Attentat suicide de l'EI dans un bastion du Hezbollah à Beyrouth

par Mariam Karouny et Laila Bassam

par Mariam Karouny et Laila Bassam

BEYROUTH (Reuters) - Un double attentat suicide revendiqué par l'Etat islamique (EI) a fait au moins 43 morts et plus de 240 blessés jeudi dans un quartier de la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah.

Les explosions, les premières visant le mouvement chiite en plus d'un an au Liban, ont retenti presque simultanément devant un centre communautaire chiite et une boulangerie dans le quartier commercial et résidentiel de Bourj el Barajneh, dit-on de sources proches des services de sécurité.

Dans la soirée, les djihadistes de l'EI ont revendiqué sur Twitter ces deux attentats. Selon l'EI, la première explosion a été provoquée par un deux-roues piégé puis un kamikaze s'est fait exploser au milieu de la foule qui se rassemblait.

Le ministre libanais de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, a précisé qu'un troisième kamikaze avait été tué par une des deux explosions avant qu'il puisse déclencher sa charge. Son corps a été retrouvé sur place.

Le dernier bilan en date, communiqué par le ministre de la Santé, Waël Abou Faour, fait état de 43 morts et 240 blessés.

Le Hezbollah, engagé dans le conflit syrien aux côtés des forces du président Bachar al Assad, a promis après ces attaques de poursuivre la lutte contre les "terroristes". "Ce soir, un crime a été commis. Cette bataille contre les terroristes se poursuivra et ce sera une longue guerre", a commenté Hussein Khalil, un proche de la direction du mouvement chiite libanais.

Les quartiers de Beyrouth-Sud ont été visés par plusieurs attentats revendiqués par des mouvements extrémistes sunnites ces dernières années, notamment en juin 2014, mais ils étaient épargnés par de telles attaques depuis un an.

Des médecins d'un hôpital voisin, géré par le Hezbollah, se sont précipités sur les lieux des explosions pour venir en aide aux victimes.

"INDIGNATION" ET "EFFROI"

Ces attentats ont été commis alors que les députés libanais se réunissaient pour la première fois depuis plus d'un an.

Le Hezbollah, dont l'engagement dans le conflit syrien est loin de faire l'unanimité au Liban, se targuait jusqu'à présent de pouvoir garantir la sécurité de ses partisans dans les régions qu'il contrôle.

L'accès aux quartiers chiites de la banlieue sud de Beyrouth est doublement contrôlé par des barrages de l'armée libanaise et ceux des miliciens du "Parti de Dieu".

Le Premier ministre libanais, Tammam Salam, a condamné des attentats "injustifiables" et a lancé un appel à l'union de tous les Libanais contre ceux qui cherchent à diviser le pays.

A Paris, François Hollande a exprimé son "indignation" et son "effroi" face à cet "acte abject". "La France est plus que jamais engagée pour la paix, l'unité et la stabilité du Liban", a ajouté le président français dans un communiqué.

Le ministère français des Affaires étrangères a assuré que la France se tenait "aux côtés des autorités et du peuple libanais dans leur combat contre le terrorisme". "Elle apporte son soutien au travail effectué par le gouvernement et les forces de sécurité libanaises et réitère son plein appui à la stabilité, à l'unité et à l'intégrité territoriale du Liban", dit-il.

(avec John Davison, Tangi Salaün, Guy Kerivel et Henri-Pierre André pour le service français)