Daphné Bürki : "J’ai toujours utilisé mon corps, c’est ma façon de m’exprimer"

France 2 croit beaucoup en Daphné Bürki pour remonter ses après-midis. Lancée le 28 août, sa nouvelle émission “Je t’aime, etc…” peine encore à séduire les téléspectateurs. N’y aurait-il pas un décalage entre l’animatrice et le public habituel de France 2 ? Regrette-t-elle d’avoir déjà montré ses seins dans l’émission ? Daphné Bürki s’exprime pour la première fois sur cette polémique qu’elle juge rétrograde et nous montre qu’elle y croit dur comme fer. 

Crédit : France 2

Quel bilan faites-vous de ces 15 premiers jours de “Je t’aime, etc…” ? Est-ce que l’émission ressemble à ce que vous vouliez faire ?

C’est la première fois que je ne reprends pas un format existant comme “Les Maternelles” ou “La Nouvelle édition”. On est encore en formation mais le bilan me paraît très positif. Je ne pensais pas qu’on aurait un socle de téléspectateurs aussi vite. L’émission monte petit à petit mais surtout on a déjà réussi à élargir la cible : nous avons les 60 ans et plus mais aussi des jeunes, des ménagères, des CSP+. Vu qu’on m’a appelée pour recruter de nouveaux téléspectateurs, je suis contente. Mais maintenant il faut qu’on envoie la purée, qu’on façonne l’émission en fonction de ce qui plait et de ce qu’on ressent.

Les premiers résultats d’audience aux alentours de 350 000 téléspectateurs et 5% de PdA (l’audience la plus faible des après-midi de France 2) ne sont-ils pas un peu décevants ?

Les dirigeants de France 2 sont très honnêtes : ils reconnaissent qu’ils ont vidé la salle l’année dernière ! Là, on constate de légers frémissements d’audience et l’émission fait réagir donc ils sont contents. On m’a demandé d’”allumer la lumière” l’après-midi sur France 2. On ne va pas dire au bout de 15 jours que c’est gagné. Peut-être que dans un mois je vous dirais que finalement c’était trop osé, que ce n’était pas le bon endroit. Mais au moins France 2 a le mérité de créer des programmes alors que toutes les autres chaines repassent des fictions françaises ou américaines d’il y a 20 ans. Donc le service public ose et rien que ça, c’est un pari réussi.

Comment vivez-vous les critiques de la presse sur votre émission ?

Honnêtement, je me suis complètement coupée des réseaux sociaux et de la presse écrite, je n’ai rien voulu regarder. C’est trop difficile de lancer des émissions à l’heure actuelle pour commencer à s’encombrer avec ça. Il paraît que je divise. Mais je suis ravie de diviser et de créer du remous. Ça me rendrait très triste d’être uniforme ou passe-partout.

La séquence où vous avez montré vos seins le jour de la première a créée une grosse polémique. Aucun regret ?

 Je me suis effectivement déshabillée mais personne n’a dit pourquoi je l’ai fait ! Ça m’a beaucoup déstabilisée car personne n’a relevé ce que j’étais en train de revendiquer. Être une femme en 2017, c’est s’assumer totalement : être bien dans sa tête, dans son corps, dans sa vie de famille, dans sa vie amoureuse, trouver un travail, un logement… Je me suis foutue à poil pour dire qu’on allait se mettre à nu dans cette émission, laisser tomber les artifices, parler de son intimité profonde. J’ai toujours utilisé mon corps, c’est ma façon de m’exprimer. J’ai trouvé la polémique très réductrice et un peu “tristou” de ne s’arrêter qu’à ça. Et dire que c’est choquant me fait bien rire. Je trouve tellement rétrograde et triste de commenter cette séquence. Depuis les années 60, les femmes se mettent à nu et assument ce qu’elles sont.

Allez-vous pouvoir garder votre ton, votre style, votre humour ou on vous a demandé de faire plus attention ?

 On ne m’a rien demandé du tout, je n’ai eu aucune consigne. Personne ne m’a dit de baisser d’un ton. Je crois justement que France 2 est venue me chercher parce que je n’ai pas été formatée à ce métier. Aujourd’hui je suis l’un des visages les plus jeunes de la chaine. Mais je sais aussi avoir de l’empathie et j’aime me dire qu’on fait du bien aux gens qui nous regardent.

Est-ce que vous allez faire autre chose sur France 2 en plus de cette quotidienne ?

 Au départ c’était prévu. Quand ils sont venus me chercher il était question que j’incarne des soirées évènementielles ou des deuxièmes partie de soirée sur le thème de la culture. Cela se fera peut-être mais pas tout de suite. Entre la radio et la télé, je n’ai plus de vie. On va déjà installer la quotidienne et on verra après. C’est plutôt moi qui freine des quatre fers.

Comment avez-vous vécu la fin de “La Nouvelle édition” et de votre collaboration avec C8 ?

Avec C8, on n’était vraiment pas d’accord sur la ligne éditoriale. On n’était plus du tout dans le même délire. En fait la chaine voulait qu’on fasse une émission testimoniale alors que je voulais continuer à faire une émission d’actualité. Le témoignage, je ne sais pas faire, je me serais désintégrée. En plus, ils voulaient garder le titre alors que pour moi il était hors de question de galvauder “La Nouvelle Edition”. Je n’avais pas envie de nous trahir. Nous étions une rédaction très soudée, d’ailleurs personne n’a voulu aller travailler ni pour H2O, ni pour William Leymergie.

Qu’avez-vous pensé des premiers numéros de « William à midi » qui a repris la case de “La Nouvelle Edition” ?

Ça me fait marrer parce qu’il est sur le plateau de “La Matinale” où j’ai démarré avec Bruce Toussaint. Il avait l’air très ébloui par les spots et pas hyper confortable. Il fait du Leymergie comme moi on peut me dire que je fais du Bürki. Il a repris ses codes avec la table des chroniqueurs sur le côté. Je ne me suis pas trop concentrée sur sa ligne éditoriale car je n’ai regardé que du coin de l’oeil pour ne pas me faire trop de mal. Mais je n’ai rien contre William Leymergie et je lui souhaite vraiment le meilleur. On ne s’est pas parlé, on n’a absolument rien à voir, mais tout le monde a le droit de réussir. Je ne suis ni revancharde, ni vengeresse.

Thomas Joubert

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