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"Kroos, Musiala, Wirtz, citez-moi un Français qui s’approche de ça", Riolo déplore le déficit technique des Bleus

La défaite de l’équipe de France face à l’Allemagne (0-2) samedi est anecdotique pour Daniel Riolo. La leçon de technique infligée par les Allemands aux Bleus l’est beaucoup moins pour le journaliste RMC Sport qui a longuement déploré de déficit en France, lundi dans l’After Foot. Un problème structurel de formation, selon lui.

"On a arrêté de fabriquer ça, on est devenu une usine à joueurs"

"Le résultat, est-ce que c’est grave? Est-ce que ça signifie quelque chose en vue de l’Euro? Je m’en fous, je laisse ça de côté", a-t-il déclaré. "Je vais démarrer mon raisonnement par les propos entendus après la défaite. Deschamps se dit frustré par le manque d’agressivité et de détermination, il point le déficit athlétique, j’entends parler d’un état d’esprit défaillant. J’en ai marre de ces phrases. En France, on a arrêté depuis longtemps de parler de foot et de jeu. Etant donné qu’on a gagné de cette façon là et que c’est coulé dans le marbre définitivement que Deschamps ne voit le foot que de cette façon-là. Il ne peut pas le voir autrement parce qu’il ne peut pas faire autrement, il n’a pas les joueurs pour faire autre chose."

"Samedi soir sur le terrain en face, tu avais Kroos, Gündogan, Musiala Kimmich, Wirtz, Havertz… Vous me citez un joueur en équipe de France qui, techniquement, s’approche de ça?"

"Griezmann? Non", corrige-t-il. "Griezmann n’est pas un joueur 'français' (il a été formé en Espagne, à la Real Sociedad), il n’a pas appris le foot en France, c’est un joueur espagnol de formation. Ça change tout de comprendre ça."

Il note des forces différentes chez les Français. "Que tu puisses gagner avec des joueurs athlétiques, un état d’esprit, une détermination... nous avons des qualités que d’autres n’ont pas. Si les Allemands avaient – à côté de tout le travail fait au niveau de la technique – notre mentalité, notre caractère, notre état d’esprit, je pense qu’ils auraient enchaîner avec d’autres titres (après le Mondial 2014) plutôt que de s’arrêter dès les premiers tours avec de très belles équipes. Il manque certainement des choses aux Espagnols à la Coupe du monde, à l’Euro mais ils ont des joueurs à la qualité technique qu’on n’a pas parce qu’ils les font comme ça." "J’ai discuté avec des formateurs, Il y a un truc qu’on ne fait plus en France: le rapport avec le ballon comme Di Maria, Dybala, Foden, Bellingham, Bernado Silva… Si tu fais une liste, tu vas avoir des joueurs dans beaucoup de pays. Dembélé? Il pousse le ballon, il accélère. Je ne dis pas que ce n'est pas un bon joueur. Même Mbappé. Mais je veux revenir sur les milieux de terrains. Parce que pour les attaquants, la grande phrase dans le football français c’est 'faire des différences'. A partir du moment où tu résonnes comme ça et que tu valorises Dembélé et Mbappé, c’est très bien. Moi, je ne suis pas fan mais ça marche dans le football d’aujourd’hui. J’aime bien le rapport au ballon des mecs. Nous, on a arrêté de fabriquer ça. On est devenu une usine à joueurs. Nos clubs fabriquent des joueurs pour les vendre de plus en plus tôt et ne finissent pas leur travail de post-formation. C’est ce que j’ai certainement mal dit – mais j’assume – d’un joueur comme Barcola. Je pense qu’on va péter la fin de la formation technique à les lancer si tôt. Tu en fais des joueurs qui éliminent, qui percutent et font des différences mais avec le ballon, au bout d’un moment, il y a une limite. Les Argentins, dès l’âge de 8 ans, on les oblige à faire la passe vers l’avant même à un joueur entouré par des défenseurs. On fait tellement confiance à la technique."

Il consent que sa critique soit subjective et qu’elle n’est pas forcément partagée par tout le monde au regard des résultats de l’équipe de France. "C’est un choix dans ma critique, la France fait un choix qui ne l’a pas empêché d’être championne du monde en 2018. C’est une sensibilité. (…) Mais depuis Zidane, qui a-t-on eu comme joueur vraiment technique en équipe de France? Gourcuff OK, Pogba qui a fini sa formation à l’étranger (Manchester United) et Griezmann qui n’est pas un joueur français."

Daniel Riolo explique ce déficit par la précocité des jeunes joueurs au plus haut niveau. "J’ai entendu une phrase intéressante: 'Si tu fais monter un jeune trop vite avec les pros et qu’il ne joue pas, tu gâches sa post-formation. Plutôt que de rester avec nous (les équipes de jeunes) à ressasser le travail, à répéter les mêmes gestes, si tu le lances tôt avec les pros, il ne travaille plus'. Parce que dans le groupe pro paradoxalement, tu travailles moins, tu as beaucoup de récupération, des entraînements très ciblés et axés performance."

Il conclut par un constat sur les choix des joueurs de Didier Deschamps à la fois assumés et imposés par les profils à sa disposition. "Deschamps, ce foot-là, ne l’intéresse pas trop mais en plus il n’a pas vraiment ces joueurs parce qu’on n’en fait pas. On est sur le choix clair du côté athlétique. On a des joueurs qui, à 16-17 ans, sont déjà des masses physiques. Quand je vois un match comme celui de samedi, je prends une claque dans la gueule."

Article original publié sur RMC Sport