Un missile balistique nord-coréen survole le Japon, Washington et Séoul ripostent avec une "frappe de précision"

Un homme regarde un écran de télévision montrant une émission d'information avec des images d'archives d'un essai de missile nord-coréen, dans une gare de Séoul, le 4 octobre 2022. - Jung Yeon-je / AFP
Un homme regarde un écran de télévision montrant une émission d'information avec des images d'archives d'un essai de missile nord-coréen, dans une gare de Séoul, le 4 octobre 2022. - Jung Yeon-je / AFP

La Corée du Nord a tiré ce mardi un missile balistique de moyenne portée qui a survolé le Japon, une première depuis 2017 constituant une nette escalade dans la campagne intensive d'essais d'armement menée par Pyongyang.

Le dernier tir de missile par Pyongyang au-dessus du Japon remonte à 2017, au plus fort de la période de "feu et de fureur" au cours de laquelle le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et le président américain de l'époque, Donald Trump s'échangeaient des insultes.

Ce mardi, l'armée sud-coréenne a déclaré avoir détecté le tir d'un missile balistique de moyenne portée, qui a volé sur une distance d'environ 4500 km à une altitude de 970 km, à une vitesse proche de Mach 17, survolant le Japon en direction de l'est.

"Les détails exacts font l'objet d'une analyse approfondie en coopération avec les Etats-Unis et la communauté internationale", a précisé l'état-major interarmées sud-coréen dans un communiqué.

Le Japon demande aux résidents concernés d'évacuer les lieux

Séoul a qualifié ce tir de "provocation" violant "clairement les principes universels et les normes des Nations unies". Le président sud-coréen Yoon Suk-yeol a promis une "réponse ferme" et la prise "de mesures appropriées en coopération avec les Etats-Unis et la communauté internationale".

Tokyo a également confirmé ce tir, activant, fait inhabituel, le système d'alerte aux missiles du pays et demandant à la population concernée d'évacuer les lieux.

"Un missile balistique est probablement passé au-dessus de notre pays avant de tomber dans l'océan Pacifique. Il s'agit d'un acte de violence qui fait suite aux récents tirs répétés de missiles balistiques. Nous le condamnons fermement", a déclaré le Premier ministre Fumio Kishida à la presse.

Selon le ministre japonais de la Défense Yasukazu Hamada, il pourrait s'agir d'un missile Hwasong-12, lancé par Pyongyang "à quatre reprises" par le passé. Si tel était le cas, ce tir marquerait un nouveau record de distance, Tokyo l'estimant à environ 4500 km.

Alliance Séoul-Tokyo-Washington

Les pourparlers avec Pyongyang étant au point mort, la Corée du Nord, dotée de l'arme nucléaire, a intensifié cette année ses projets de modernisation de ses armements, procédant notamment à un nombre record de tests d'armes.

Elle a notamment lancé un missile balistique intercontinental (ICBM) pour la première fois depuis 2017 et revu sa législation pour rendre "irréversible" son statut de puissance nucléaire. La semaine dernière, elle a procédé à quatre tirs de missiles balistiques de courte portée.

Ces tirs sont intervenus alors que Séoul, Tokyo et Washington ont mené le 30 septembre des exercices trilatéraux anti-sous-marins pour la première fois en cinq ans, quelques jours après que les forces navales américaines et sud-coréennes eurent conduit des manoeuvres à grande échelle au large de la péninsule.

La vice-présidente américaine Kamala Harris, qui se trouvait la veille à Séoul, a visité la zone démilitarisée (DMZ) entre les deux Corées, lors d'un voyage visant à souligner l'engagement "inébranlable" de Washington à défendre la Corée du Sud contre le Nord.

Les Etats-Unis consultent leurs alliés en vue d'une réponse "robuste"

Les Etats-Unis ont consulté le Japon et la Corée du Sud en vue d'une réponse "robuste" au tir, a annoncé la Maison Blanche. Le conseiller américain à la Sécurité nationale Jack Sullivan s'est entretenu séparément avec ses homologues sud-coréen et japonais pour élaborer une réponse "internationale appropriée et robuste".

Il a réaffirmé "l'engagement à toute épreuve" des Etats-Unis à la défense du Japon et de la Corée du sud, a précisé sa porte-parole Adrienne Watson dans un communiqué.

Dans un autre communiqué, le commandement américain de la région Asie-Pacifique a condamné ce lancement, affirmant que les "engagements de Washington pour la défense du Japon et de la Corée restent inébranlables".

"Les États-Unis condamnent ces actions et appellent la RPDC à s'abstenir de tout nouvel acte illégal et déstabilisateur", a-t-il déclaré dans un communiqué, en employant l'abréviation officielle désignant la Corée du Nord.

Réponse de Séoul et Washington avec une "frappe de précision"

En réponse au tir de Pyongyang, des avions de combat sud-coréens et américains ont mené mardi des exercices de frappe de précision, a communiqué Séoul, avec le largage de bombes sur une cible virtuelle dans la mer Jaune par deux avions de combat sud-coréens F-15K.

Ces exercices visaient à démontrer leur capacité "à conduire une frappe de précision sur (les sites à) l'origine des provocations", a décrit l'état-major interarmées de Séoul.

Environ 28.500 soldats américains sont présents en Corée du Sud pour les aider à se protéger contre le Nord.

"Un cycle de provocations et de tests"

La Corée du Nord, qui fait l'objet de sanctions de l'ONU pour ses programmes d'armement, cherche généralement à maximiser l'impact géopolitique de ses essais en choisissant le moment qui lui semble le plus opportun.

"Si Pyongyang a tiré un missile au-dessus du Japon, cela pourrait représenter une escalade significative par rapport à ses récentes provocations", a déclaré Leif-Eric Easley, professeur à l'université Ewha de Séoul.

"Pyongyang est toujours au milieu d'un cycle de provocations et de tests", a-t-il ajouté.

"Le régime de M. Kim développe des armes telles que des ogives nucléaires tactiques et des missiles balistiques lancés par sous-marin dans le cadre d'une stratégie à long terme visant à dépasser la Corée du Sud dans une course aux armements et à semer la discorde entre les alliés des États-Unis", a-t-il ajouté.

La crainte de voir la Corée du Nord se doter de l'arme nucléaire

Les responsables sud-coréens et américains préviennent depuis des mois que le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un se préparerait à effectuer un nouvel essai nucléaire.

Il pourrait être conduit après le prochain congrès du Parti communiste chinois qui débute le 16 octobre, ont indiqué ce week-end plusieurs hauts responsables du commandement américain pour l'Asie-Pacifique.

L'idée que la Corée du Nord dispose d'une arme nucléaire est d'autant plus inquiétante que, contrairement à d'autres puissances nucléaires, le régime de Pyongyang ne considère pas ce genre d'armement comme un outil de dissuasion destiné à ne jamais être utilisé.

Pyongyang a testé des bombes atomiques à six reprises depuis 2006. Le dernier essai en date, et le plus puissant, est survenu en 2017, d'une puissance estimée à 250 kilotonnes.

Article original publié sur BFMTV.com