Depuis la guerre en Ukraine, la mort d'oligarques russes interroge

Sergueï Protosenya est le dernier des six oligarques russes retrouvés morts dans des circonstances floues depuis la fin janvier (photo Facebook). (Photo: Sergueï Protosenya / Facebook)
Sergueï Protosenya est le dernier des six oligarques russes retrouvés morts dans des circonstances floues depuis la fin janvier (photo Facebook). (Photo: Sergueï Protosenya / Facebook)

Sergueï Protosenya est le dernier des six oligarques russes retrouvés morts dans des circonstances floues depuis la fin janvier (photo Facebook). (Photo: Sergueï Protosenya / Facebook)

GUERRE EN UKRAINE - Ils ont été retrouvés morts à Lloret del Mar, Nijni Novgorod, Londres ou Saint-Pétersbourg. Depuis le début de l’année, plusieurs oligarques russes ont été découverts après d’apparents suicides, souvent en compagnie de membres de leur famille, décédés eux aussi. Une série funèbre qui interroge, surtout à l’heure de l’invasion de l’Ukraine.

Le dernier en date s’appelle Sergueï Protosenya, un multimillionnaire qui a fait fortune en dirigeant un mastodonte privé du secteur du gaz, Novatek. Il a été retrouvé pendu dans sa villa de la Costa Brava, en Espagne, le 19 avril. À ses côtés gisaient sa femme et sa fille de 18 ans, dont les corps étaient lardés de coups de couteau. Et si des armes blanches maculées de sang ont été retrouvées non loin de lui, la presse espagnole rapporte qu’aucune trace de sang n’apparaissait sur ses vêtements. Pas de quoi inquiéter son employeur, qui a d’ores et déjà balayé toute “spéculation” sur l’affaire.

Mais alors s’agit-il d’un suicide après un drame familial ou d’un triple meurtre maquillé? La police locale s’interroge et enquête. D’autant que l’affaire en rappelle d’autres, comme l’a rapporté en premier le magazine américain Newsweek.

“Meurtre maquillé”

Pas plus tard que la veille, c’était Vladislav Avayev, ancien numéro 2 de Gazprombank, la branche financière du géant russe de l’énergie et troisième plus grande banque russe, qui était également retrouvé mort. À Moscou, son corps avait été découvert criblé de balles au côté de ceux, là encore, de sa femme enceinte Yelena et de sa fille de 13 ans, Maria, dans un luxueux appartement fermé de l’intérieur.

Une affaire immédiatement qualifiée de double meurtre commis par le quinquagénaire suivi d’un suicide par les médias d’État russes, mais dont le récit ne convainc pas tout le monde. Igor Volobuev, un autre dirigeant de Gazprombank a ainsi déclaré, après avoir fait savoir qu’il partait combattre contre la Russie au côté des Ukrainiens, qu’il pensait plutôt à une mise en scène. “Pourquoi je pense que c’est un meurtre maquillé? Peut-être parce qu’il en savait trop et qu’il menaçait les intérêts de quelqu’un.” Et de rappeler que Vladislav Avayev avait été un membre important de l’administration de Vladimir Poutine par le passé.

Or Gazprom et ses anciens n’ont pas été épargnés dans cette série de morts suscitant les soupçons. Fin janvier, Leonid Shulman, un cadre important du groupe se serait donné la mort à son domicile, près de Saint-Pétersbourg, en s’entaillant les veines. Puis le 25 février, au lendemain du début de l’invasion russe, c’est un autre haut dirigeant de l’entreprise, Alexander Tyulyakov qui était découvert pendu dans sa demeure, dans le même quartier proche de la “Venise du nord”.

Légistes congédiés et entreprises qui vacillent

Pour ces deux cas, la presse d’État russe assure que des notes de suicide ont été découvertes auprès des cadavres, le premier évoquant des douleurs insupportables à la jambe du fait d’une blessure. Mais le média américain Fortune rapporte aussi que Leonid Shulman faisait l’objet d’une enquête pour fraude dans le cadre de son emploi et plusieurs publications ont expliqué qu’Alexander Tyulyakov était rentré blessé chez lui la veille de son suicide, portant des marques évoquant un passage à tabac. Le journal indépendant Novaïa Gazeta ajoute en plus que les légistes auraient été congédiés par le service de sécurité de Gazprom, alors qu’ils commençaient leurs examens.

Même genre de scénario le 28 février, à Londres, avec Mikhail Watford. Cet entrepreneur, qui avait fait fortune dans les secteurs du gaz et du pétrole à l’effondrement de l’URSS avant de monter un empire immobilier au Royaume-Uni, a en effet été découvert pendu dans le garage de son manoir, dans le grand Londres. Un mort encore inexpliquée et sur laquelle la police britannique tente de faire le jour.

Et mi-mars, c’était Vasily Melnikov, milliardaire et patron d’une grande firme pharmaceutique (Medstom), qui était retrouvé mort en compagnie de sa femme et de leurs deux fils, les quatre corps lardés de coups de couteau à l’intérieur de leur luxueux appartement de Nijni Novgorord, dans l’ouest de la Russie. Une fois de plus, la presse russe a immédiatement évoqué un drame familial suivi d’un suicide, d’autant que Medstom aurait été sur le point de s’effondrer économiquement du fait des sanctions imposées par l’Occident depuis l’invasion de l’Ukraine.

Les morts mystérieuses, une vieille rengaine sous Poutine

Des morts qui, prises séparément, pourraient toutes apparaître comme des faits divers, mais dont la succession rapide fait nécessairement planer le doute, comme le précisait récemment Sergueï Jirnov, ancien des services secrets russes à nos confrères de TV5 Monde. Est également avancée la possibilité d’une vague de suicide liée au contexte des sanctions occidentales et des fortunes qu’elles ont pu défaire, car la majorité de ces six décès se sont produits après le début de l’invasion russe, ou encore des cas particuliers liés à des situations familiales et à des jalousies.

Mais comme le rappelle Sergueï Jirnov, la piste d’éliminations commanditées par le pouvoir russe et exécutées par les services secrets ne peut pas être écartée. Un avis que partage le “Warsaw Institute”, précise Le Figaro, en particulier parce que la plupart de ces hommes travaillaient dans le même secteur de l’énergie.

En 2017, déjà, le quotidien américain USA Today avait fait paraître une enquête recensant près d’une quarantaine de morts de personnalités économiques et politiques de premier plan en Russie, ainsi que des diplomates. Avec une insinuation assez claire de la part de Vladimir Kara-Murza, un opposant au pouvoir en place à Moscou, lui-même victime de plusieurs tentatives d’empoisonnement: “Depuis que Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir en Russie, il y a clairement eu une hausse du taux de mortalité au sein des gens qui se sont retrouvés à frayer, d’une manière ou d’une autre, avec le Kremlin.”

Et cela sans même évoquer les très médiatiques affaires d’empoisonnement ayant concerné Alexeï Navalny, un opposant de premier plan, ou encore l’ancien espion Sergueï Skripal et sa fille, au Royaume-Uni.

À voir également sur le HuffPost: “Satan II”: la Russie met en scène un essai de son missile Sarmat

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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