"Un cauchemar": en Gironde, la lassitude des habitants évacués à deux reprises à cause des feux

Incendie en Gironde : la vue du feu depuis Belin-Beliet - Juliette Chaignon RMC
Incendie en Gironde : la vue du feu depuis Belin-Beliet - Juliette Chaignon RMC

"C'est un cauchemar." Mercredi, c'est en ces mots que le maire d'Hostens, petite commune de Gironde, décrivait la détresse de ses administrés, confrontés en moins d'un mois à deux évacuations à cause des incendies. "La plupart de mes administrés sont partis chez des amis ou en famille. Ils viennent de subir deux feux successifs. Il faut de nouveau tout abandonner, la plupart sont dépités", déplorait le maire Jean-Louis Darthiail sur BFMTV.

Cela fait trois jours que les habitants d'Hostens voient de nouveau leurs maisons menacées par les flammes et sont contraints de dormir au mieux chez des proches, sinon dans des salles des fêtes et des centres d'hébergement mis à disposition par des communes alentours. En Gironde, alors qu'ils avaient été fixés fin juillet, des feux ont repris mardi à cause du vent et de la présence de tourbe dans le sol, qui enterre l'incendie sans l'éteindre.

"Nous avons combattu le feu pendant trois semaines successives, et de nouveau l'incendie ravage la partie restante de notre commune qui n'avait pas brûlé. C'est épuisant", relate l'élu.

La commune de Mano évacuée pour la troisième fois

En effet, cette nouvelle évacuation ravive chez les habitants des plaies encore récentes. Xavier Villain et sa famille ont dû faire leurs bagages pour la seconde fois en moins d'un mois mardi soir, et quitter à regret leur domicile. "C'est toujours très désagréable. Forcément, quand on laisse sa maison, on ne sait pas dans quel état on va la retrouver", déplore-t-il sur BFMTV.

"C'est surtout qu'on l'a déjà vécu une première fois. Soi-disant, on devait partir pour quelques heures, et finalement ça a duré plus d'une semaine", rappelle le père de famille.

"On a subi la première évacuation, qui était assez intense. Là, c'est la deuxième. On ne dort pas depuis plus d'un mois, on ne sait pas si les feux vont repartir, c'est vraiment très dur à supporter. [...] Je me demande si je vais pouvoir rouvrir mon affaire, parce que je comptais sur cette saison pour remonter mon chiffre d'affaires depuis le Covid", complète Jérôme Vignes, propriétaire d'un snack-kebab à Hostens.

Record battu non loin d'Hostens, dans le village de Mano, déjà évacué deux fois en juillet. Cette fois-ci, seul un quartier de la commune est concernée, celui du Pichemonge. C'est donc la troisième fois que la commune est visée par une évacuation. Au total, 150 hectares de forêts sont partis en fumée près du village lors du premier incendie.

"C'est un crève-cœur"

Dépit, lassitude... Des sentiments dont témoignent les habitants de Moustey, qui ont dû quitter la commune en urgence mercredi. Samira Assouf, gérante d'un tabac, déplore ce départ précipité et l'abandon de son commerce: "C'est un crève-cœur pour moi. Ça fait trois ans que je travaille 365 jours par an. Et puis c'est une période un peu touristique, on aurait aimé travailler."

"Ça a été très dur de laisser les locaux comme ça. Mais on est obligé pour la sécurité de nos enfants aussi", poursuit la jeune femme sur notre antenne. "Il n'y avait plus personne, plus une voiture dans les rues, plus rien... C'était digne d'un film d'horreur."

"Nous avons affaire à des gens qui sont dans l'incompréhension totale parce qu'il s'agit de la deuxième évacuation qu'ils doivent subir. Effectivement, il y a énormément de détresse psychologique", rapporte Christophe Soyez, chef de poste pour la protection civile en charge des évacuations, sur BFMTV.

La tentation du retour

"Sur le plan du feu, les nouvelles sont moins mauvaises pour nous, le vent pousse le feu vers le nord et non plus vers notre commune", rapportait ce jeudi après-midi le maire de Moustey, Vincent Ichard.

Certains sont déjà tentés de rejoindre leur domicile après l'évacuation de mercredi soir. Mais l'élu se montre catégorique: même si les signaux sont encourageants, il est encore trop tôt. "Il faut maintenant vérifier si l'évacuation est toujours tenue, si les gens n'ont pas la tentation de revenir."

Au total, ce sont 10.000 personnes qui ont été évacuées depuis mardi en Gironde, où le feu a ravagé 7400 hectares de végétation.

Article original publié sur BFMTV.com