JO 2024: "L'Esprit Coubertin", la comédie française qui se moque des Jeux Olympiques de Paris

Tourner à la dérision les Jeux Olympiques de Paris à quelques semaines de la cérémonie d'ouverture: c'est l'ambition de L'Esprit Coubertin, comédie décalée où la délégation française, au bord de la déroute et incapable de glaner la moindre médaille d'or, mise tous ses espoirs sur Paul, un champion de tir d'exception simplet.

Dans L'Esprit Coubertin, en salles ce mercredi 8 mai, la compétition tourne rapidement au fiasco à cause de cet étonnant anti-héros joué par Benjamin Voisin, César du meilleur espoir masculin pour Illusions perdues. Absorbé par son sport, au point d'en oublier les valeurs de l'olympisme, il va être détourné de l'enjeu de la compétition.

Clins d'œil à l'actualité

Le film s'est fait avec peu de moyens, en seulement 23 jours et sans l'aide du comité olympique. "C'était intéressant de travailler avec les limites", précise le réalisateur Jérémie Sein, qui a fait ses armes sur la série Parlement. "On est la souris face au mastodonte. Ils ne vont pas être effrayés par nous. Ils vont nous laisser peinards."

"C'était amusant de jouer avec les illusions pour donner l'impression de regarder les vrais JO", poursuit encore le cinéaste qui s'est appuyé sur de nombreux souvenirs d'adolescents et de grands moments de l'histoire du sport. Ses références: l'esthétique des JO de Los Angeles 1984 et de Barcelone 1992.

Le scénario de cette comédie, pourtant écrit dès 2016, un an avant l'attribution des Jeux à Paris, résonne parfois avec l'actualité: punaises de lit au village olympique, travaux pas tout à fait achevés, problématiques de dopage. "J'ai eu des punaises de lit en 2018 donc je l'ai ajouté au scénario à ce moment-là", s'amuse le réalisateur.

Au départ, le projet était futuriste, révèle-t-il: "Ça se passait au Qatar en 2032. Il y avait des voitures intelligentes. Quand tu commences à chercher des financements, l'argent n'arrive pas et tu dois rationaliser ton projet. Quand les Jeux ont été attribués à Paris en 2017, on s'est dit que ça faisait sens de situer le film-là."

Idiot et sophistiqué

Inspiré par l'esprit tapageur des comédies américaines des années 2000 comme Step Brothers avec Will Ferrell, L'Esprit Coubertin ne retient aucun coup face à l'institution olympique. "En comédie, s'il n'y a pas de problème fort, il n'y a pas de comédie", lance Jérémie Sein.

"Mes personnages ont huit ans d'âge mental comme dans Step Brothers. Le film part de la caricature - ce que j'assume au début - avant d'aller dans une autre direction", poursuit ce fan de sport qui a voulu faire une "satire émouvante". "Le culte de la défaite à la française est constitutif de notre amour du sport", insiste-t-il.

Pour souligner cette dimension caricature, Jérémie Sein a enrôlé pour un bref rôle parodiant les chaînes d'information en continu le duo Sacha Béhar et Augustin Shackelpopoulos, alias DAVA. Un duo à l'humour corrosif et au millième degré qui apporte une touche loufoque à cette satire:

"DAVA a un humour très français et en même temps ils sont très critiques de la France. C'était très important qu'ils soient là car ils apportent tout de suite un cachet, une tonalité au film. Le spectateur sait d'emblée à quel genre d'humour il a affaire. Il sait que ce sera très idiot mais aussi un peu sophistiqué."

Moments de gêne

L'humour de L'Esprit Coubertin, très singulier, privilégie les moments de gêne. "En envoyant le scénario, j'étais extrêmement serein. Je savais que ça allait matcher. Puis au bout d'un moment, face aux refus des financiers, j'ai commencé à comprendre que des gens pouvaient ne pas comprendre cet humour et trouver ça complètement débile."

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C'est ce ton unique qui a séduit Benjamin Voisin: "Quand j'ai lu le scénario, je me suis dit que ça n'avait jamais été fait en France", s'exclame l'acteur, qui s'est nourri par moment du jeu de Joël Dupuch, l'ostréiculteur des Petits mouchoirs, pour apporter de la bizarrerie à son personnage de champion un peu simplet.

"Je veux vraiment faire des premiers longs-métrages comme ça pour essayer de participer au cinéma de demain sinon je m'ennuie et je m'enferme", conclut le comédien qui espère retrouver Jérémie Sein sur un nouveau film sur fond de catch. Objectif cette fois-ci: "proposer des choses encore plus radicales et plus adultes".

Article original publié sur BFMTV.com