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"Cessez-le-feu" à Gaza: les États-Unis utilisent leur véto pour bloquer une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU

Les États-Unis ont mis leur véto ce vendredi 8 décembre à une résolution du Conseil de sécurité appelant à un "cessez-le-feu humanitaire immédiat" à Gaza, malgré la pression du secrétaire général qui a dénoncé la "punition collective" infligée aux Palestiniens.

Le projet de résolution qui a recueilli 13 voix en faveur, une contre (États-Unis) et une abstention (Royaume-Uni) avait été préparé par les Émirats arabes unis après l'invocation sans précédent par Antonio Guterres mercredi de l'article 99 de la Charte des Nations unies permettant au secrétaire général d'attirer l'attention du Conseil sur un dossier qui "pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales".

Mais les Américains, alliés d'Israël, ont répété vendredi leur hostilité à un cessez-le-feu."Nous ne soutenons pas les appels à un cessez-le-feu immédiat", a insisté l'ambassadeur américain adjoint Robert Wood. "

Cela planterait seulement les graines pour une future guerre, parce que le Hamas n'a aucun désir d'une paix durable", a-t-il ajouté, déplorant également l'absence de condamnation des attaques du Hamas du 7 octobre, un "échec moral".

L'ambassadeur israélien à l'ONU Gilad Erdan a lui estimé que "le vrai chemin vers la paix est seulement de soutenir la mission d'Israël, absolument pas un appel à un cessez-le-feu".

"Situation catastrophique" à Gaza

Le projet de résolution, soulignant la "situation catastrophique dans la bande de Gaza", exigeait "un cessez-le-feu humanitaire immédiat". Le texte très court appelait également à la protection des civils, à la libération "immédiate et inconditionnelle" de tous les otages et à "assurer l'accès humanitaire".

Mettant la pression sur les membres du Conseil, Antonio Guterres a vendredi matin justifié son invocation de l'article 99 en soulignant à nouveau le risque d'"effondrement total de l'ordre public" dans la bande de Gaza.

"Je condamne sans réserve" les attaques du Hamas du 7 octobre, mais "les violences perpétrées par le Hamas ne peuvent en aucun cas justifier la punition collective du peuple palestinien", a-t-il déclaré.

Il s'est également dit "atterré par les accusations" de violences sexuelles du Hamas, tout comme sa représentante spéciale sur les violences sexuelles lors des conflits Pramila Patten qui va se rendre en visite officielle en Israël sur cette question.

Mais "si les tirs sans discernement de roquettes du Hamas vers Israël, et l'utilisation de civils comme boucliers humains sont des violations du droit de la guerre, un tel comportement n'absout pas Israël de ses propres violations", a insisté Antonio Guterres,

"Le monde et l'Histoire nous regardent. Il est temps d'agir", a-t-il ajouté devant le Conseil.

Le 5e projet bloqué

L'ambassadeur palestinien à l'ONU Riyad Mansour a renchéri: "Le temps du courage est venu (...) Vous devez agir maintenant." Et à Washington, les ministres des Affaires étrangères de plusieurs pays arabes et de la Turquie ont appelé à une fin "immédiate" de la guerre.

Après l'attaque sans précédent contre Israël menée le 7 octobre par le mouvement islamiste palestinien Hamas, qui a fait selon les autorités israéliennes environ 1.200 morts, majoritairement civils, Israël a imposé un "siège complet" et pilonné massivement la bande de Gaza, réduisant en ruines de vastes zones.

Nourriture, eau, carburant et médicaments n'y entrent qu'au compte-gouttes, alors qu'environ 1,9 million de personnes, soit 85% de la population, ont dû quitter leur logement selon l'ONU depuis le début des hostilités, qui ont fait plus de 17.000 morts selon le ministère de la Santé du Hamas.

Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, c'est le cinquième projet de résolution rejeté par le Conseil largement divisé depuis des années sur le dossier israélo-Palestinien.

Quatre projets avaient déjà été rejetés dans les semaines suivant le 7 octobre, par faute de voix suffisantes, ou en raison de vétos russe, chinois ou américain. Le Conseil était finalement sorti de son silence mi-novembre, réussissant à adopter une résolution qui appelait à des "pauses et couloirs humanitaires" dans la bande de Gaza, pas à un "cessez-le-feu" ni même une "trêve".

"L'inaction du Conseil de sécurité des Nations Unies et les vétos des Etats membres, notamment des Etats-Unis, les rendent complices du massacre en cours", a dénoncé Médecins sans frontières dans un communiqué.

Article original publié sur BFMTV.com