Avec son interview du 14 juillet, Macron n'a rien fait pour trouver des compromis

Avec son interview du 14 juillet, Macron n'a rien fait pour arranger sa situation à l'Assemblée (Photo: Benoit Tessier via Reuters)
Avec son interview du 14 juillet, Macron n'a rien fait pour arranger sa situation à l'Assemblée (Photo: Benoit Tessier via Reuters)

Avec son interview du 14 juillet, Macron n'a rien fait pour arranger sa situation à l'Assemblée (Photo: Benoit Tessier via Reuters)

POLITIQUE - Du sang et des larmes, à la sauce Macron. Le chef de l’État a véritablement lancé son deuxième quinquennat ce jeudi en renouant avec l’interview présidentielle du 14-juillet. Sa première longue intervention médiatique depuis sa réélection, sans compter son allocution aux Français à la fin juin.

L’occasion pour lui de dresser la feuille de route de son gouvernement face à des prévisions économiques moroses et dans un contexte international éruptif. Très offensif sur certains sujets, comme la polémique sur les Uber files ou la pénurie de main-d’œuvre qui pénalise les entreprises, Emmanuel Macron a dessiné les contours d’un été et d’un automne de réformes... quitte à lancer, rapidement, les hostilités à l’Assemblée nationale.

Au programme, de celui qui se voit désormais en “Vulcain”, le dieu de la forge: une réforme du travail qui contiendra plusieurs volets de l’assurance-chômage au RSA en passant par la formation. La suite, entre plan de sobriété énergétique et réforme des retraites -des sujets particulièrement impopulaires- promet également de belles batailles politiques. De quoi souffler sur les braises de la campagne présidentielle et jouer la continuité malgré une majorité relative à l’Assemblée.

L’été sera chaud

Emmanuel Macron n’a pas souhaité gommer sa vision du marché du travail, quitte à l’exprimer de manière un peu abrupte. Revendiquant, de lui-même, sa “petite phrase” sur le fait de traverser la rue pour trouver un emploi, dégainée à un jeune chômeur il y a quatre ans, le chef de l’État a remis le couvert: “C’est encore plus vrai aujourd’hui.”

Dans son esprit, la préservation du pouvoir d’achat des Français passe par le “plein emploi” et, donc, une large “réforme du Travail” dès les prochaines semaines. Sans donner les détails de ce projet, Emmanuel Macron a distillé quelques indices sur sa philosophie. Relevant les difficultés de nombreux secteurs à recruter, il a par exemple expliqué “entendre” ceux qui peuvent “trouver un autre métier” mais pas ceux qui comptent avant tout sur “la solidarité”.

“Si derrière la réponse, c’est ‘je vais bénéficier de la solidarité nationale pour réfléchir à ma vie’, j’ai du mal à l’entendre parce que cette solidarité c’est ceux qui bossent qui la paie”, a-t-il lâché, en confirmant sa volonté de conditionner le versement du RSA aux bénéficiaires à un “contrat où chacun fait sa partie” pour “leur remettre le pied à l’étrier”.

Salaires, assurance chômage, retraites (...): son cap est clair. Sa main tendue ne nous concerne pas.Olivier Faure, député et secrétaire national du PS

Des mots qui ne sont pas vraiment de nature à ravir grand monde dans l’opposition, comme le montrent les premières réactions au sein de la NUPES ou au Rassemblement national.

Chiffons rouges

“Grande prouesse d’Emmanuel Macron capable de discourir sur les difficultés de recrutement dans les métiers en tension sans dire un mot sur l’obligation d’augmentation des salaires et d’améliorer les mauvaises conditions de travail”, a par exemple ironisé Julien Bayou sur les réseaux sociaux, quand Laurent Jacobelli, député du RN, estimait sur BFMTV, qu’Emmanuel Macron “continue sa volonté de casse sociale, avec la réforme des indemnités chômage et la reforme des retraites.” “Un président de la république hors sol qui n’a rien compris”, selon ses mots.

Pour une partie de l’opposition, à gauche en particulier, la réforme de l’assurance chômage, comme celle des retraites, prennent la forme de chiffons rouges. Et le président de la République a dégainé les deux. Il a effectivement remis sur la table son projet qui vise à “faire travailler” les Français “plus longtemps”. Le locataire de l’Élysée en a même dit davantage que sa Première ministre dans son discours de politique général en fixant l’horizon à l’été 2023 pour une première mise en application. Pour tenir ce calendrier, les concertations devront donc débuter dès la rentrée.

Dans ce contexte, difficile d’imaginer l’alliance à gauche chercher à “bâtir ensemble”, selon la formule de l’exécutif. “Salaires, assurance chômage, retraites ubérisation du travail: son cap est clair. Sa main tendue ne nous concerne pas”, a rapidement réagi le patron du Parti socialiste Olivier Faure, quand son collègue Insoumis Alexis Corbière jugeait, au même moment, sur BFMTV, “impossible” de nouer des compromis avec une telle feuille de route. “On n’a pas été élus pour ça”, a-t-il expliqué.

Une main tendue... sans rien dedans?

Reste donc la droite. C’est effectivement l’une des confirmations de cet entretien: privé de majorité absolue, Emmanuel Macron regarde avant tout du côté des Républicains pour trouver des alliés de circonstances. En ce sens, chef de l’État a ponctué ses réponses d’appels à la responsabilité, sur la réforme des retraites, entre autres. “Est-ce qu’on fera les choses en plusieurs étapes? Est-ce qu’on trouvera des solutions qui ouvrent le jeu? Moi, ce qui m’importe c’est le résultat”, a-t-il lancé, en insistant sur la nécessité de trouver des “compromis responsables”.

Mais les choses ne seront pas simples non plus avec Les Républicains. Sur le fond, la droite est rarement favorable aux mesures pouvant s’apparenter à de “l’écologie punitive”, ce que semble prévoir l’exécutif avec son “pacte de sobriété.” Sur la forme, Emmanuel Macron, dont les troupes ont subi un premier camouflet, mercredi, sur la loi sanitaire, a accusé les députés du parti gaulliste d’avoir pactisé avec le Rassemblement national et la gauche pour contrer le gouvernement. Et ce en des termes peu amène pour quelqu’un qui cherche à négocier, entre “coup de chaud nocturne” et “attelage baroque”.

“Je ne crois pas que les députés LR se soient engagés devant leurs électeurs à voter avec la France insoumise et le Rassemblement national pour empêcher l’instauration d’un pass aux frontières”, a-t-il notamment sifflé. Une façon de prendre les sympathisants de droite à témoin... quitte à courroucer leurs députés. “Apprenez ce ‘respect de chacun’ auquel vous invitez”, lui a répondu Olivier Marleix, le chef des LR au Palais Bourbon. La voie du compromis semble longue.

À voir également sur Le HuffPost: Après les “Uber files”, Macron assume tout et Le Maire le soutient

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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