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Guerre Israël-Hamas: quelle différence entre un cessez-le-feu et une trêve humanitaire

La France appelle depuis fin octobre à une "trêve humanitaire" dans le conflit entre Israël et le Hamas, qui entraîne une grave crise humanitaire dans la bande de Gaza. Des ONG et des politiques demandent de leur côté un "cessez-le-feu". Quelle est la différence entre ces deux termes?

Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas il y a un mois, les propos de dirigeants étrangers sont scrutés à la loupe. Chaque terme a son importance dans ce conflit où les positions divergent d'un pays à l'autre. La France, par exemple, appelle depuis le 27 octobre à une "trêve humanitaire".

Ce lundi 6 novembre, la Première ministre, Élisabeth Borne, a réaffirmé cette position sur France Inter: "Israël a le droit de se défendre, d'assurer sa survie, par rapport à un groupe terroriste, qui est le Hamas", mais "cette défense d'Israël doit se faire dans le respect du droit international humanitaire", a-t-elle déclaré.

"Ce que demande la France, ce sont des trêves humanitaires et on espère ensuite que la solution politique pourra prendre le pas", a-t-elle ajouté.

En déplacement au Qatar ce dimanche, la ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna, aussi assuré qu'"une trêve humanitaire, immédiate, durable et soutenue est absolument nécessaire et doit pouvoir mener à un cessez-le-feu."

"'Trêve humanitaire' ne veut rien dire. C’est un cessez-le-feu immédiat qu’il faut pour les Palestiniens", lui a répondu sur X (ex-Twitter) la présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot.

Ce débat sémantique s'est également joué au niveau de l'ONU, dont l'Assemblée générale a voté le 27 octobre une résolution non-contraignante, qui "demande une trêve humanitaire immédiate, durable et soutenue, menant à la cessation des hostilités". Une précédente version du texte appelait à un "cessez-le-feu immédiat", selon l'AFP.

Un cessez-le-feu "permet d'interrompre les combats"

"Il n’existe pas de définition unique et universellement acceptée d’un cessez-le-feu", rappelle le Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix (DPPA), un département du Secrétariat des Nations unies, dans ses directives sur la médiation d'un cessez-le-feu, publiées en août.

L'ONG Médecins sans frontières (MSF) le définit sur son site comme "un accord organisant la cessation de toute activité militaire durant un temps donné et dans un espace donné". Il "permet d'interrompre les combats, de façon définitive ou pas", explique à BFMTV.com Coline Beytout, responsable adjointe Droit international humanitaire à la Croix-Rouge française.

Le cessez-le-feu "peut par exemple constituer une étape vers une résolution pacifique du conflit ou un accord de paix", décrit aussi Raphael Van Steenberghe, chercheur à l'Université catholique de Louvain, spécialiste du droit international humanitaire.

La trêve humanitaire, un procédé temporaire

Une trêve humanitaire désigne de son côté "un accès, qui est temporaire de toute façon", vers une zone de conflit "sans que les travailleurs humanitaires puissent être victimes des attaques", poursuit Coline Beytout.

"On suspend très temporairement, sur une zone circonscrite, le conflit", ce "qui permet à la population civile d'être protégée, comme l'exige le droit de la guerre", dit-elle aussi.

Médecins du monde demande ainsi un "véritable cessez-le-feu", ce "qui revêt un caractère beaucoup plus durable que ce que peut sous-entendre le terme de trêve humanitaire", a affirmé le 27 octobre sur BFMTV Louise Bichet, responsable du pôle Moyen-Orient de l'ONG.

Un cessez-le-feu peut avoir un objectif humanitaire

Là où les choses se complexifient, c'est qu'"une trêve humanitaire suppose un cessez-le-feu (l’arrêt temporaire des hostilités) entre les parties au conflit", selon le chercheur Raphael Van Steenberghe. Et en parallèle, un cessez-le-feu peut avoir un objectif humanitaire, d'après le Secrétariat de l'ONU.

Dans ce cas, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), il "nécessite l’accord de toutes les parties intéressées". Il est "généralement mis en place pour une période de temps donnée dans la zone géographique particulière où les activités humanitaires doivent être menées".

Demander une trêve humanitaire pour faire respecter le droit

Pourquoi, alors, la France ne parle-t-elle pas d'un "cessez-le-feu humanitaire", comme le fait la Belgique par exemple? Pour Coline Beytout, de MSF, demander un cessez-le-feu est "une démarche plus politique", qui mettrait la France "dans une posture diplomatique".

Tandis que demander une trêve humanitaire signifie simplement de "faire respecter le droit", souligne cette juriste. Elle ajoute que "la France a signé les conventions de Genève" qui "obligent à respecter et à faire respecter le droit international humanitaire". Et celui-ci oblige les parties au conflit à donner un accès à une aide humanitaire.

Or, l'aide arrive difficilement dans la bande de Gaza, placée depuis le 9 octobre en état de "siège complet" par Israël qui y a coupé les livraisons d'eau, d'électricité et de nourriture. Avec 400 camions passés par Rafah, en Egypte, vers la bande de Gaza en deux semaines, contre 500 qui entraient dans l'enclave chaque jour avant la guerre, "le goutte à goutte d'aide n'est rien face à l'océan de besoins", a déploré lundi le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, lors d'une conférence de presse. Les bombardements israéliens ont fait plus de 10.000 morts dans la bande de Gaza en près d'un mois de guerre, selon le Hamas.

Une posture politique

Par ailleurs, pour le chercheur Raphael Van Steenberghe, appeler à un cessez-le-feu "pourrait donner l’impression qu’Israël ne pourrait plus exercer son droit de légitime défense". C'est en tout cas ce qu'a affirmé jeudi John Kirby porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la présidence américaine.

"Nous pensons qu'un cessez-le-feu profiterait au Hamas en leur permettant de respirer et de continuer à concevoir et réaliser des attaques contre le peuple israélien", a-t-il dit.

Les États-Unis plaident donc pour une "pause humanitaire", soit "quelque chose de temporaire, de localisé, de concentré sur un objectif particulier, l'aide humanitaire entre et les gens sortent". John Kirby a différencié cette "pause" d'un "cessez-le-feu général", qui serait un "arrêt des combats sur tous les fronts, partout, et tout le monde dépose les armes", "habituellement pour tenter de mettre fin aux hostilités".

Mais "ici, même si l’objectif est uniquement humanitaire – sans préjudice donc du droit d’Israël de continuer à reprendre les armes après la trêve pour se défendre -, il s’agira bien d’un cessez-le-feu, qui reposera sur l’accord des parties au conflit", juge Raphael Van Steenberghe.

Article original publié sur BFMTV.com

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