Incendies : d’où vient le désir du feu des pyromanes?

Des habitants de l’Ardèche observent le feu se propager, le 27 juillet 2022.
JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP Des habitants de l’Ardèche observent le feu se propager, le 27 juillet 2022.

JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Un homme de 44 ans a avoué être à l’origine d’un feu qui a ravagé près de 1.200 hectares dans l’Ardèche. Ici des habitants observent des feux dans la commune de Vogüé, le mercredi 27 juillet.

INCENDIES - La France vit un début d’été 2022 marqué par des feux d’une ampleur exceptionnelle, résultat d’une longue sécheresse couplée à une canicule sèche, auxquelles il faut ajouter l’agrandissement et le « continuum » de certaines forêts françaises. L’origine de ces incendies est le plus souvent involontaire, liée à un mégot de cigarette mal éteint ou à la proximité des populations et à leurs activités de loisirs ou économiques.

Cependant 10 % des incendies qui surviennent en France résultent d’un acte volontaire, selon les chiffres de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN). Comme dans l’Hérault, où un sapeur-pompier volontaire de 37 ans a été mis en examen, ce jeudi 28 juillet, dans le cadre de l’enquête ouverte après huit départs de feu dans les secteurs de Saint-Privat et Saint-Jean-de-la-Blaquière, au nord-ouest de Montpellier.

Habitant et originaire de Saint-Jean-de-la-Blaquière, ce père de 2 enfants a reconnu les faits, expliquant avoir voulu « provoquer des interventions de sapeurs-pompiers afin de s’extraire d’un cadre familial oppressant », de bénéficier de « reconnaissance sociale », mais aussi en raison de « l’adrénaline » provoquée par ces feux, selon le communiqué du procureur de la République.

Jusqu’à 15 ans de prison

En Ardèche, où un feu a ravagé près de 1 200 hectares sur le plateau de Jastres entre Lussas et Vogüé, un homme présentant « un taux d’alcool significatif lors de son interpellation » est lui aussi passé aux aveux après avoir été « confronté aux nombreux témoignages recueillis par les enquêteurs », selon un communiqué du parquet de Privas. Même aveu, au début du mois de juillet dans le Gard après l’arrestation d’un homme après deux incendies sur la commune de Sernhac.

Ces actes sont pourtant sévèrement punis en France. Une personne allumant volontairement un feu encourt jusqu’à 10 ans de réclusion criminelle et 150 000 euros d’amende. Une peine qui peut aller jusqu’à 15 ans de prison si l’incendie ravage une forêt ou un maquis.

D’où vient ce passage à l’acte, étudié depuis près de 200 ans par les psychiatres et les criminologues du monde entier ? Au contraire de l’incendiaire, qui allume un feu pour des motivations matérielles ou politiques, « le pyromane va répondre à une excitation qui va dépasser la notion de dommages ou de risques pour la nature ou pour les personnes », explique au HuffPost Michel Lejoyeux, chef du service de psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital Bichat à Paris. Il a plus rarement la volonté de blesser ou de tuer, c’est généralement pour cela qu’il exprime de la culpabilité. »

« Il ne faut pas forcément penser qu’il trouve le feu beau, il recherche une forme de transe ou de plaisir, comme peuvent le faire les personnes qui ont une conduite à risque sur la route ou des joueurs qui jouent leur fortune sur un jeu où ils se savent pourtant perdants. Dans nos classifications, la pyromanie est d’ailleurs classée dans le trouble des désirs impulsifs », ajoute-t-il, rappelant qu’il n’y a pas de traitement ou de thérapie précise pour ces troubles de la personnalité autorisé en France.

« Dès qu’il commence à avoir des motivations (comme celle du cadre familial ou du besoin de reconnaissance sociale évoqués par le pompier volontaire arrêté dans l’Hérault, ndlr), on est plus dans le simple plaisir ou le désir du feu, on entre dans le registre de l’incendiaire », précise-t-il. « Pour les pompiers pyromanes, il y a souvent un besoin de se sentir indispensable. On se crée la possibilité d’être un sauveur, on devient un héros en quelques heures », estime lui estime le psychiatre Pierre Lamothe, spécialiste en criminologie, interrogé par l’AFP.

La médiatisation des feux de forêts accroît-elle cette fascination ? « Le pyromane est à l’origine d’un événement qui fait le tour du monde et dont tout le monde parle, encore plus aujourd’hui que par le passé, avec les ballets des Canadair et les images retransmises en boucle à la télévision », répond Pierre Lamothe. « Cela provoque un sentiment de toute-puissance, qui peut combler, au moins momentanément, un besoin de reconnaissance ».

« Comme pour tous les comportements impulsifs, la médiatisation les rend intéressants pour certains. C’est le syndrome des Souffrances du jeune Werther, du nom du premier roman de Goethe, qui a inspiré une augmentation du taux de suicide en Europe à la fin du 18e siècle », explique Michel Lejoyeux, qui est également professeur en psychiatrie à l’université Paris-Cité. « On n’est pas à l’abri qu’il y a un effet d’exemple, que cela suscite d’autres vocations, notamment chez les très jeunes qui s’amusent à brûler des brindilles ».

À voir également sur Le HuffPost : Pourquoi l’origine des départs de feu doit devenir le centre du débat

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