Feux en Gironde: la fumée observée à Bordeaux est-elle dangereuse pour la santé?

La fumée des incendies dans le ciel de Bordeaux, dans la nuit du 18 au 19 juillet.  - BFMTV
La fumée des incendies dans le ciel de Bordeaux, dans la nuit du 18 au 19 juillet. - BFMTV

En plein épisode caniculaire, de nombreux habitants de Bordeaux et de ses environs ont décidé de dormir la fenêtre ouverte dans la nuit de lundi à mardi, soucieux de faire pénétrer un peu d'air frais dans leur domicile. Mais c'était sans compter sur les feux qui ravagent actuellement la végétation à une cinquantaine de kilomètres de là, aux alentours des communes de La Teste-de-Buch et de Landiras.

Car dans la soirée, le vent a tourné. Orienté depuis le début des incendies en direction du sud-ouest, il s'est mis à souffler vers le nord, donc en direction de Bordeaux et de sa métropole, apportant avec lui d'importantes fumées. Si bien que de nombreux Girondins se sont réveillés tôt ce mardi, dérangés par une odeur âcre.

Un appel à ne pas déranger les secours

Alors que la fumée était toujours visible au-dessus de Bordeaux ce mardi, donnant presque à la ville une ambiance de film post-apocalyptique, le Conseil départemental de Gironde, dans une publication partagée sur Facebook, a appelé les habitants à ne pas déranger les services de secours.

"N'appelez pas les pompiers pour les fumées. Depuis quelques heures, les fumées des feux de La Teste-de-Buch et du Sud Gironde ont envahi le ciel de la métropole, notamment. Merci de ne pas appeler les pompiers pour cela, leur standard est saturé. Si vous craignez de respirer les particules, mettez un masque que vous utilisiez pour vous protéger du Covid. Il faut attendre que le vent tombe", peut-on lire.

De son côté, l'Agence régionale de santé (ARS) de Gironde a communiqué ce mardi sur le sujet, adressant une liste de recommandations aux "personnes sensibles", et évoquant des "effets de l'exposition éventuelle aux particules irritantes qui s'en dégagent".

Tout en précisant: "pour une simple sensation d’odeur gênante et/ou d’irritation des voies respiratoires supérieures, il n’est pas nécessaire de solliciter le médecin traitant, ni d’appeler le numéro d’urgence du SAMU-Centre 15".

Les jeunes enfants et les personnes âgées particulièrement sensibles

Mais les fumées rejetées par les feux de forêt sont loin d'être anodines d'un point de vue sanitaire pour l'homme. Les rejets noirs contiennent du benzène, du cyanure et du monoxyde de carbone, une composition qui diffère selon les essences qui brûlent. Les fumées blanches contiennent des particules fines, que l'on retrouve également dans les fumées des pots d'échappement.

De nombreuses études en provenance du Canada, pays rompu aux incendies et où brûlent chaque année en moyenne 2,1 millions d'hectares, attestent de la dangerosité de ces fumées pour l'être humain.

Sur le site gouvernemental de la province canadienne du Manitoba, il est indiqué que "les particules fines qui se trouvent dans la fumée provenant des feux de forêt sont la substance la plus nocive pour la santé. Cette substance rend la respiration difficile ou provoque des toux. Ces particules fines peuvent également aggraver les maladies cardiaques et respiratoires préexistantes".

Ainsi, les jeunes enfants, les personnes âgées et celles atteintes d'affections cardiaques ou pulmonaires, telles que l'asthme, sont particulièrement vulnérables aux fumées. Ces dernières peuvent d'ailleurs provoquer une irritation des yeux et de la toux. En cas d'exposition, le gouvernement du Manitoba recommande de limiter son temps en plein air, de rester à l'intérieur, et d'activer l'option "recyclage de l'air" sur ses appareils de climatisation.

L'ARS de Gironde indique de son côté qu'il faut "limiter le temps passé à l'extérieur, restreindre les activités physiques en extérieur et surveiller de près les personnes à risques".

La dangerosité d'une exposition prolongée

Lors d'une exposition prolongée, ou si la fumée est vraiment épaisse, des problèmes pulmonaires peuvent même se déclencher. Une situation à laquelle les habitants de Bordeaux devraient échapper. Météo-France a prévu un revirement du vent vers le sud-est dans la journée, ce qui devrait chasser les fumées présentes au-dessus Bordeaux.

Mais le cas de figure est différent pour ceux qui résident à proximité des feux, exposés à ces fumées depuis maintenant une semaine. Un article de Radio Canada, relayant une étude menée par des chercheurs de l'Université de Colombie-Britannique et publiée dans le journal Environmental Health Perspective, est plus qu'alarmiste. En étudiant 670.000 interventions ambulancières durant des feux de forêt entre 2010 et 2015, ils ont prouvé la corrélation entre un niveau élevé de particules fines dans l'air et l'augmentation des appels aux urgences liés à des problèmes de santé variés.

"C'est alarmant de constater la vitesse avec laquelle les particules fines semblent affecter les systèmes respiratoire et cardiovasculaire", écrit ainsi Jiayun Angela Yao, l'autrice principale de l'étude.

Interrogé par nos confrères de TF1 ce week-end, le lieutenant-colonel Olivier Chavatte, opérant à proximité des feux autour du bassin d'Arcachon, a déclaré: "il est clair qu'il va y avoir encore énormément de fumées sur ce secteur, qui seront extrêmement incommodantes. Et même pour des personnes en bonne santé, elles pourraient être problématiques".

Article original publié sur BFMTV.com

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