Fraude aux streams: le rap n'est pas le genre musical le plus concerné

Entre 1% et 3% des écoutes en ligne sont fausses, selon les données de 2021 en France dévoilées lundi par le Centre national de la musique (CNM). - FirmBee- CC
Entre 1% et 3% des écoutes en ligne sont fausses, selon les données de 2021 en France dévoilées lundi par le Centre national de la musique (CNM). - FirmBee- CC

Si pendant plusieurs années le rap a été accusé - parfois par les rappeurs eux-mêmes - d'avoir recours à la fraude aux streams pour se maintenir dans le top des classements ou décrocher des certifications, le rapport du CNM, dévoilé lundi, propose pour la première fois des chiffres solides pour nuancer cette tendance.

Car, contrairement aux idées reçues, tous les genres musicaux sont concernés par les fausses écoutes: hip-hop, pop/rock, classique, chanson française et même musiques d'ambiance.

L'étude du Centre national de la musique (CNM), commandée par le ministère de la Culture, est la première au monde de cette envergure pour le streaming musical. Elle offre un panorama et des données détailles sur la manipulation des écoutes en ligne en France.

Fruit d'un an de travail en collaboration avec trois plateformes de streaming (Deezer, Spotify et Qobuz) et plusieurs distributeurs (Universal, Sony, Warner, Believe et Wagram), ce document de 57 pages révèle qu'entre un et trois milliards d'écoutes en ligne identifiées sur l'année 2021 sont en réalité fausses (sur 100 milliards de chansons écoutées par an en France).

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Reste que sur Spotify, Deezer et Qobuz, la plus grande partie des streams frauduleux identifiés proviennent du genre hip-hop/rap. Un constat logique selon Romain Laleix, directeur général délégué du CNM, "puisqu'il s'agit de la musique la plus écoutée en France".

"Mais en part de streams frauduleux identifiés uniquement sur le segment rap, le genre n'est pas proportionnellement plus concerné que les autres", assure Romain Laleix à BFMTV.com.

Les genres marginaux sont les plus touchés

Dans le détails des données récoltées par le CNM, les fausses écoutes identifiées rapportées au nombre total d'écoutes de titres hip-hop et rap ne représentent ainsi qu'un très faible pourcentage: 0,7% contre 1,2% pour la catégorie chansons françaises sur Deezer par exemple.

En comparaison, le CNM identifie d'autres genres musicaux peu écoutés, mais où la part de streams frauduleux est beaucoup plus élevée tels que les musiques d'ambiance (4,8% sur Deezer) ou de relaxation (12,3% sur Qobuz) qui ne représentent pourtant qu'un poids infime en termes d'écoutes globales (entre 0 et 0,1% selon les plateformes).

"Ces données nous laissent à penser qu'il y a des gens qui mettent en ligne des faux titres, en dessous du top 10 000 sur toutes les plateformes, en espérant que ça passe en dessous des radars et que ça génère des revenus", indique Romain Laleix.

Et d'ajouter: "Ça permet de relativiser une espèce de préjugé autour du rap qui a fait écho pendant plusieurs années."

Quid des streams non détectés?

Toutefois, le CNM note dans son rapport un élément majeur à prendre en compte avant toute conclusion hâtive: contrairement à ce que l'on pourrait croire, les fausses écoutes détectées par les plateformes ne concernent pas les artistes les plus populaires (souvent des rappeurs) et se situent à 80% (pour Spotify et Deezer) dans "la longue traîne" - soit les morceaux en dessous du top 10.000.

Dans le top 10 des chansons les plus écoutées, seules 0,25 % d'écoutes seraient fausses sur Spotify et 0,65 % sur Deezer, selon le CNM. Face à ce constat Romain Laleix émet alors deux hypothèses:

"Soit les tops ne sont vraiment pas concernés par la fraude, et ça clôt complètement le débat autour du rap, étant massivement présent dans les tops, soit il y a une part non identifiée de 'fake streams' dans ces tops et dans ce cas, la question prend une tournure totalement différente", explique-t-il.

Nouvelle étude pour 2024

Ces données permettent également au CNM ainsi qu'aux plateformes de mieux identifier les différentes pratiques cachées derrière la manipulation des écoutes. "S'il est difficile pour nous aujourd'hui de certifier nos suppositions, confie Romain Laleix, on peut toutefois se dire que, comme les fausses écoutes concernent principalement les titres en dessous du top 10.000, il pourrait s'agir d'artistes en quête de notoriété qui cherchent à exister dans une offre pléthorique ou alors d'internautes souhaitant se faire de l'argent avec de la fausse musique."

Pour lutter au mieux contre cette fraude, le CNM souhaite dans un premier temps proposer prochainement aux acteurs du milieu de la musique (syndicats, plateformes, distributeurs, artistes, ayants-droits...) d'établir et d'adopter une "charte interprofessionnelle de prévention et de lutte contre la manipulation des écoutes en ligne".

L'instance compte également réaliser une nouvelle étude, d'ici 2024, pour suivre l'évolution de ces pratiques frauduleuses.

Article original publié sur BFMTV.com