En Italie, Mario Draghi confronté au désaveu d'une partie de sa coalition

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Mario Draghi, ici ce mercredi 20 juillet, est proche de quitter le pouvoir en Italie après le désaveu de trois partis membres de sa coalition de gouvernement.
Mario Draghi, ici ce mercredi 20 juillet, est proche de quitter le pouvoir en Italie après le désaveu de trois partis membres de sa coalition de gouvernement.

Mario Draghi, ici ce mercredi 20 juillet, est proche de quitter le pouvoir en Italie après le désaveu de trois partis membres de sa coalition de gouvernement.

ITALIE - “Super Mario” n’a pas trouvé la clé. Même s’il a obtenu la confiance, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) était proche de la sortie mercredi soir après la défection de trois partis majeurs de sa coalition lors du vote: Forza Italia, le parti de droite de Silvio Berlusconi, la Ligue, la formation d’extrême droite de Matteo Salvini, et la formation populiste Mouvement 5 Etoiles (M5S).

Des désertions en masse qui sont un désaveu pour le président du Conseil, qui s’était dit prêt à rester à son poste, mais à condition que ses anciens alliés rentrent dans le rang autour d’un “pacte” de gouvernement, déjà mis en péril la semaine dernière par une première défection du M5S. En ne participant pas au vote de confiance, ces trois formations semblent avoir scellé le sort de son gouvernement d’unité nationale, en place depuis février 2021.

Sergio Mattarella va-t-il encore refuser sa démission?

Selon les médias italiens, Mario Draghi est attendu ce jeudi 21 juillet chez le président de la République Sergio Mattarella, auquel il devrait en toute logique remettre sa démission. Arrivé à la tête de l’exécutif pour sortir l’Italie de la crise sanitaire et économique, Mario Draghi avait déjà présenté sa démission le 14 juillet au président Mattarella, qui l’avait aussitôt refusée.

Il estimait que son gouvernement d’unité nationale, allant de la gauche à l’extrême droite, n’avait plus de légitimité après la crise provoquée par la défection le même jour lors d’un vote-clé, déjà au Sénat, du M5S, lui-même confronté à de fortes dissensions internes et à une hémorragie de parlementaires.

Plus que le centre et la gauche à ses côtés

“L’unique solution, si nous voulons encore rester en ensemble, est de reconstruire à partir de ses fondements ce pacte, avec courage, altruisme et crédibilité”, a-t-il affirmé mercredi. “C’est ce que demandent les Italiens”, a ajouté l’ex-chef de la Banque centrale européenne (BCE), fort des sondages affirmant que deux tiers des Italiens souhaitaient que “Super Mario” reste à la barre.

Les défis intérieurs (relance économique, inflation, emploi) et extérieurs (indépendance énergétique, guerre en Ukraine) auxquels l’Italie et l’UE sont confrontées “exigent un gouvernement vraiment fort et solidaire et un Parlement qui l’accompagne avec conviction”, a-t-il affirmé.

Le banquier de 74 ans, lui-même jamais élu à une fonction politique, s’est montré particulièrement virulent avec les partis, qu’il a même directement interpellés: “Vous les partis et les parlementaires, êtes-vous prêts à reconstruire ce pacte? Êtes-vous prêts à confirmer cet effort que vous avez fait durant les premiers mois et qui s’est ensuite affaibli?” “La réponse à cette question, ce n’est pas à moi que vous la devez, mais à tous les Italiens”, a-t-il tancé.

Et leur réponse a été cinglante: Draghi a été lâché en rase campagne. “Le centre-droit (nom donné en Italie à l’alliance entre Forza Italia et la Ligue, NDLR) restera dans l’Histoire comme celui qui s’est débarrassé de Mario Draghi”, a analysé pour l’AFP Francesco Galietti, du groupe de réflexion Policy Sonar.

“Au cours de cette folle journée, le Parlement a décidé de se mettre contre l’Italie”, a dénoncé le chef du Parti démocrate (PD, gauche) Enrico Letta. “Les Italiens montreront dans les urnes qu’ils sont plus sages que leurs représentants”, a-t-il ajouté, dans une allusion aux élections anticipées que pourrait déclencher la démission de Draghi. Finalement, seuls le centre et la gauche sont restés jusqu’au bout à ses côtés.

Issu lui aussi du PD, le commissaire européen à l’Economie, l’Italien Paolo Gentiloni, a jugé “irresponsables” les partis ayant fait défection. Le ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio, dissident du M5S, a pour sa part déploré “une page noire pour l’Italie”.

Les marchés inquiets

Quel que soit le résultat de ce feuilleton politique à l’italienne, l’agence de notation Fitch estime qu’il “est le symptôme d’une plus grande incertitude politique même si des élections anticipées sont évitées”, rendant les réformes structurelles et fiscales encore plus difficiles alors que Bruxelles et ses partenaires européens ont fait pression pour que M. Draghi, gage de stabilité, reste à son poste.

Les marchés scrutent avec attention la situation. Le coût de la dette de l’Italie est reparti à la hausse et la Bourse de Milan était en berne mercredi, signe de la nervosité des marchés face à l’incertitude régnant dans la troisième économie de la zone euro.

L’indice FTSE MIB perdait 1,60% à 21.348,42 points à la clôture, et le spread, l’écart, très surveillé, entre les taux d’intérêt allemand et italien à dix ans, a clôturé à 215 points, en hausse de 3,02%, après être monté jusqu’à 220 points en séance.

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