Elizabeth II, personnalité la plus représentée de l'Histoire

Un homme place un crêpe noir sur le portrait de la reine Elizabeth II à Johannesburg, en signe de deuil, le 9 septembre 2022.  - Wikus De Wet
Un homme place un crêpe noir sur le portrait de la reine Elizabeth II à Johannesburg, en signe de deuil, le 9 septembre 2022. - Wikus De Wet

On ne voit qu'elle sur les chaînes de télévision et à la une de la presse du monde entier ce vendredi. La mort de la reine Elizabeth II jeudi à Balmoral, en Ecosse, a bien entendu propulsé son visage urbi et orbi sur la scène planétaire. Mais il n'a pas fallu attendre la disparition de la souveraine pour que celle-ci soit abondamment représentée. Au cours de ses 96 années d'existence, celle-ci a obsédé photographes et artistes. Au point de devenir la personnalité la plus représentée au monde.

"Elle surpasse tous les précédents"

Le titre lui a été décerné dès 2012 par la National Gallery, au moment où le musée britannique inaugurait une exposition dédiée à l'image de la monarque à l'occasion des 60 ans de son règne. Dans le catalogue de l'exposition, son organisateur, Paul Moorhead, a ainsi déclaré: "Au cours des 60 dernières années, la vaste diffusion médiatique des images de la reine surpasse tous les précédents historiques".

Dépassés, donc, les dictateurs du XXe siècle malgré le culte de la personnalité orchestré par leur régime et servi par les moyens du totalitarisme. À la trappe les Marylin Monroe ou James Dean dont la gloire cinématographique a pourtant connu une vaste postérité artistique, notamment à travers le pop-art. Même les icônes modernes à la Madonna ne peuvent s'aligner.

Billets de banque, image libre de droit: les facteurs économiques du succès

Les raisons ne manquent pas pour expliquer le phénomène. La première tient bien sûr à la surexposition de sa fonction, surtout à l'ère moderne. De surcroît, sa position l'a placée nominalement à la tête de 2 milliards 609 millions d'habitants du Commonwealth et de 67 millions de Britanniques. Elizabeth II était d'ailleurs portraiturée sur les devises d'un milliard d'entre eux, selon le recensement établi par le LA Times, tout comme sur les timbres nationaux. Un double atout réservé aux chefs d'Etat et dont les vedettes du monde de la culture ne peuvent se prévaloir.

Sa longévité sur le trône - 70 ans - a encore accru les occasions de représentations. Toujours au chapitre économique, on note un dernier argument non négligeable: son image est libre de droit.

Devoir de réserve

On relève une autre dimension (plus indirecte) de son succès iconographique, liée à ses obligations de souveraine. Son fameux devoir de réserve qui l'a empêchée tout au long de sa vie de se prononcer en public sur les affaires de son pays et du monde a de fait ménagé son image, la protégeant en partie de toute perturbation à même de diviser l'opinion.

Un silence comme un "canevas vierge idéal sur lequel les artistes ont pu projeter leurs propres sentiments sur les questions de classes, de pouvoir, d'autorité, de solitude ou de tout autre sujet leur venant à l'esprit", a encore théorisé le journal californien.

Une histoire de l'art à elle toute seule

Si l'on ne dispose pas du décompte précis des portraits tirés de la monarque, force est de constater qu'ils s'étalent sur tous les supports, épousent l'air du temps autant que l'évolution animant le monde de l'art, et traduisent celle de sa perception par le public.

L'une des représentations les plus précoces de la reine d'Angleterre date de 1952, année de son accession au pouvoir. II s'agit d'une photo de Dorothy Wilding qui a choisi explicitement de l'immortaliser à la manière de l'une des stars de l'Hollywood, alors en plein âge d'or, des Marlene Dietrich ou Elizabeth Taylor.

Changement d'ambiance en 1977, à l'heure où les 25 ans de son règne entre violemment en collision avec l'explosion punk, quand le graphiste Jamie Reid illustre le single des Sex Pistols God Save The Queen en détournant un cliché paru dans un journal, et barrant son visage de coupures de presse.

Parmi tant d'exemples possible, on peut encore citer le tableau de Justin Mortimer en 1998, en livrant une vision évanescente et décapitée.

Des décennies de cinéma

Il était évidemment inéluctable qu'Elizabeth II trace sa route au cinéma, art populaire entre tous. L'apparition initiale de son personnage dans une intrigue n'est cependant pas destinée à rester dans les mémoires: comme l'a signalé ici The Independent, elle a d'abord été une "Queen" façon "drag" dans un film pornographique de 1971, Tricia's Wedding. Depuis, elle a été interprétée plus classiquement par un nombre faramineux d'actrices dont voici une liste loin d'être exhaustive: Jeannette Charles (qui l'a jouée à cinq reprises), Helen Mirren, Emma Thompson, Claire Foy et Olivia Colman (toutes deux dans la série The Crown), Freya Wilson (qui l'a incarnée petite fille dans Le Discours d'un roi) ou alors Stella Gonet, dernièrement, dans Spencer.

Bientôt, c'est donc le visage de Charles qui s'affichera dans les passeports, sur les timbres et les billets britanniques. Mais le fils et successeur d'Elizabeth II aura bien du mal à l'éclipser dans les salles et les musées.

Article original publié sur BFMTV.com