Malgré la guerre, les Ukrainiens célèbrent l'Épiphanie orthodoxe et s'immergent dans l'eau glacée

Un soldat ukrainien dans l'eau glacée du Donets, 19 janvier 2023  - BFMTV
Un soldat ukrainien dans l'eau glacée du Donets, 19 janvier 2023 - BFMTV

Un rituel qui, même en période de guerre, reste incontournable. Ce jeudi était célébrée, en Russie et en Ukraine, l’Épiphanie orthodoxe, une fête religieuse au cours de laquelle les croyants s'immergent dans l'eau glacée afin de célébrer le baptême du Christ. Une tradition qui permet également de s'absoudre de ses péchés et de recevoir une bénédiction divine.

"Dieu va nous aider à stopper l’agresseur"

Au son des missiles qui s'écrasent aux alentours et qui rappellent que le conflit n'est jamais très loin, plusieurs soldats ukrainiens se sont rendus au monastère de la Laure de la Sainte-Dormition à Sviatohirsk, dans l'oblast de Donetsk, afin de participer à la célébration.

Après que les prêtres ont béni la rivière Donets, qui a servi de ligne de démarcation naturelle entre les positions des forces russes et ukrainiennes lorsque Moscou a occupé la ville jusqu'en septembre 2022, plusieurs soldats se dirigent vers le cours d'eau qui ne dépasse pas les huit degrés en cette saison hivernale.

La règle est "simple", pour que la prière soit recevable, le fidèle doit se signer et s'immerger à trois reprises dans cette eau froide. Une immersion qui en plus de sa dimension œcuménique, aurait des vertus physiologiques. "On dort dans des tranchées et des bunkers, donc s’habituer au froid ça va nous rendre la vie moins difficile", explique Stanislav, soldat de l’infanterie ukrainienne, face à la caméra de BFTMV.

"Je ne dirais pas que ça me lave de mes pêchés, c’est plutôt l’inverse en fait, cette eau est bénite, ça veut dire que Dieu va nous aider à stopper l’agresseur, à arrêter ces démons", ajoute-t-il.

Tensions sociales

Cette année à Sviatohirsk, l'Épiphanie a une saveur forcément particulière et les ravages de la guerre ont laissé leur marque sur le monastère. Le vaste lieu saint porte encore les traces des combats, les murs sont marqués par des éclats d'obus et les dômes sont dépourvus de leur revêtement doré traditionnel.

"J'avais l'habitude de faire ça avec ma famille. Maintenant, je ne peux plus, je suis seul", raconte à l'AFP Oleksandre, enquêteur gouvernemental âgé de 34 ans, en se rhabillant après avoir plongé dans l'eau.

Moment de rassemblement, l'Épiphanie orthodoxe 2023 est également marquée par les tensions qui effritent peu à peu le tissu social local, certains habitants ayant célébré la prise de la ville par les Russes au début du conflit.

Le chef du monastère est lui-même un soutien affiché des séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine et l'allégeance de sa communauté à l'Église orthodoxe ukrainienne indépendante du patriarcat de Moscou est mise en question.

"C'est notre terre, c'est notre rivière", contre-attaque Ievguen, 41 ans, accompagné d'un petit groupe de ses frères d'armes de l'armée venu pour s'immerger.

"Ceux qu'ils ont bénis ici avant est leur affaire, c'est sur leur conscience, mais c'est nous qui vivons ici", ajoute-t-il en référence aux allégeances troubles du monastère de la Laure de la Sainte Dormition.

"La guerre est un mot terrible"

Une tradition qui n'est pas réservée aux militaires. Rencontré par l'AFP Valentyna Roudyk, 86 ans, vit pour sa part au monastère depuis plus de six mois, son appartement ayant été détruit pendant les combats.

L'un de ses fils l'accompagne jusqu'au bord de l'eau avant qu'elle ne se baisse et s'asperge vigoureusement le visage avec de l'eau froide. Un autre fils "se bat pour défendre notre patrie", dit-elle, mais de quelle patrie s'agit-il, Ukraine ou Russie, elle ne veut pas le dire.

"La guerre c’est un mot terrible, j’aimerais même l’oublier", dit-elle, auprès de BFMTV.

Malgré l'effervescence, Dmytro, un habitant de la région, note les différences avec l'année précédente.

L'année dernière, "il y avait des milliers de personnes venant de différentes villes", dit-il, mais avec les restrictions de mouvement dans la région et les infrastructures détruites, y compris le pont bombardé à côté du monastère, "il est presque impossible de venir". Cette année, "il n'y a presque pas de gens du tout", regrette-t-il auprès de l'AFP.

L'épineuse question religieuse

Depuis le début de l'invasion russe en février 2022, la question religieuse et l'influence de l'Église orthodoxe russe sont souvent remises en question en Ukraine. Dès le début du conflit le pouvoir russe s'est efforcé de donner une dimension religieuse et sacrée à son offensive contre l'Ukraine sous la bénédiction du patriarche de l'Église orthodoxe de Moscou, Kirill.

En réaction, de nombreux Ukrainiens ont fêté Noël le 25 décembre au lieu du 7 janvier, date du Noël orthodoxe, afin de défaire la tradition russe et de desserrer le joug de Moscou. Toutefois, nombreux restent les Ukrainiens à encore célébrer Noël en janvier, date à laquelle la Russie a réclamé un cessez-le-feu qu'elle n'a pas respecté.

Article original publié sur BFMTV.com