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"Un mépris insensible": ONG et pays dénoncent le véto américain sur l'appel à un cessez-le-feu à Gaza

Deux mois après le début de l'offensive d'Israël à Gaza en réaction aux attaques du Hamas sur son sol le 7 octobre, les États-Unis ont mis leur véto vendredi 8 décembre à une résolution du Conseil de sécurité appelant à un "cessez-le-feu humanitaire immédiat" à Gaza, à la grande déception de plusieurs ONG et d'autres membres du Conseil de sécurité.

Le projet de résolution qui a recueilli 13 voix en faveur, une contre (Etats-Unis) et une abstention (Royaume-Uni) avait été préparé par les Emirats arabes unis après l'invocation sans précédent par Antonio Guterres mercredi de l'article 99 de la Charte des Nations unies permettant au secrétaire général d'attirer l'attention du Conseil sur un dossier qui "pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales".

Washington ne veut pas "un cessez-le-feu non durable"

Mais les Américains, alliés d'Israël qui ont vendredi mis leur véto pour la 35e fois depuis 1970 à une résolution sur le dossier israélo-palestinien (sur 39 au total), ont répété vendredi leur hostilité à un cessez-le-feu.

"Nous ne soutenons pas une résolution qui appelle à un cessez-le-feu non durable qui va simplement planter les graines de la prochaine guerre", a justifié l'ambassadeur américain adjoint Robert Wood, dénonçant également l'"échec moral" de l'absence dans le texte de condamnation des attaques du Hamas qui ont fait environ 1.200 morts le 7 octobre, selon Israël.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Eli Cohen, a estimé de son côté que le cessez-le-feu "empêcherait l'effondrement de l'organisation terroriste Hamas, qui commet des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, et lui permettrait de continuer à diriger la bande de Gaza".

Le Conseil de sécurité "pas à la hauteur"

"Alors que la crise à Gaza s'aggrave et qu'elle menace de s'étendre, (le Conseil) ne se montre pas à la hauteur de la mission fondamentale que lui confie la Charte", a déclaré l'ambassadeur français Nicolas de Rivière. D'autres membres du Conseil de sécurité, comme la Chine et les Émirats arabes unis, ont aussi fait part de leur "déception" après cette décision.

"Nos collègues américains ont devant nos yeux condamné à mort des milliers voire des dizaines de milliers de civils palestiniens et israéliens supplémentaires", a abondé l'ambassadeur russe adjoint à l'ONU Dmitry Polyanskiy.

Malgré le vote du Conseil, Antonio Guterres "reste déterminé à pousser pour un cessez-le-feu humanitaire", a déclaré à l'AFP son porte-parole Stéphane Dujarric. Le secrétaire général avait vendredi matin appelé avec force le Conseil à agir pour éviter l"effondrement total de l'ordre public" dans la bande de Gaza.

Guterres dénonce "la punition collective du peuple palestinien"

Nourriture, eau, carburant et médicaments n'y entrent qu'au compte-gouttes, alors qu'environ 1,9 million de personnes, soit 85% de la population, ont dû quitter leur logement selon l'ONU depuis le début des hostilités, qui ont fait plus de 17.000 morts selon le ministère de la Santé du Hamas

"Je condamne sans réserve" les attaques du Hamas du 7 octobre, mais "les violences perpétrées par le Hamas ne peuvent en aucun cas justifier la punition collective du peuple palestinien", a aussi déclaré le secrétaire général de l'ONU.

"Si les tirs sans discernement de roquettes du Hamas vers Israël, et l'utilisation de civils comme boucliers humains sont des violations du droit de la guerre, un tel comportement n'absout pas Israël de ses propres violations", a insisté Antonio Guterres.

Les ONG condamnent

Le véto américain vendredi devant le conseil de sécurité de l'ONU a été rapidement condamné par les organisations humanitaires, Médecins sans frontières (MSF) déclarant que l'inaction du Conseil de sécurité des Nations unies le rend "complice du massacre" dans la bande de Gaza.

"Le véto des États-Unis contraste fortement avec les valeurs qu'ils prétendent défendre. En continuant à fournir une couverture diplomatique aux atrocités commises à Gaza, les États-Unis indiquent que le droit humanitaire international peut être appliqué de manière sélective et que la vie de certaines personnes compte moins que celle d'autres", a fustigé Avril Benoît, directeur de la branche américaine de l'ONG, dans un communiqué.

"En continuant à fournir des armes et une protection diplomatique à Israël qui commet des atrocités (...), les Etats-Unis risquent de se rendre complices de crimes de guerre", a aussi réagi dans un communiqué Louis Charbonneau, de Human Rights Watch.

Avec ce véto, "les États-Unis ont fait preuve d'un mépris insensible pour les souffrances des civils" à Gaza, a estimé Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International.

"Rien ne peut justifier que l'on continue à bloquer une action significative du Conseil de sécurité des Nations unies pour mettre un terme à l'effusion massive de sang des civils. Le recours au veto est moralement indéfendable et constitue un manquement au devoir des États-Unis de prévenir les crimes d'atrocité et de faire respecter le droit international", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Le Hamas fustige une "position immorale et inhumaine"

Le Hamas a "fermement condamné" samedi le véto américain, le qualifiant de "position immorale et inhumaine" et de "participation directe" aux "massacres", selon Ezzat al-Rishq, haut-responsable politique du mouvement.

Le Premier ministre palestinien Mohammed Shtayyeh a également fustigé "l'échec du Conseil de sécurité à adopter un projet de résolution visant à mettre fin à l'agression contre notre peuple dans la bande de Gaza en raison de l'utilisation par les Etats-Unis de leur droit de véto", qu'il a qualifié de "honte" et de "nouveau blanc-seing donné à l'Etat occupant pour massacrer, détruire et déplacer". Selon lui, l'utilisation du véto montre le "mensonge" des Etats-Unis lorsqu'ils disent se préoccuper des pertes civiles.

L'Iran, l'un des principaux soutiens internationaux du Hamas, a de son côté mis en garde contre "la possibilité d'une explosion incontrôlable de la situation dans la région" tant que "l'Amérique soutiendra les crimes du régime sioniste et la poursuite de la guerre", par la voix de son ministre des Affaires étrangères, selon un communiqué du ministère publié samedi.

Article original publié sur BFMTV.com