Guerre en Ukraine : qu'est-ce que le groupe Wagner, qui serait déployé pour assassiner Zelynsky

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Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy. (AFP)

Selon plusieurs médias, ces mercenaires du groupe Wagner seraient actuellement déployés dans la capitale ukrainienne pour éliminer le président ukrainien.

400 hommes, des mercenaires, seraient déployés dans la ville de Kyiv (nom ukrainien de la ville de Kiev) pour abattre le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, rapportent plusieurs médias dont le très sérieux Times. Des mercenaires regroupés sous le nom du mystérieux "groupe Wagner", une société militaire privée.

Sur son site, le groupe Wagner se présente comme un regroupement de "personnes prêtes à donner leur vie dans la lutte pour la justice (...) et n'acceptant pas l'oppression des civils". Une auto-description bien loin des conclusions des rapports d'ONG, qui dénoncent les actes commis par ces hommes : "tortures, exécutions ou viols, contre des civils, dans des zones de conflit", ou de l'avis de l'UE, qui les accuse "d'alimenter la violence, de piller les ressources naturelles et d'intimider les civils en violation du droit international".

Un groupé de mercenaires pour "régler des problèmes par la force""

Officiellement la Russie nie l'existence de cette société. Mais selon The Bell, un média russe basé à Londres, à l'origine du groupe Wagner, il y a des hauts gradés du ministère de la Défense et du FSB. En 2012, selon ce média, ils ont l’idée de créer une armée privée, "utilisable pour régler des problèmes par la force".

Deux hommes jouent un rôle clé dans l'aboutissement de l'idée. Le premier, c'est Dmitri Outkine, ancien officier du renseignement militaire russe, et qui apparaît dans le premier convoi de mercenaires russes envoyés en Syrie à l'automne 2013. Quelques mois plus tard, il est aux côtés de séparatistes pro-russes dans l'Est de l'Ukraine, dans la région du Donbass. Un conflit qui marque l'acte de naissance du groupe Wagner, dont le nom aurait été trouvé par Outkine en hommage à Richard Wagner, compositeur talentueux, mais surtout artiste favori d'Adolf Hitler, révélait SkyNews en 2016.

Le "cuisiner de Poutine" au financement

Reste à trouver le financement de cette armée parallèle, sans que l'argent ne provienne du Kremlin. C'est là qu'intervient un deuxième homme, Evgueni Prigojine, surnommé le cuisiner de Poutine. Ce milliardaire russe, qui a fait plusieurs années de prison, a fait fortune en ouvrant des restaurants de luxe fréquentés par Vladimir Poutine. Le chef d'État contribue à sa fortune en en faisant le traiteur officiel du Kremlin, puis le fournisseur des cantines de l'armée et des écoles.

Evgueni Prigojine réinvesti sa fortune dans la manipulation de l'information. Car l'oligarque est surtout connu pour son usine de trolls spécialisée dans la déstabilisation numérique. Selon le FBI, qui offre 250 000 dollars pour "toute information menant (son) arrestation", il joue un rôle dans l'élection de Donald Trump. Evgueni Prigojine est officiellement poursuivi pour "complot en vue de tromper les États-Unis".

Des mercenaires payés 3 000 à 4 000 euros par mois

Réticent au départ à financer le groupe Wagner, Prigojine aurait finalement accepté pour maintenir ses affaires avec l'État russe, selon Amnesty International. Le milliardaire est d'ailleurs l'objet de sanctions de la part de l'UE pour ses liens avec le groupe de mercenaires.

En août dernier, Amnesty décrivait le groupe Wagner comme "une armée privée de 2 500 à 5 000 mercenaires présents depuis 2014 sur les zones de conflit de la planète où la Russie a des intérêts stratégiques". Des hommes rémunérés entre 3 000 et 4 000 euros par mois, de nationalité russe ou qui peuvent être recrutés localement.

Présents en Syrie, en Libye, au Mali, en Crimée...

Les terrains d'opération de ce groupe Wagner ? la Crimée et le Donbass, deux territoires de l'Ukraine convoités par la Russie, où les mercenaires combattent aux côtés des troupes sécessionistes, mais aussi en Syrie aux côtés de l'armée de Bachar Al Assad, ou encore en Libye avec 1 200 hommes selon les Nations unies, et en Centrafrique, où il seraient 450, selon Bloomberg. Le groupe Wagner se finance notamment en monnayant ses services dans certains pays, dont le Mali et la Centrafrique, où ils peuvent être affectés à la sécurité de certains sites pétroliers, de mine, ou la sécurité présidentielle.

"Le groupe Wagner est accusé, notamment par la France, de se rémunérer sur les ressources des pays dans lesquels il intervient et de servir les intérêts du Kremlin dans sa conquête géopolitique", explique au Point en novembre dernier Roland Marchal, sociologue et chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERI).

Wagner rémunéré en ressources naturelles

Exemple en Syrie, révélé par Amnesty. Une société russe, Europolis, signe un contrat avec l’État syrien. Euro Polis s’engage à libérer les champs pétroliers et gaziers saisis par les opposants d’Assad, et reçoit en échange 25% de leur production. Le média russe RCB et le site d’investigation Bellingcat découvrent que les dirigeants d’Euro Polis partagent des numéros de téléphone en commun avec deux douzaines d’entreprises appartenant à Evgueni Prigojine, que les soldats de Wagner appellent "le boss".

Nikita, un mercenaire de Wagner qui a servi sous ses ordres en Syrie, explique à Amnesty que "ceux qui reprenaient par les armes le pétrole et le gaz à Daech, c’était nous : les gars de Wagner. Euro Polis et Wagner, c’était la même chose".

Macron accuse le groupe Wagner au Mali

Plus récemment, mi-février, Emmanuel Macron a accusé le groupe d’être au Mali pour servir ses "intérêts économiques" propres et "sécuriser la junte" au pouvoir à Bamako, sur la même base que l'accord qui est signé en Centrafrique entre le groupe Wagner et le pouvoir en place.

Dans le cadre d'une enquête diffusée sur France 5, deux journalistes rapportent les pressions subies pour avoir enquêté sur le "groupe Wagner". En 2018 en Centrafrique, trois journalistes russes qui enquêtaient sur la présence de mercenaires du groupe Wagner ont été assassinés.

VIDÉO - Mali : le groupe Wagner présent pour "sécuriser les intérêts de la Russie et la junte", selon Macron

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