Maud Fontenoy : "À cause de la pollution des océans, chaque semaine, on mange l’équivalent d’une carte bleue en plastique"

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Alors que le premier sommet international dédié aux océans se déroule à Brest, Maud Fontenoy a répondu aux questions de Yahoo sur les menaces qui pèsent sur la planète bleue. La navigatrice appelle le gouvernement à jouer un rôle majeur pour préserver les mers et leurs richesses.

Elle a traversé des océans entiers à la force de ses bras. A 44 ans, Maud Fontenoy se trouve aujourd’hui face à un tout autre défi. La navigatrice et ambassadrice du gouvernement pour l’éducation à la mer appelle la France à prendre le leadership pour sauver la planète bleue lors du One Ocean summit, qui se déroule à Brest du 9 au 11 février.

Ce sommet international, le premier dédié aux océans et à leur biodiversité encore méconnue, réunira scientifiques, politiques, associations et entrepreneurs pour aborder plusieurs dossiers maritimes.

Il faut "établir des barrières" à la pollution maritime

Pour Maud Fontenoy, les enjeux de cette réunion sont cruciaux. À 25 ans, elle a été la première femme à traverser l’Atlantique Nord à la rame, en 117 jours. À peine deux ans plus tard, elle a établi un nouveau record en traversant le Pacifique Sud, toujours à la rame et sans assistance. De ses exploits, elle garde le souvenir ému d’avoir navigué parmi un banc de baleines. Mais elle a aussi croisé de trop nombreux intrus.

"Quand tu rames et que tu croises une nappe d’hydrocarbures ou un frigo entre deux eaux au large de l’Antarctique, tu te dis qu’il y a franchement quelque chose qui va pas", se souvient-elle. Elle espère que le One Ocean summit sera l’occasion d’imposer de nouveaux objectifs pour lutter contre la pollution des océans, alors que "10 millions de tonnes déchets sont rejetés à la mer et que 60% des plus grandes villes du monde n’ont pas de station d’épuration". "Les États doivent se mettre d’accord pour établir des barrières" à la pollution.

Cette pollution est d'autant plus préoccupante qu'elle atterrit dans nos assiettes à travers les poissons que nous dégustons. "Chaque semaine, un individu mangerait l’équivalent de 5 grammes de plastique, c’est-à-dire une carte bleue, le plastique nous revient par nos sushis", souligne la navigatrice qui s’est engagée à droite dès 2004, à l’UMP, et a été conseillère régionale en Paca de 2015 à 2021.

La gouvernance est aussi un thème important à l'ordre du jour de ce sommet, "car 60% de la haute mer est sans juridiction", c’est-à-dire sous la responsabilité d’aucun Etat. Autre dossier urgent, l’acidification des mers. "Les océans sont le poumon de l’humanité, or en absorbant le dioxyde de carbone, ils s’acidifient, ce qui a des conséquences sur toute la vie océanique", explique Maud Fontenoy. Enfin, l’alimentation est aussi l’un des sujets phares de ce sommet, car "un humain sur trois ne mangerait pas de protéines s’il n’y avait pas d’océan".

"La France a une grande responsabilité en tant que 2ème puissance maritime"

C'est à la France de prendre le leadership lors de ce sommet international, estime Maud Fontenoy. "Nous avons une responsabilité et un pouvoir de changer les choses, car la France est la deuxième puissance maritime mondiale, derrière les États-Unis, avec 11 millions de km2 sous sa juridiction, grâce aux territoires d’outre-mer".

"C’est à nous d’assurer que ces océans ne soient ni surexploités, ni pillés, et qu’on ne reproduise pas en mer les erreurs qu’on a pu commettre sur terre", exhorte-t-elle.

"Les océans sont la trousse à pharmacie de demain"

La protection de nos océans est d’autant plus urgente et vitale qu’ils sont une ressource inestimable. Avec sa fondation, Maud Fontenoy essaie d’ailleurs de mieux informer le public, et surtout les plus jeunes, sur les richesses de la mer. "Les océans sont la trousse à pharmacie de demain", assure-t-elle, chiffres à l’appui. "Il y a 22 000 médicaments à l’étude, 12 prix Nobel ont décernés pour des travaux dans les océans". Elle cite aussi les travaux sur l’étoile de mer, qui ont permis de comprendre "la prolifération des cellules cancérigènes" dès 1908, et les recherches, plus récentes, sur l’éponge de mer, qui laissent entrevoir des remèdes aux cancers.

Tous ces trésors n’empêchent pas l’homme de détruire la planète bleue, dénonce Maud Fontenoy. Par exemple, "120 millions de requins sont tués chaque année uniquement pour leurs ailerons". En parallèle, "leur peau, dont la structure empêche la prolifération des bactéries, pourrait inspirer la création d’un revêtement pour recouvrir l’intérieur des hôpitaux et empêcher les maladies nosocomiales qui font des milliers de morts".

"Les océans sont la marmite de l’humanité, or ils se vident"

La pêche sera bien sûr également au menu de ce sommet, alors que la surexploitation menace certaines espèces de disparition. "Les océans sont la marmite de l’humanité, or ils se vident. Il y a un gaspillage colossal", déplore Maud Fontenoy. C’est pourquoi l’aquaculture, qui peut permettre de nourrir les générations futures, devra être "raisonnée", et reposera surtout sur les algues.

Ce sujet est aussi hautement politique. Face à la "politique de la mer offensive" de la Chine, "il faut assurer notre leadership", assure Maud Fontenoy. "Les dirigeants chinois ont intégré le fait que dominer la mer c’est dominer le monde, et que dominer l’économie maritime, c’est dominer l’économie mondiale". A ce sujet, la navigatrice décrit un écart gigantesque entre la pêche française, aux méthodes plutôt "artisanales", et la pêche chinoise qui représente "50% de la production mondiale" grâce à "des bateaux usines, qui font plus de 150 mètres qui vont racler tout ce qui existe dans la mer", décrit-elle. Faire le poids face à ce mastodonte ne sera donc pas chose aisée au sommet de Brest, mais Maud Fontenoy veut y croire.

Retrouvez l'intégralité de l'interview ici :