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Journée internationale des droits des femmes - L'avantage démesuré des hommes politiques sur les femmes politiques

Pour la première fois, trois femmes de gros partis politiques sont candidates à une élection présidentielle en France.

Alors que pour la première fois 3 femmes sont candidates pour les grands partis lors de l'élection présidentielle, les femmes politiques semblent toujours avoir un désavantage sur les hommes politiques. En ce 8 mars 2022, Journée internationale des droits des femmes, Yahoo revient sur les difficultés des femmes dans la sphère politique.

S'il y avait déjà eu quatre femmes candidates lors d'une élection présidentielle, cette élection de 2022 revêt un caractère particulier. C'est la première fois que trois d'entre elles sont candidates pour les grands partis que sont le Rassemblement nationale (Marine Le Pen), le Parti socialiste (Anne Hidalgo) et les Républicains (Valérie Pécresse). Si elles devraient rassembler à elles toutes environ 30% des suffrages lors du premier tour selon les derniers sondages, les Français sont-ils pour autant capables d'élire une femme à la tête de l'État ?

En cette Journée internationale des droits des femmes, la militante féministe Alice Coffin fait d'ailleurs remarquer qu'il n'y a quasiment que des hommes politiques qui sont invités dans les médias ce 8 mars et évoque "l'avantage démesuré qu'ils ont sur les femmes politiques". Un tweet à travers lequel elle laisse penser que les femmes politiques seraient notamment moins exposées dans les médias que les hommes politiques.

En ce qui concerne l'élection présidentielle, les différentes candidates ont témoigné à plusieurs reprises du sexisme dont elles ont été victimes durant toute leur carrière politique. Si être une femme et présidente de la République peut présenter l'avantage du renouveau, cela est souvent accompagné de stéréotypes de genre. La candidate socialiste Anne Hidalgo disait d'ailleurs au mois de décembre: "Parce que je suis une femme, j'ai eu à prouver plus que les hommes". La politique est "un univers particulièrement machiste entièrement conçu à partir des codes masculins de la prise de pouvoir et de la virilité", avait affirmé l'actuelle maire de Paris.

"Beaucoup plus difficile [...] de se faire accepter en politique"

"Je sais que c'est beaucoup plus difficile pour les femmes de se faire accepter en politique", expliquait Ségolène Royal en janvier 2020, elle qui était la candidate du PS en 2007. Celle qui a été proche d'être la première femme à occuper la plus haute fonction de l'État parle en connaissance de cause, elle qui a subi de nombreuses attaques sexistes durant sa campagne. "Meneuse de revue", "elle se dégonflera comme une baudruche", "la présidentielle n'est pas un concours de beauté"... les attaques ont fusé pendant de nombreux mois et venaient même de son propre camp.

Récemment, Valérie Pécresse a fait les frais de ce "phénomène machiste" en politique, selon ses propres termes. Après son premier grand meeting de campagne le 13 février dernier, la candidate LR a été critiquée par bon nombre d'observateurs ainsi que par son propre camp sur ses compétences d'oratrice. Marlène Schiappa avait d'ailleurs volé à son secours en déclarant "en général, quand il s'agit de femmes politiques que ce soit Valérie Pécresse, Anne Hidalgo ou d'autres, on concentre les analyses et les commentaires sur les questions de forme, de voix, d'attitude, et beaucoup moins sur le fond". Selon elle, il existe "une présomption de compétence pour les hommes et d'incompétence pour les femmes, c'est vrai pour toutes les femmes dans la vie politique".

Procès en incompétence et en hystérie

L'ancienne ministre Cécile Duflot faisait remarquer "dans notre mémoire collective, il n'existe pas de grandes oratrices." Selon elle, il s'agit d'un talent "très lié à des caractéristiques masculines" comme la "voix grave".

Outre ces procès récurrents en incompétences, de nombreuses femmes en politique ont du subir le procès en hystérie lorsqu'elles élèvent la voix. "Dire d'une femme qu'elle est hystérique, c'est suspecter que ses émotions l'empêchent d'agir avec raison" expliquait Sandrine Rousseau, qui s'est souvent insurgée du sexisme en politique. Sur le plateau de Cnews, Laurence Ferrari avait immédiatement recadré le député Éric Diard lorsqu'il avait évoqué l'hystérie de Marlène Schiappa. "Le mot hystérique n'est pas tolérable pour une femme en politique", avait fermement affirmé la journaliste.

Des stéréotypes au désavantage des femmes

Contactée par Yahoo Actualités, Sophie Heine, politologue spécialisée notamment sur les questions de genre, affirme qu'il y a une analyse genrée des acteurs politiques qui est très forte et qui est à l'avantage des hommes. "Cette analyse est influencée par des stéréotypes de genre sur le masculin et le féminin et de manière générale, ces stéréotypes de genre sont au désavantage des femmes." Selon elle, la sphère politique se base sur une vision de l'acteur en politique qui correspond davantage aux stéréotypes sur le masculin. "L'agressivité, même si elle doit être sublimée, la clarté dans l'expression, la concision dans l'expression, le peu de manifestation d'émotions... tous ces stéréotypes sont censés être typiques du masculin, tandis que les stéréotypes sur le féminin sont moins naturellement compatibles avec l'action politique telle qu'on la valorise."

La spécialiste en théorie politique et en idéologies progressistes évoque également "tout un tas de stéréotypes liés à la maternité qui sont peut compatibles avec cette idée que l'homme politique s'investit pour la société plus que pour la sphère familiale."

"Il faut un plus grand engagement des femmes en politique"

Si Sophie Heine note qu'il y a eu une certaine évolution au niveau des pratiques, avec plus de candidatures de femmes ou plus de sièges qui leur sont réservées, l'évolution de la mentalité n'a pas encore suivi. "On peut espérer que les préjugés des gens vont diminuer mais il faut qu'il y ait un plus grand engagement des femmes en politique et pas uniquement pour les hautes fonctions", souligne la chercheuse associée à l'université d'Oxford.

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Malgré l'apparition de mouvement comme #MeToo, il reste encore du chemin à parcourir pour faire évoluer les mentalités et cela passe par des actions réalisées par les femmes. "Il faut qu'il y ait un engagement de terrain des femmes à tous les niveaux, que ça soit dans les partis ou dans les organisations, sinon il n'y aura pas de changement des mentalités. Il faut vraiment un engagement des femmes elles-mêmes basé sur la défense de leurs intérêts au niveau, c'est fondamental", conclut-elle.

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