Leclerc, Leopard… Pourquoi l’Ukraine veut des chars lourds face à la Russie

Depuis plusieurs mois, l’Ukraine réclame à ses alliés le don de chars lourds, qui pourraient permettre une évolution majeure face à l’invasion russe (photo d’illustration prise en mai 2022 en Pologne et montrant un char Leopard au cours d’un exercice de l’Otan).
WOJTEK RADWANSKI / AFP Depuis plusieurs mois, l’Ukraine réclame à ses alliés le don de chars lourds, qui pourraient permettre une évolution majeure face à l’invasion russe (photo d’illustration prise en mai 2022 en Pologne et montrant un char Leopard au cours d’un exercice de l’Otan).

GUERRE EN UKRAINE - Les chars lourds seront-ils les « war changers » de 2023 ? Alors que l’idée plane depuis des mois, la perspective de voir les Occidentaux livrer de telles armes à l’Ukraine pour l’aider dans sa résistance face à la Russie de Vladimir Poutine se précise en ce mois de janvier. Or une annonce dans ce sens pourrait avoir de nombreuses implications dans le conflit…

Ce jeudi 19 janvier, dans un communiqué commun, les ministres ukrainiens de la Défense et des Affaires étrangères ont appelé les « États partenaires » à « considérablement » augmenter les livraisons d’armes, visant tout particulièrement douze pays qui seraient à même de leur fournir des chars lourds de type Leopard. Des engins de conception allemande, pour lesquels Berlin doit donner son accord avant qu’ils puissent être donnés à Kiev, même par d’autres États.

Berlin mise sous pression

Or puisque l’Allemagne tergiverse, expliquant qu’elle ne fournira pas de chars lourds tant que les États-Unis ne l’auront pas fait en premier, Volodymyr Zelensky a mis la pression ce jeudi. Notamment en attaquant « ceux qui disent ’Je livrerai des chars si quelqu’un d’autre le fait’ ». Dans la même veine, comme vous pouvez le voir ci-dessous, le ministère de la Défense ukrainien a mis en ligne un clip vidéo réclamant de manière humoristique à la France de lui livrer des chars Leclerc, l’équivalent français du Leopard allemand.

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Et pour cause : le chef de l’État ukrainien sait qu’il a pour lui une dynamique porteuse, après avoir déjà obtenu des Britanniques l’envoi de 14 chars lourds de type Challenger. Face aux hésitations d’une Allemagne de plus en plus mise sous pression, la Finlande et la Pologne ont par exemple fait savoir qu’elles étaient disposées à fournir des chars à Kiev. « L’autorisation allemande n’est qu’une problématique subsidiaire. Soit nous l’obtenons rapidement, soit nous agirons à notre guise », a fait savoir Mateusz Morawiecki, le Premier ministre polonais, précisant que la sécurité de l’Europe dépendait de la livraison de chars lourds.

Surtout, au-delà de protéger l’Europe, l’obtention de ces engins par Kiev pourrait faire « franchir une nouvelle étape » au conflit, comme le précisait ce jeudi sur franceinfo l’éditorialiste Jean-Marc Four. Car les chars lourds (Leopard pour le modèle allemand, Challenger chez les Britanniques, Leclerc pour les Français ou Abrams aux États-Unis) sont une arme d’un genre nouveau sur le front ukrainien. « Ce sont des tanks dont la vocation est d’enfoncer les lignes ennemies, des armes de reconquête dont le caractère offensif est indiscutable », expliquait encore le journaliste.

Une arme qui changerait la dynamique du conflit

Or en décembre, rappellent nos confrères de L’Express, le chef d’état-major de l’armée de Kiev Valeri Zaloujny assurait qu’avec 300 de ces engins, il savait comment « battre l’ennemi ». Et la revue spécialisée Military Balance estime que « seule » une centaine pourrait déjà avoir un impact remarquable sur la tournure du conflit.

Car c’est bien là que réside tout l’enjeu : une fois en possession de dizaines de chars lourds, les Ukrainiens pourraient faire plus que résister aux frappes russes et lancer une contre-offensive, pour reprendre par exemple les parties du Donbass qui sont sous contrôle de Moscou et de ses supplétifs, ainsi que la Crimée, annexée par la Russie en 2014. En clair, passer de la défense à la contre-attaque.

Alliés aux Marder, des blindés de conception allemande capables de transporter des troupes vers le front et de les ramener en arrière en cas de danger, les chars lourds pourraient effectivement faire évoluer la situation militaire sur le terrain. Avec leurs munitions lourdes et leur résistance au feu adverse, ils peuvent effectivement s’en prendre aux blindés russes et frapper efficacement les positions d’artillerie ennemies.

D’autant, précise encore Military Balance, qu’ils représenteraient une amélioration par rapport aux tanks ukrainiens en matière de visée, de jour comme de nuit, et qu’ils peuvent utiliser une variété importante de munitions que pourraient fournir les alliés de l’Ukraine.

Le risque d’une escalade

Surtout, en cas d’accord de l’Allemagne, l’Ukraine pourrait très vite recevoir de très nombreux engins. Produit à des milliers d’exemplaires et vendu par centaines aux partenaires de Berlin, le Leopard est utilisé par une dizaine d’armées européennes. Dont certaines, dont la Finlande et la Pologne donc, mais aussi l’Espagne par exemple, ont fait connaître leur intention d’en livrer par dizaines aux Ukrainiens.

Reste toutefois une question, comme le résumait, toujours sur franceinfo, Jean-Marc Four : celle de la tournure politique que prendrait le conflit en Ukraine si l’Occident s’engageait massivement dans cette voie : « Dans quel engrenage se lance-t-on ? » Car si depuis le début du conflit, les États membres de l’Otan et leurs alliés fournissent des moyens de défense à Kiev, les chars lourds représenteraient pour l’Ukraine la possibilité de contre-attaquer. Au point d’en faire, aux yeux de Moscou, des belligérants à part entière ? Le doute est permis.

L’Ukraine, elle, en tout cas, semble s’agacer des atermoiements de l’Occident. « Il n’y a pas de tabou. De Washington à Londres, de Paris à Varsovie, on dit une chose : l’Ukraine a besoin de chars ; c’est la clé pour mettre fin à la guerre », a écrit ce jeudi 19 janvier sur Twitter Mykhaïlo Podoliak, conseiller à la présidence ukrainienne. « Il est temps de cesser de trembler devant Poutine et de franchir la dernière étape. »

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