Kyiv et Moscou signent avec la Turquie et l'Onu l'accord sur l'exportation des céréales ukrainiennes

L'accord conclu entre l'Ukraine et la Russie avec la Turquie et l'ONU définit les conditions du transport vers les marchés mondiaux des céréales ukrainiennes en mer Noire. Il a été signé dans l'ancien palais des sultans à Dolmabahçe, en présence du Secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, du président truc Recep Tayyip Erdogan, du russe de la Défense et du ministre ukrainien chargé des Infrastructures.

Âprement négocié depuis avril avec Kyiv et Moscou, cet accord doit permettre de soulager la communauté internationale, les deux belligérants pesant à eux seuls 30% du commerce mondial du blé.

Comme ils l'avaient annoncé avant la cérémonie, les délégations russes et ukrainiennes ont signé l'accord séparément, uniquement avec la Turquie et l'ONU.

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Le secrétaire général Antonio Guterres, le ministre russe de la Défense Sergei Shoigu, le ministre turc de la Défense Hulusi Akar et le président turc Recep Tayyip Erdogan. - OZAN KOSE/AFP

Londres surveillera la Russie

L'Union européenne a salué la signature du texte : "L'accord d'Istanbul est un pas dans la bonne direction. Nous appelons à sa mise en oeuvre rapide", a déclaré le chef de la diplomatie de l'UE Josep Borrell sur son compte Twitter.

"Cet accord doit être mis en œuvre et nous veillerons, pour nous assurer que que les actes de la Russie correspondent à ses paroles", a pour sa part déclaré Liz Truss, la cheffe de la diplomatie britannique, dans un communiqué. "Pour permettre un retour durable à la sécurité dans le monde et à la stabilité économique, Poutine doit mettre fin à la guerre et se retirer d'Ukraine", a-t-elle ajouté.

"Nous ne profiterons pas du fait que ces ports (ukrainiens, ndlr) soient déminés et ouverts. Nous avons pris cet engagement", a déclaré Sergueï Choïgou après la signature, lors d'une prise de parole diffusée à la télévision russe, tout en affirmant que les conditions étaient réunies pour une application de l'accord "dans les prochains jours".

Que prévoit l'accord ?

Des couloirs sécurisés doivent permettre la circulation des navires marchands en mer Noire, dont Moscou et Kiev s'engagent à respecter la stricte neutralité. L'Ukraine estime que ses exportations pourraient commencer à partir de trois ports - ceux d'Odessa, de Pivdenny et de Tchornomorsk - et espère pouvoir accroître leur nombre à l'avenir. Des "pilotes ukrainiens" ouvriront la voie aux cargos dans les eaux territoriales.

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Cette photo d'archives prise le 14 juin 2022 montre des grains de blé dans un entrepôt dans une ferme près d'Izmail, dans la région d'Odessa. - OLEKSANDR GIMANOV/AFP

L'accord est signé pour 120 jours. Si 20 à 25 millions de tonnes de céréales sont actuellement en souffrance dans les silos des ports ukrainiens, et à raison de huit millions de tonnes évacuées par mois, cette durée de quatre mois devrait suffire à écouler les stocks, bien qu'une nouvelle récolte soit imminente. En revanche les négociateurs ont renoncé à débarrasser la mer Noire des mines - principalement posées par les Ukrainiens pour protéger leurs côtes - faute de temps. Mais les chargements seront escortés par des bâtiments ukrainiens jusqu'à leur sortie des eaux territoriales.

Un centre de coordination à Istanbul

Il sera piloté par des délégués des parties impliquées : un Ukrainien, un Russe, un Turc et un représentant de l'ONU, assistés de leurs équipes respectives.

Le centre de coordination (CCC), qui sera formé d'ici quelques jours selon António Guterres, sera chargé d'établir le calendrier des rotations de navires en mer Noire. "Je ne peux pas vous donner de date précise. Mais au plus tard, cela sera réglé dans deux semaines, et je pense que les opérations pourront commencer à ce moment", a détaillé vendredi le secrétaire général de l'ONU.

Des inspections au départ et à l'arrivée en Turquie

L'inspection des navires transportant les céréales constituait une exigence de Moscou qui voulait s'assurer qu'ils ne délivreront pas simultanément des armes à l'Ukraine.

Ces inspections n'auront pas lieu en mer comme envisagé un temps pour des raisons pratiques, mais se feront en Turquie, vraisemblablement à Istanbul, qui dispose de deux importants ports de commerce, à l'entrée du Bosphore (Haydarpasa) et sur la mer de Marmara (Ambarli).

Conduites par des représentants des quatre parties, sous l'autorité du centre de coordination, elles auront lieu au départ et à l'arrivée des navires.

Garanties pour la Russie

Un premier cycle de négociations entre experts militaires des trois pays concernés et de l'ONU avait eu lieu le 13 juillet à Istanbul, d'où avait percé un certain optimisme. Mais il a laissé place à l'incertitude après des exigences formulées en début de semaine par les Russes à l'issue du sommet tripartite Iran-Russie-Turquie à Téhéran.

La Russie a ainsi obtenu la garantie que les sanctions occidentales ne s'appliqueraient pas, ni directement ni indirectement, à ses propres exportations de produits agricoles et d'engrais. "Même si les produits (agricoles) russes ne sont pas concernés par les sanctions, il y a des blocages concernant le transport maritime, les assurances et le système bancaire", faisait valoir jeudi le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu.

En outre, selon un diplomate à New York, les Etats-Unis ont offert des garanties afin que des bateaux de gros tonnage soient fournis à la Russie pour faciliter l'exportation de ses céréales et de ses engrais. En raison des sanctions, les sociétés logistiques internationales qui possèdent de tels bâtiments rechignent à travailler pour la Russie.

Méfiance de Kyiv

Les Etats-Unis ont salué jeudi la conclusion de l'accord et exhorté Moscou à le mettre en œuvre, prévenant qu'ils tiennent maintenant "la Russie pour responsable de (sa) mise en__œuvre".

Mais la méfiance reste de mise à Kyiv : "La délégation ukrainienne ne soutiendra que les solutions qui garantissent la sécurité des régions méridionales de l'Ukraine, une position forte des forces armées ukrainiennes en mer Noire et l'exportation sûre des produits agricoles ukrainiens", a prévenu le ministère ukrainien des Affaires étrangères.

"Un accord pourrait bien être signé, mais il serait surprenant que Moscou le respecte : pourquoi le ferait-il ?", interrogeait vendredi matin l'analyste financier Tim Ash, un spécialiste de la région.

De son côté le ministre ukrainien de l'économie Tymofiy Mylovanov, s'est réjoui sur Twitter de la signature de cet accord, "une grande victoire pour l'Ukraine. C'est formidable de voir la diplomatie à l'œuvre pendant la guerre".

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