Dans un livre, Dany Leprince charge ceux qui lui "ont volé sa vie" et clame à nouveau son innocence

Dany Leprince à Marmande en 2012.  - Pierre Andrieu
Dany Leprince à Marmande en 2012. - Pierre Andrieu

Dany Leprince le "répète": il n'est "ni l'auteur de ces crimes ni complice". Pourtant, raconte-t-il au Parisien dans un entretien publié ce jeudi, une semaine avant la parution de son témoignage Ils ont volé ma vie en librairie, "convaincre l’opinion publique ne (l)’intéresse pas".

L'ex-agriculteur a été condamné à une peine de perpétuité, assortie de 22 ans de sûreté, en 1997 pour les meurtres de son frère Christian, de sa femme Brigitte et de deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, trois ans plus tôt dans leur maison de Thorigné-sur-Dué dans la Sarthe.

Il explique pourquoi il a choisi de sortir du silence: "Mon objectif n’est pas de régler mes comptes ni que l’État ou ses représentants soient condamnés. Ce qui compte pour moi, c’est d’être innocenté et que le ou les coupables soient arrêtés."

Comme un mantra

C'est aussi dans cette optique que Dany Leprince publie mercredi prochain un livre revenant sur la tourmente judiciaire qu'il a traversée et ses années passées en prison, jusqu'à sa libération conditionnelle en 2012.

"J’ai 65 ans, et du temps, on m’en a déjà trop volé. Je veux savourer les années qui me restent à vivre", dit-il au Parisien. Une poursuite de ce temps dérobé selon lui par l'institution judiciaire qui revient comme un mantra et jusqu'au titre de son ouvrage, Ils ont volé ma vie. Evoquant le suicide de sa mère en 2007, il lance d'ailleurs: "Ils ont volé ma vie, et ils ont tué ma mère! Je ne leur pardonnerai jamais."

Il met des noms sur ce "ils" auprès du journal francilien: "Aux gendarmes, à la juge d’instruction de l’époque, Céline Brunetière, au procureur Jean-Claude Thin…" Car Dany Leprince a beaucoup à dire sur la procédure le concernant, lui qui a été condamné sur la base d'aveux - rétractés au bout de quelques jours - et des témoignages dont l'ont accablé sa femme de l'époque et sa fille aînée.

"J’ai été condamné en l’absence de toute preuve matérielle, à partir d’aveux extorqués qui ne collent même pas à la réalité des faits, et de témoignages qui ont radicalement changé au fil du temps, et sont incompatibles entre eux mais aussi avec mes aveux! L’enquête de gendarmerie a été bâclée et orientée", plaide ainsi Dany Leprince.

Une justice "impitoyable"

Selon lui, les investigations ont pourtant mis à jour des éléments susceptibles de faire la lumière sur ce massacre dont seule a réchappé une petite fille, âgée de deux ans en ce fatidique 4 septembre 1994.

"Un ADN masculin non identifié a été mis en évidence sur plusieurs supports expertisés, alors que le mien n’est jamais apparu. Une trace de Doc Martens pointure 41 a été retrouvée sur les lieux du crime… sauf que je chausse du 44. Et deux ans après mon procès, un couteau de boucher gravé 'Leprince' a été découvert dans une carrière non loin de Thorigné-sur-Dué", expose-t-il.

On se demande alors ce qui a pu le conduire à avouer le crime dans un premier temps. Il plante le décor de sa garde à vue: "À ce moment-là, je suis paumé, exténué… Je ne sais même plus s’il fait jour ou nuit." Il dit avoir été insulté, avoir subi les menaces d'enquêteurs affirmant qu'ils enverraient ses filles à l'assistance publique, croit entendre son aînée pleurer. Il craque. "À bout de forces, je répète mot à mot ce que le gendarme me dit. J’avoue avoir tué Christian car il ne voulait pas me prêter d’argent", retrace-t-il, déplorant: "Le piège se referme sur moi".

Ce piège, il accuse la justice de le lui avoir tendu: "Je pensais que le rôle d’un juge, c’était d’instruire à charge comme à décharge. J’avais la certitude qu’on ne retrouverait pas une seule empreinte m’appartenant, puisque je n’étais pas coupable! Mais par la suite, j’ai découvert une justice accusatoire, impitoyable".

Il a refait sa vie dans le Lot-et-Garonne

Il passera en tout cas près de vingt ans en prison. Il fait le récit de son quotidien derrière les barreaux: "Au tout début, mes activités se résumaient à deux heures de promenade par jour. Je ne voyais personne car j’étais à l’isolement. Pour tenir, je me suis enfermé dans une bulle".

Il se tourne finalement vers l'extérieur: "Et j’ai écrit. J’ai adressé 15.000 lettres à l’Élysée, en recommandé. Sans compter toutes celles envoyées à la juge d’instruction, à chaque député, chaque sénateur, aux conseillers régionaux, etc".

Dany Leprince est donc toujours au milieu d'une procédure. Cette fois, la justice examine sa requête - la seconde - en révision. Le jeune retraité en attend les conclusions dans sa maison du Lot-et-Garonne, où il vit avec sa femme actuelle Anie, épousée en 2018.

Article original publié sur BFMTV.com