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Moment le plus adapté, mots employés, traitement... Comment annoncer son cancer à ses enfants?

"Il nous a fallu un certain temps pour tout expliquer à George, Charlotte et Louis". Comme tout parent atteint du cancer, la princesse de Galles, Kate Middleton, a dû annoncer sa maladie à ses enfants. Une étape difficile, contre-intuitive pour beaucoup, mais pourtant primordiale.

"Toutes les études ont montré que c'était favorable de le dire à ses enfants, peu importe leur âge, pour des raisons psychologiques. On pourrait être tenté de ne pas le dire pour les préserver mais il faut en parler", assure Karen Kraeuter, psychologue clinicienne spécialisée en oncologie interrogée par BFMTV.com.

En effet, les enfants, qui ressentent beaucoup les émotions des adultes, risquent de s'apercevoir que quelque chose ne va pas, et naturellement s'imaginer le pire.

"J’ai immédiatement su que je ne voulais pas leur cacher. J’ai grandi avec un père malade qui ne nous disait pas toujours tout, et j’en ai beaucoup souffert", témoignait Sophie, atteinte d’une forme agressive du cancer du sein, en octobre 2023 auprès du Huffington Post.

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A post shared by Viktorija Burakauskas (@toribur) on Jan 21, 2020 at 8:43am PST

Caroline explique quant à elle à l'association Roseup ne pas avoir réussi à l'annoncer tout de suite à son fils de 2 ans et demi: "mais il comprenait qu’il se passait quelque chose, il s’est mis à me taper", confie-t-elle.

S'il n'y a pas une seule et bonne manière d'en parler à ses enfants - "il faut faire comme on le sent, comme cela nous ressemble" d'après la psychologue -, certains conseils peuvent être suivis.

Au sein du foyer, avec du temps devant soi

D'abord, il faut prendre le temps pour le parent de "digérer", "d'encaisser un peu ce qui lui arrive" au risque sinon de "retransmettre à l'enfant une intense angoisse," soulignait la psychanalyste Nicole Landry-Dattée en octobre 2021 sur le plateau de La Maison des maternelles sur France 2.

Il est également préférable d'attendre d'avoir un diagnostic clair mais d'en parler avant le début des traitements, et par conséquent, avant l'apparition des effets secondaires. Il ne faut pas hésiter à en parler avec les équipes de psychologues des centres dédiés pour affiner sa stratégie.

"Il n'y a pas une meilleure façon de le faire, mais il y a des détails auxquels faire attention, comme le lieu ou la temporalité que l'on choisit", note la pédopsychiatre Anne Senequier dans les colonnes du Point.

Elle ajoute: "Aussi préférera-t-on son foyer – l'enfant le voyant comme un lieu rassurant, un refuge – plutôt qu'un lieu extérieur [...] On préférera aussi avoir du temps devant soi: pas entre deux portes ni au moment du coucher – l'enfant se retrouvant seul, avec des questions sans réponse".

La société canadienne du cancer conseille également de préparer ses mots, de s'exercer à voix haute, ou de mettre ses idées par écrit avant de se lancer.

Des mots adaptés à l'âge

Les fratries peuvent être informées collectivement ou individuellement. Les mots employés pourraient en effet être différents en fonction de l'âge des enfants.

"Pour les petits, le mot cancer peut être très abstrait, il vaut mieux parler de boule par exemple", suggère Karen Kraeuter.

Sophie, âgée de 37 ans, au moment de son témoignage explique avoir fait "toucher" à son fils de 5 ans et sa fille de 7 ans sa "boule" appelée "tumeur" pour qu'ils "comprennent".

La société canadienne du cancer suggère toutefois de ne "utiliser d’euphémismes" qui pourraient rendre les enfants "confus". "Si vous dites seulement que votre enfant est malade, ses frères et sœurs risquent de mal l’interpréter. La prochaine fois que son frère par exemple sera malade à cause d’un rhume, il peut avoir peur de devoir aller à l’hôpital et de recevoir une chimiothérapie. Il est préférable d’employer le mot précis, de l’expliquer et de le dissocier des mots qui font partie de la vie de tous les jours", détaille l'organisme caritatif sur son site internet.

Pour aider les parents, des outils existent comme des livres, des vidéos adaptées qui permettent aux enfants de visualiser. Comme le dessin animé Mission spéciale: Charly est malade qui explique, à travers un périple dans le corps d’un ours en peluche comment des cellules cancéreuses se développent et comment on les soigne.

