Jusqu'à 330.000 victimes et 3200 agresseurs: les 5 chiffres-clés du rapport sur la pédocriminalité dans l'Église

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Jean-Marc Sauvé face à la presse.  - Thomas Coex
Jean-Marc Sauvé face à la presse. - Thomas Coex

Jean-Marc Sauvé, le président de la commission sur les abus sexuels dans l'Église de France, la Ciase, n'a pas hésité à parler du "caractère systémique" du phénomène. Ce mardi, à compter de 9h et pendant plus de deux heures, le haut-fonctionnaire a présenté les conclusions du rapport de l'instance qu'il a présidée et dont il a dirigé les travaux au cours des deux dernières années.

Ceux-ci - appuyés sur une étude de l'Inserm elle-même fondée sur un sondage conduit par l'Ifop auprès de 28.000 personnes représentatives de la société française, ainsi que sur l'examen des archives de l'Église, de la justice, de la police et les témoignages de victimes - ont cherché à évaluer l'ampleur des faits pédocriminels dus à des religieux des années 1950 à nos jours. La Ciase a aussi établi la comparaison entre ces cas et ceux relevant d'autres milieux, familiaux ou scolaires par exemple. Voici, en quelques chiffres, les éléments essentiels de ce rapport.

· Entre 216.000 et 330.000 victimes

D'après les conclusions des travaux de la commission présentées ce mardi, il faut donc déplorer 216.000 personnes victimes d'attouchements, d'agressions sexuelles ou de viols des mains de prêtres ou de religieux entre les années 1950 et nos jours. L'étude "conduit à estimer dans la population française âgée de plus de 18 ans à 216.000 - plus ou moins 50.000 - le nombre de personnes sexuellement agressées pendant leur minorité par des clercs ou des religieux", selon les mots de Jean-Marc Sauvé face à la presse. Car il faut le rappeler: il ne s'agit là que d'une évaluation.

L'étude de l'Inserm auprès du panel de 28.000 personnes représentatif de la population française ayant jaugé à 5,5 millions de personnes aujourd'hui âgées de plus de 18 ans agressées durant leur minorité, le chiffre relevant de l'Église catholique représente 4% du total des victimes au sein de la société française.

D'ailleurs, cette statistique grimpe encore si l'on y ajoute les crimes de laïcs commis alors que ceux-ci exerçaient une activité dans un cadre ecclésial: jusqu'à 330.000 victimes.

· 80% de garçons

Le document tente de cerner au mieux le profil dominant parmi l'ensemble des victimes. Sur la période de 70 ans étudiée, celles-ci sont pour la grande majorité de jeunes garçons: à 80% contre 20% de petites filles ou d'adolescentes.

Une prévalence à contre-courant des victimes de la pédocriminalité prise dans son intégralité. Ainsi, relève ici Le Figaro, si l'on considère les victimes dans l'ensemble de la société, on note que 75% d'entre elles sont des filles et 25% des garçons.

Loup Besmond de Senneville, journaliste du quotidien La Croix, a encore relayé une précision sur Twitter: les victimes de religieux entre 1950 et les années 2020 comportent une "forte concentration" de jeunes gens âgés de 10 à 13 ans.

· Un taux deux fois supérieur à celui des autres milieux examinés

L'un des intérêts des travaux menés par la Ciase était aussi de tirer au clair l'importance du phénomène pédocriminel au sein de l'Église en comparaison d'autres milieux dans lesquels il sévit avec force.

Certes, 50% des victimes sont agressées dans un cadre familial, ou par des proches gravitant autour de celui-ci. Toutefois, le taux de victimes mesuré dans l'Église de France au cours des années étudiées est plus de deux fois supérieur à ce qu'il est dans d'autres secteurs exposés. Ainsi, 0,82% des personnes ayant été en contact avec des personnels religieux déclarent avoir été victimes de violences sexuelles, contre par exemple 0,34% en ce qui concerne les écoles publiques ou 0,36% les colonies de vacances.

En revanche, à compter des années 1980, cette disproportion s'érode et le taux des victimes s'établit à 0,30% en moyenne au sein de l'Église de France.

· 56% des actes commis avant 1970

De surcroît, la majorité des crimes ont été commis au cours des deux premières décennies considérées, comme l'a relevé Jean-Marc Sauvé durant sa conférence de presse:

"Ces violences se sont produites à 56% entre 1950 à 1969. Elles ont diminué nettement ensuite dans les années 1970 à 1990 et se sont maintenues durant la troisième période depuis 1990".

"Si l’on calcule le taux de prévalence dans l’Église catholique, nous voyons une baisse nette entre les années 1950 et 1970, des années 1970 à 1990 mais ensuite cette baisse cesse. Nous sommes plutôt sur un plateau", a-t-il insisté plus tard. Ainsi, 22,1% des cas sont concentrés entre 1970 et 1990 et 22% encore entre 1990 et 2020. "Il faut se départir de l’idée que les violences sexuelles ont été éradiquées, que le problème est derrière nous. Non, il subsiste", a posé Jean-Marc Sauvé, qui a proposé des facteurs d'explication à la décrue toutefois notée autour de 1969:

"Cette baisse doit aussi être mise en relation avec la baisse des effectifs des prêtres et des religieux, et la baisse de fréquentation des institutions de l’Église catholique dont l’empreinte sociale s’est réduite au fil des décennies".

· De 2900 à 3200 agresseurs

Enfin, la Ciase - grâce aux témoignages recueillis et à son regard sur les archives tant policières que judiciaires ou diocésaines - a voulu quantifier le nombre de prêtres et religieux pédocriminels durant la période examinée. Il apparaît que l'Église de France a vu passer entre 2900 et 3200 d'entre eux dans ses rangs de 1950 à aujourd'hui.

Soit de 2,5% à 2,8% des personnes ayant exercé un sacerdoce durant ces sept décennies, dont le nombre se porte à 115.000.

Article original publié sur BFMTV.com

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