où des groupes de manifestants ont commencé à arriver samedi soir pour prendre le « contrôle de la ville ».

Plus d’une centaine de barrages routiers bloquent depuis samedi la circulation à travers le Pérou, principalement dans le sud, épicentre de la contestation, mais également autour de Lima.

Si les autorités ont rouvert samedi l’aéroport international de Cusco, d’importance vitale pour le secteur touristique péruvien, après l’avoir fermé jeudi, les trains à destination du Machu Picchu, seul moyen d’accéder au célèbre site, étaient, eux, toujours suspendus.

Les syndicats locaux affirment que le secteur du tourisme perd jusqu’à sept millions de sols (environ 1,7 million d’euros) par jour en raison de la crise.

À voir également sur Le HuffPost :

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.

Lire aussi