Éviter les détails

Il est aussi conseillé de ne pas trop rentrer dans les détails. S'en tenir à la partie du corps touchée, aux traitements, aux effets secondaires possibles, et demander ce qu'ils aimeraient savoir d'autre.

Il faut plutôt "rester disponible aux réactions et aux questions, s'adapter au caractère de l'enfant, à ses besoins et à son rythme", conseille la spécialiste Karen Kraeuter.

La réaction des enfants peut surprendre les parents. Il n'est pas rare en effet qu'il fasse comme si de rien n'était après l'annonce. "Il faut attendre qu'il revienne en parler, ou alors s'il ne le fait pas, lui tendre des perches, il faut ouvrir la porte sans trop forcer", détaille la psychologue. "Il faut demander régulièrement s'ils ont des questions".

Il est également important de préparer l'enfant aux changements qui surviendront dans son quotidien, de continuer à communiquer par la suite et de lui préciser qu'il peut exprimer ses émotions, qu'il a le droit d'être triste, inquiet.

"Julie, ma fille de 7 ans, s’est mise à pleurer. Je leur ai dit que c’était normal d’être triste, d’avoir peur, d’être en colère, que nous ressentions ça nous aussi et que l’important était d’en parler. À nous, à leurs amis, à qui ils voulaient", témoigne Sophie.

"Il est déconseillé de dire que l'on est sûr de guérir"

Il est possible que l'enfant demande à son parent s'il va mourir. "Souvent les parents sont désarçonnés", constate Karen Kraeuter qui conseille "de ne pas s'engager sur des choses qui ne sont pas certaines".

"Il est déconseillé de dire que l'on est sûr de guérir. Il vaut mieux dire 'les médecins et moi faisons tout pour que ça n'arrive pas'", précise-t-elle.

Les enfants ont tendance à se sentir coupables, notamment ceux âgés de moins de sept ans. "Il faut leur expliquer qu'ils n'y sont pour rien, que ce n'est la faute de personne", assure la psychologue. Tout comme le fait que ce n'est pas contagieux. "La plupart de maladies infantiles qu'ils connaissent sont contagieuses, comme la gastro, la grippe. Les enfants peuvent donc avoir peur, il est important de leur dire que l'on peut continuer à faire des bisous, des câlins...", ajoute Karen Kraeuter.

Concernant la chute des cheveux, un effet secondaire de la chimiothérapie, il est préférable de leur expliquer, de leur montrer des dessins, des images pour qu'il se prépare avant que cela n'arrive à l'adulte. "Il faut aussi respecter s'il ne veut pas voir. Mais souvent les enfants s'adaptent beaucoup mieux que l'on imagine, mieux que les autres adultes", constate Karen Kraeuter.

Surveiller les réactions de l'enfant sur le long terme

Il est conseillé de prévenir l'école, quand ils sont jeunes notamment, afin qu'une vigilance particulière soit effectuée, comme à la maison, sur ses réactions. "Les enfants disent rarement qu'ils ne vont pas bien, mais cela va se manifester dans leur comportement, leur appétit, leur sommeil...", constate la psychologue. Les adolescents peuvent notamment avoir tendance à se renfermer, à devenir agressifs, à devenir plus difficiles. Les enfants, comme les parents, peuvent aussi se faire aider par un spécialiste. L'association Roseup souligne qu'il existe des groupes de parole pour les enfants ayant un parent malade et invite à se renseigner auprès des établissements de soins.

Outre l'annonce, il faut aussi faire attention à ce que l'enfant ne prenne pas la place du soignant. "Qu'ils aident, oui, mais il faut faire attention à ce qu'ils ne pensent pas que c'est à eux de soigner leur parent, et qu'ils ne fassent plus rien pour eux-mêmes", prévient Karen Kraeuter qui prend l'exemple d'une petite fille de 9 ans qui se "levait trois à quatre fois par nuit pour vérifier que sa mère respirait".

Enfin, d'une manière secondaire, cette dernière conseille de faire attention "aux traitements exceptionnels", au relâchement du cadre éducatif. "On a tendance à être plus cool, plus souple, mais il est important de maintenir un cadre, de préciser que ce sont des exceptions. Sinon, les parents rament fortement une fois le retour à la normale arrivé".

Article original publié sur BFMTV.com