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"C'était invivable": 13 personnes devant la justice pour le cyberharcèlement de Magali Berdah

"C'était invivable": 13 personnes devant la justice pour le cyberharcèlement de Magali Berdah

"C'était non-stop" pendant dix-huit mois. Des tweets haineux, des messages à caractère antisémite ou encore des menaces de mort, Magali Berdah, la papesse de l'influence, en a reçu plus de 100.000. Des messages d'une telle violence que la fondatrice de Shauna Events, une agence qui conseille des influenceurs issus de la téléréalité, a déposé plainte, accusant le rappeur Booba d'avoir initié ce cyberharcèlement de masse.

L'enquête, ouverte depuis le 1er juin 2022 par le pôle national de lutte contre la haine en ligne (PNLH) du parquet de Paris et coordonnée par l'office central de lutte contre les crimes contre l'humanité (OCLCH), a permis d'identifier 28 internautes à l'origine de ces messages. Tous seront jugés pour cyberharcèlement aggravé, menaces de mort ou encore menaces de crime à l'encontre de Magali Berdah. Mais face au nombre de prévenus, le tribunal correctionnel de Paris a décidé de répartir les audiences en trois sessions de quatre jours, le 27 novembre, le 11 décembre et le 24 janvier prochains. Ce lundi 27 novembre, ce sont 13 d'entre eux qui sont attendus à la barre de la 10ème chambre.

"Ça a détruit ma vie"

Pour Magali Berdah, la vague de cyberharcèlement commence en mai 2022. À l’époque, le rappeur Booba entre en croisade contre les "influvoleurs", ces influenceurs, pour la plupart stars de la téléréalité, qui font la promotion de produits sur les réseaux sociaux. Il les accuse de pratiques commerciales trompeuses, pointant des produits contrefaits, dangereux voire interdits ou qui ne sont tout simplement jamais livrés.

Et ce n'est pas tout, selon le rappeur, ces "influvoleurs" font également la publicité de pratiques risquées ou interdites, comme le copytrading ou la promotion de la chirurgie esthétique, et des arnaques au CPF par exemple. Dans le radar du Duc de Boulogne, il y a Marc Blata, Dylan Thiry ou Maëva Ghenman. Mais sa cible privilégiée, c'est celle qui chaperonne tous les influenceurs, Magali Berdah.

La suite, ce sont des centaines de messages reçus par la businesswoman, la visant elle directement ou ses proches, d'une grande violence: "sioniste de merde", "on viendra t'égorger chez toi", "crève en souffrant", "Booba va te terminer", "dommage qu'Hitler ne se soit pas occupé de te grands-parents", "tout le monde te cherche sur Paris".

"Ça a détruit ma vie: on ouvre son téléphone, on se fait insulter... On ouvre internet, son adresse est diffusée, on doit déménager... Ma fausse sextape est diffusée, je dois montrer à mes enfants quelle est la vraie vidéo pour leur montrer que leur maman n'a pas fait ça. C'est humiliant", avait expliqué Magali Berdah sur le plateau de BFMTV.

"Des profils variés"

Depuis 2018, l'infraction de cyberharcèlement peut être constituée dès lors que plusieurs personnes, qui s’en prennent à une même victime, savent que leurs propos ou comportements caractérisent une répétition, même si ces derniers n'agissent pas de façon répétée ou concertée.

Car dans ce dossier, les 28 prévenus ne se connaissent pas. Selon le parquet de Paris, il s'agit "d'hommes et de femmes", aux "profils variés", avec "des casiers judiciaires vierges ou bien déjà connus des services de police pour violences et stupéfiants". Et ils viennent d'un peu partout en France, du Var, de la Moselle, de Seine-Saint-Denis, de Gironde, des Hauts-de-Seine, de la Sarthe, des Alpes-Maritimes, de Corse, de Seine-Maritime ou encore de Paris.

Il s'agit de 26 hommes et deux femmes, a précisé Magali Berdah, sur RMC, indiquant qu'il s'agissait "d'adultes". "Souvent on dit que le cyberharcèlement, c'est des enfants. Il faut savoir qu'il n'y a pas un seul mineur qui a été arrêté. Ils ont trente ans, en moyenne, ça va jusqu'à 50 ans", a-t-elle détaillé. Leur point commun, selon Me Antonin Gravelin-Rodriguez, son avocat, "c'est qu'ils ont tous entendu Booba s'exprimer sur Magali Berdah", a-t-il expliqué à BFMTV.com. Ils encourent 2 ans de prison et 30.000 euros d'amende.

"Le cyberharcèlement, c’est une mise à mort"

Le rappeur, lui, ne fait pas partie des 28 personnes jugées par le tribunal correctionnel de Paris, mais une information judiciaire distincte contre lui a été ouverte en juillet dernier. Début octobre, il a été mis en examen pour harcèlement moral aggravé.

Dénonçant le manque de réaction des réseaux sociaux, Magali Berdah a également déposé plainte en avril contre le réseau social X (anciennement Twitter) pour complicité de cyberharcèlement. "Le cyberharcèlement, c’est une mise à mort", avait-elle expliqué sur BFMTV. "Tant que la victime ne meurt pas, le cyberharceleur ne s’arrêtera pas", avait-elle enchaîné, ajoutant qu'elle avait déjà pensé au suicide.

"On ne peut pas supporter ça, c'était invivable", a-t-elle expliqué.

Selon son avocat, Magali Berdah, qui sera présente au procès, espère que "cette audience et ce procès permettront de mettre des mots sur l'horreur qu'elle a vécu".

Article original publié sur BFMTV.com