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L'"émigration de palestiniens", le projet controversé de ministres israéliens pour Gaza

Une proposition qui jette un froid entre Israël et certains de ses alliés occidentaux. Au cours de la semaine écoulée, deux ministres israéliens ont proposé d'"encourager" la population palestinienne à quitter ses terres. Pendant que la presse israélienne fait déjà état de tractations en vue d'accords avec d'autres pays sur le continent, la communauté internationale s'indigne.

Le premier à avoir lancé cette idée est Bezalel Smotrich, chef du parti d'extrême droite "Sionisme religieux" et ministre des Finances. Lors d'une interview, le membre de la coalition au pouvoir a assuré, le dimanche 31 décembre, vouloir "encourager" 2,4 millions de Gazaouis à s'exiler, tout en prônant l'implantation de militaire et civils israéliens à leur place.

"Si nous agissons de manière stratégiquement correcte et encourageons l'émigration, s'il y a 100.000 ou 200.000 Arabes à Gaza et non pas 2 millions, tout le discours du jour d'après (guerre) sera complètement différent", a-t-il estimé.

Négociations "à l'abri des regards" avec le Congo

Lundi 1er janvier, un autre ministre lui a emboîté le pas, Itamar Ben Gvir, chargé de la Sécurité nationale. "La promotion d'une solution encourageant l'émigration des habitants de Gaza est nécessaire. C'est une solution correcte, juste, morale, et humaine", a-t-il assuré lors d'une réunion de son parti. Des propos dont il a ensuite fait la promotion sur ses réseaux sociaux.

"J'en appelle au Premier ministre et au ministre des Affaires étrangères, c'est l'occasion de mettre au point un projet visant à encourager l'émigration des habitants de Gaza vers d'autres pays du monde", a-t-il ajouté.

D'autres pays du monde? Lesquels? Bien que le gouvernement israélien en tant qu'organe ne se soit pas exprimé sur la question, seuls ses ministres se sont avancés, la presse israélienne a révélé des négociations avec d'autres pays du continent.

Selon le Times of Israël, la coalition de Benjamin Netanyahu échange avec plusieurs nations "au sujet de l’acceptation de milliers de migrants originaires de Gaza". "Le Congo sera désireux d'accueillir des migrants et nous sommes en pourparlers avec d’autres", affirme le média citant une "source du cabinet de sécurité".

Une "violation grave du droit international"

Bien que l'État d'Israël ne se soit pas officiellement positionné, ces déclarations successives ont déclenché les foudres de la communauté internationale. Dans un communiqué, le quai d'Orsay a "condamné" les propos des deux députés et appelé "Israël à s'abstenir de telles déclarations provocatrices" et "irresponsables".

"Il ne revient pas au gouvernement israélien de décider où les Palestiniens doivent vivre sur leurs terres. L'avenir de la bande de Gaza et de ses habitants s'inscrira dans un État palestinien unifié vivant en paix et en sécurité aux côtés d'Israël", s'indigne le ministère des Affaires étrangères, dénonçant une "violation grave du droit international".

Cette perspective et ces déclarations ont également mis le feu aux poudres aux relations entre Israël et son plus proche allié: les États-Unis. Mardi, le porte-parole du département d'État, Matthew Millier, a dénoncé une "rhétorique incendiaire et irresponsable".

"Gaza est une terre palestinienne et restera une terre palestinienne", a-t-il ajouté, en soulignant la nécessité d'une élimination du terrorisme.

Cette prise de position de la première puissance mondiale a déclenché les foudres de Ben Gvir, entrant rapidement en confrontation dans un message sur X (ex-Twitter): les États-Unis sont nos meilleurs amis, mais avant tout nous ferons ce qu'il y a de mieux pour l'État d'Israël: la migration de centaines de milliers de Gaza permettra aux résidents (israéliens) (...) de rentrer chez eux et de vivre en sécurité".

L'après-guerre, un horizon incertain

Ces passes d'armes illustrent bien la difficulté d'Israël d'envisager un avenir pour Gaza. L'armée de Tsahal assiège la bande de Gaza depuis le 7 octobre dans l'espoir d'"éradiquer le Hamas", tout en plaçant les Palestiniens dans des conditions humanitaires décriées quasi unilatéralement.

Un conflit qui pourrait même s'élargir dans la région après l'assassinat du n°2 du Hamas au Liban, dans la banlieue de Beyrouth. Dans ces conditions de combats encore intenses, et malgré les tentatives de pays tiers de jouer les intermédiaires, l'avenir de Gaza est très incertain.

Article original publié sur BFMTV.com