Les naissances prématurées pourraient être liées à la présence de produits chimiques dans le vagin

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SANTÉ - « Une piste supplémentaire pour diminuer la prématurité dans le monde. » C’est comme ça que la cheffe du service gynéco-obstétrique de l’hôpital Antoine Béclère à Clamart, Alexandra Benachi, décrit cette nouvelle étude qui établit un lien d’association entre la présence de produits chimiques dans le vagin et les accouchements prématurés. Des substances chimiques que l’on retrouve également dans certains cosmétiques et produits d’hygiène.

L’étude a été publiée dans la revue scientifique Nature Microbiology le 12 janvier 2023. Pour parvenir à leurs conclusions, les scientifiques de l’université de Columbia ont suivi 232 femmes dans leur deuxième trimestre de grossesse jusqu’à la naissance de leur enfant. Elles sont 80 à avoir vécu un accouchement prématuré - qui intervient avant la 37e semaine de grossesse.

Les chercheurs ont prêté une attention particulière au « métabolome vaginal » des femmes qu’ils ont suivies. Il s’agit de l’ensemble des petites molécules - appelées métabolites - que l’on trouve dans une partie du corps. 700 métabolites différents ont été identifiés.

Certains étaient particulièrement élevés chez les femmes ayant vécu un accouchement prématuré. « Plusieurs de ces métabolites sont des produits chimiques qui ne sont pas produits par le corps humain ou les microbes », explique dans un communiqué le Professeur Tal Korem, qui a pris part à l’étude.

Pas de relation causale établie pour l’instant

Mais pour Alexandra Benachi, « le fait qu’il y ait des métabolites dans le vagin associé à la prématurité n’est pas nouveau ». Elle insiste et se montre rassurante : « C’est un lien d’association mais on ne peut pas dire qu’il y ait une relation causale. Ce n’est pas parce qu’il y a des métabolites que la patiente va accoucher prématurément. »

Les causes de prématurité sont en effet multiples : « Malformations utérines, infections, grossesses multiples, certaines patientes plus âgées qui sont plus à risque de développer des pathologies… » Elle estime néanmoins cette association intéressante à étudier.

Mais de l’aveu du professeur Tal Korem, la source de ces métabolites reste inconnue, même si « tous pouvaient être trouvés dans les cosmétiques et les produits d’hygiène ». Selon lui, les résultats de l’étude suggèrent que « nous devons examiner de plus près si les expositions environnementales courantes sont en fait à l’origine des naissances prématurées et, si c’est le cas, d’où proviennent ces expositions ».

Réduire la prématurité

L’idée est de diminuer le nombre de naissances prématurées car elles comportent des risques. « La bonne nouvelle est que si ces produits chimiques sont à blâmer, il est peut-être possible de limiter ces expositions potentiellement dangereuses », suggère le professeur.

La présence de ces substances extérieures au corps humain pourrait aussi permettre d’anticiper les naissances prématurées, selon le professeur Tal Korem : « Nos résultats démontrent que les métabolites vaginaux ont le potentiel de prédire, des mois à l’avance, quelles femmes sont susceptibles d’accoucher prématurément. »

L’enquête nationale périnatale de 2022, menée par l’INSERM et Santé Publique France, nous apprend que le taux de prématurité est resté stable entre 2016 et 2021, autour de 7 %. « On devrait pouvoir faire mieux et diminuer la prématurité », estime Alexandra Benachi.

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