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JO de Paris 2024: pourquoi le projet d'installation d’un village saoudien aux Invalides fait polémique

Il suffisait d'entendre la réponse de Patricia Mirallès, mercredi lors des questions au gouvernement, pour comprendre l'éventuelle problématique. Interrogée sur la possibilité de voir l'Arabie saoudite s'installer aux Invalides, dès le mois de mai, en marge des Jeux olympiques de Paris (du 26 juillet au 11 août), la secrétaire d'État aux Anciens combattants n'a pas forcément semblée très à l'aise. Le membre du gouvernement est resté assez flou sur le sujet en refusant de commenter un élément où rien n'est acté.

"Je vais tenter de répondre sur ce que je sais, effectivement, c'est des informations que nous avons pu avoir", a ainsi réagi Patricia Mirallès devant les députés.

"Aujourd'hui, rien n'est concret, rien n'est fait et donc je comprends vos interrogations mais je ne répondrai pas sur des choses qui ne sont pas faites, ni signées, avec aucun accord", a esquivé la secrétaire d'État.

Des "discussions en cours" selon le ministère des Armées

Contacté par l'AFP, le ministère des Armées s'est montré un peu plus prolixe et a confirmé avoir reçu une demande en ce sens de la part des autorités saoudiennes. Avant même, potentiellement, d'accepter la demande de l'État du Golfe, la Défense a posé ses conditions et qui paraissent non négociables, ou presque.

"Il y a des discussions en cours à la demande des Saoudiens. Elles se font moyennant des conditions très strictes que les Saoudiens n'ont pas encore acceptées, qui doivent permettre d'assurer la sécurité du site, la solennité du lieu, la tranquillité des pensionnaires de l'Institut national des Invalides", a ainsi confirmé le ministère des Armées auprès de l'agence de presse. Avant de préciser: "Les indemnités de mise à disposition seront reversées au musée de l'Armée et à l'INI."

"Il y a des choses qui ne sont pas vendables"

En clair, moyennant finance, l'Arabie saoudite pourrait s'installer aux Invalides. Une décision qui fait bondir la député LR, Nathalie Serre. Au-delà du Musée de l'Armée, les Invalides abritent l'Institut national des Invalides qui accueille des blessés de guerre et des anciens combattants ainsi qu'une nécropole militaire où se trouve notamment le tombeau de Napoléon et enfin la cathédrale de l'évêché aux Armées.

Aux yeux de l'élue de la 8e circonscription du Rhône, impossible d'imaginer un autre pays s'installer aux Invalides compte-tenu de leur valeur symbolique pour la France et de leurs activités actuelles.

"L'Arabie Saoudite pose un problème spécifique sur le respect des droits de l'Homme mais si c'était un village danois ou canadien, la problématique aurait été la même", a ainsi assuré à l'AFP celle qui est aussi membre de la commission de la défense nationale et des forces armées à l'Assemblée.

"Il y a des choses qui ne sont pas vendables, monnayables et les Invalides, à mon sens, en font partie."

"Que vous fassiez venir un défilé Chanel, ça reste de l'ordre du privé mais ça ne dure pas quatre mois et on ne s'approprie rien si ce n'est la beauté des lieux. Là, on parle des valeurs de la République", a souligné Nathalie Serre sur le projet saoudien aux Invalides

Un problème de sécurité ou pour les malades?

Au-delà de la valeur symbolique de laisser une puissance étrangère s'installer aux Invalides, lieu où la France a désormais l'habitude de faire ses adieux à ses grandes figures lors d'hommages nationaux, une question sécuritaire se pose puisque le gouverneur militaire de Paris y réside toujours. Quid de la sécurité autour de cet éventuel village saoudien installé pendant plusieurs mois au cœur d'un bâtiment des armées françaises?

L'arrivée des Saoudiens aux Invalides pourrait aussi constituer une source de nuisance sonore pour les pensionnaires de l'INI. Blessés graves en rééducation ou résidents longue durée risqueraient alors de voir la tranquillité et le calme de leur convalescence perturbé par le passage de nombreuses personnes ou même par l'installation de ce village saoudien.

Un aspect non négligeable qui risque d'avoir un impact sur la décision finale des autorités français, comme l'a rappelé Amélie Oudéa-Castéra ce vendredi au micro de RTL.

"Le ministère des Armées s’est exprimé sur le sujet, il y a une demande qui a été faite par les Saoudiens à laquelle les autorités françaises ont répondu en faisant tout une série de garanties. Pour l’instant il n’y a pas de retour là-dessus", a estimé la ministre des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques. "Encore une fois, le ministère des Armées communiquera en temps utile sur ce projet-là. Je crois que ce qui est important c’est la sécurité du site autour des Invalides, la solennité du lieu, sa tranquillité pour les pensionnaires de l’Institut national des Invalides."

Et Amélie Oudéa-Castéra de conclure sur le sujet: "Tout se fera dans la sérénité et sans précipiter les choses. Encore une fois, il y a un ministère des Armées qui s’occupe de cette question et qui est aujourd’hui en train d’évaluer le dossier." Voilà qui calmera peut-être la polémique ou apaisera les discussions.

Article original publié sur RMC Sport