Publicité

Derrière le cyberharcèlement de Magali Berdah, des accusés au profil de "Monsieur tout le monde"

“Quand j'ai commencé à dénoncer ce cyberharcèlement, on m'a dit de laisser tomber, que ça n'était que des gamins. Mais c'est l'inverse, ils sont tous adultes". Ces mots sont ceux de Magali Berdah. Elle les a tenus, le 27 novembre, au premier jour du procès de 13 personnes jugées pour cyberharcèlement aggravé, menaces de mort ou menaces de crimes à l'encontre de celle que l'on surnomme la papesse de l'influence. Et ces 13 personnes sont toutes majeures.

Elles sont soupçonnées d'avoir participé à un "harcèlement en meute" de Magali Berdah, selon ses propres termes. En 18 mois, la fondatrice de Shauna Events a reçu plus de 100.000 messages malveillants.

"Tu vas mourir toi, ton mari et tes enfants, on va t’écarteler", "tu mérites d’être décapitée, puis lapidée" ou encore "dommage que Hitler ne s’est pas occupé de tes grands-parents"... Des tweets haineux, des messages à caractère antisémite ou encore des menaces de mort déclenchés, selon elle, par le rappeur Booba.

Les cyberharceleurs ne pas forcément mineurs

Ces 13 personnes ne sont pas les seules à devoir s'expliquer devant la justice. L'enquête, ouverte depuis le 1er juin 2022 par le pôle national de lutte contre la haine en ligne (PNLH) du parquet de Paris et coordonnée par l'office central de lutte contre les crimes contre l'humanité (OCLCH), a permis d'identifier 28 internautes au total, répartis sur trois procès.

Ces 28 prévenus -26 hommes et 2 femmes-, qui ne se connaissent pas, sont tous majeurs. Ils sont âgés de 20 à 49 ans et viennent de partout en France, du Var, de Seine-Saint-Denis, de Paris, de Moselle, de Gironde, des Hauts-de-Seine, de la Sarthe, des Alpes-Maritimes, de la Corse, de Seine-Maritime, de la Manche, du Bas-Rhin, du Gard, des Bouches-du-Rhône, du Rhône, de l'Ardèche, du Val-d'Oise, du Nord, du Val-de-Marne, des Pyrénées-Atlantiques, de l'Hérault et de l'Yonne.

"On fait souvent l'amalgame avec certaines catégories d'âge", notamment en pointant du doigt les adolescents, mais les cyberharceleurs "peuvent être mineurs ou majeurs", a expliqué à BFMTV.com Pierre, un policier de la plateforme Pharos, qui centralise les signalements de contenus illicites sur le web.

"Pas de catégorie sociale dans le cyberharcèlement"

Parmi les prévenus, si certains sont au chômage ou encore étudiants, la majorité d'entre eux occupent un emploi stable, dans le bâtiment, le marketing, la finance, l'informatique ou encore la restauration.

"Il n'y a pas de catégorie sociale ou de catégorie socioprofessionnelle particulière dans le cyberharcèlement", a ajouté l'enquêteur de Pharos.

Selon lui, le cyberharcèlement, "c'est surtout un effet de masse", que ce soit entre anonymes ou entre connaissances. C'est notamment le cas dans les dossiers de cyberharcèlement scolaire, où "il s'agit du cercle des amis, de la classe ou de l'établissement", précise le policier.

Si les 13 prévenus ne se connaissent pas, ils ont tout de même un point commun, selon Me Antonin Gravelin-Rodriguez, l'un des avocats de Magali Berdah: "Ils ont tous entendu Booba s'exprimer sur Magali Berdah", avait-il expliqué à BFMTV.com la veille de l'ouverture du procès.

Car à la barre, les prévenus sont nombreux à avoir critiqué les "influvoleurs" -un terme inventé par Booba pour désigner les influenceurs qui font la promotion de produits sur les réseaux sociaux et qu'il accuse de pratiques commerciales trompeuses. Un secteur représenté, selon eux, par Magali Berdah.

"Il n'y a pas d'impunité sur Internet"

Si certains ont envoyé plusieurs dizaines de messages à la businesswoman, d'autres ne sont mis en cause que pour un seul. "Pour moi, le cyberharcèlement, c’est quand une même personne envoie plusieurs messages persistants”, a expliqué l'un des prévenus.

“J’ai jamais eu le sentiment de participer au cyberharcèlement”, a ajouté l'un des prévenus.

Pourtant, depuis 2018, l'infraction de cyberharcèlement peut être constituée dès lors que plusieurs personnes, qui s’en prennent à une même victime, savent que leurs propos ou comportements caractérisent une répétition, même si ces derniers n'agissent pas de façon répétée ou concertée. Une infraction passible de 2 ans de prison et 30.000 euros d'amende.

Et le policier de Pharos insiste: tous les signalements sont analysés par les forces de l'ordre et, même avec "un pseudonyme" ou un "VPN" (système permettant d'anonymiser sa connexion), les internautes sont toujours retrouvés.

"On pense que sur Internet, on peut tout dire (...) ils se disent qu'on ne les retrouvera pas. Il n'y a pas d'impunité sur Internet et on ne fait pas ce qu'on veut", insiste le policier.

"Je ne pensais jamais me retrouver devant un tribunal", a d'ailleurs confié l'un des prévenus à la barre. Le premier procès doit se terminer ce mardi 5 décembre. Les 15 autres prévenus seront jugés le 11 décembre et le 24 janvier prochains.

Article original publié sur BFMTV.com