Frappes sur la centrale de Zaporijjia en Ukraine : quels sont les risques d'accident nucléaire?

De nouvelles frappes ont visé la plus grande centrale d'Europe jeudi, touchant cette fois des installations. De quoi préoccuper experts et responsables internationaux.

L'inquiétude grandit à propos de la centrale nucléaire de Zaporijjia. La centrale ukrainienne a une nouvelle fois été visée par des frappes jeudi, dont la Russie et l'Ukraine s'accusent mutuellement. Passées près d'un réacteur, elles ont touché une partie des installations, faisant craindre un possible accident aux conséquences désastreuses.

"La situation s'aggrave"

"La situation sur la centrale de Zaporijjia depuis plusieurs semaines maintenant est vraiment très préoccupante", déplore sur BFMTV Bruno Chareyron, ingénieur nucléaire et directeur du laboratoire de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD).

Des frappes sont passées jeudi près d'un réacteur de la centrale et "à proximité directe d'un dépôt de substances radioactives", a relevé la compagnie d'État ukrainienne Energoatom, dans un communiqué.

S'il ne s'agit pas des premières frappes visant la centrale depuis le début de l'invasion russe en Ukraine, cette fois, leur dangerosité semble particulièrement élevée.

"La situation s'aggrave (...), plusieurs capteurs de radiation ont été endommagés", ainsi que "la station de pompage des eaux usées", s'est inquiétée la compagnie d'énergie.

De potentiels "rejets radioactifs"

Mais quel genre d'accident peuvent concrètement provoquer ces frappes? Pour l'ingénieur nucléaire Bruno Chareyron, les tirs près de zones de stockage de combustible ou de déchets radioactifs s'avèrent particulièrement dangereux.

"Cela crée une situation qui potentiellement peut conduire à des rejets radioactifs, voire à une catastrophe nucléaire", estime-t-il.

Il souligne par ailleurs que l'existence de bombardements près de lignes à haute tension "diminue les capacités à accéder à de l'électricité pour refroidir correctement les réacteurs".

En outre, le contexte actuel en Ukraine et le stress qu'il peut provoquer sur le personnel chargé de la gestion de la centrale peut aussi avoir des conséquences sur le risque d'accident nucléaire.

"Dans l'histoire, plusieurs catastrophes nucléaires ont été dûes aussi en partie à des erreurs humaines", rappelle Bruno Chareyron.

Un "scénario catastrophe"?

La France serait-elle menacée si une telle catastrophe devait survenir? Pas nécessairement, selon l'expert en nucléaire, pour qui "tout va dépendre du niveau des rejets" et "de la direction des vents".

"Vous avez des situations où des rejets ponctuels peuvent durer seulement quelques heures et des situations où ça dure des jours", estime-t-il par ailleurs.

Si le scénario d'une catastrophe de l'ampleur de celle connue avec Tchernobyl en 1986 n'est pas le plus probable, la centrale ukrainienne ne possédant pas le même type de réacteurs, l'ingénieur reste prudent.

"On peut maheureusement construire des scénarios catastrophes avec un des réacteurs touchés gravement et pourquoi pas, par cascade, l'ensemble des réacteurs de la centrale et avoir des rejets extrêmement intenses", prévient-il.

L'AIEA redemande une mission d'inspection sur place

Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a lui-même tiré la sonnette d'alarme peu après les frappes.

"L'heure est grave et l'AIEA doit être autorisée à mener sa mission à Zaporijjia aussi vite que possible", a-t-il mis en garde jeudi, devant le Conseil de sécurité de l'ONU, demandant qu'une mission puisse être envoyées sur place pour inspecter la centrale, mission que Kiev et Moscou s'accusent mutuellement de freiner.

Pour garantir la sécurité du site et permettre une mission d'inspection, le secrétaire général de l'ONU et les États-Unis ont appelé jeudi à la mise en place d'une zone démilitarisée autour de la centrale.

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Zaporijjia: "Toute attaque militaire menaçant la sécurité nucléaire doit immédiatement cesser", appelle l'AIEA