Crise de l’énergie : c’est quoi le « marché européen » pointé du doigt comme responsable

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KENZO TRIBOUILLARD / AFP

POLITIQUE - C’est une petite musique qui gagne en intensité à mesure que les prix de l’électricité s’envolent. Pour l’extrême droite et la droite, le salut des consommateurs d’électricité passe par la sortie du marché européen de l’énergie.

Dans une « Lettre aux boulangers de France » adressée ce mardi 3 janvier, le président du RN Jordan Bardella appelle à sortir « des règles européennes de fixation des prix de l’électricité » . Comme Marine Le Pen lors de la campagne présidentielle, l’eurodéputé juge qu’il s’agit d’une question de « bon sens et de volonté politique » .

La preuve, « le Portugal et l’Espagne l’ont fait », avance-t-il, sans préciser que les deux pays cités bénéficient d’une dérogation temporaire liée notamment à la spécificité de leurs réseaux électriques et de leurs situations géographiques, qui les rendent moins dépendants du réseau européen.

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Une ligne que l’on retrouve également chez Les Républicains. « Nous devons sortir du marché européen de l’énergie, faute de quoi nous risquons d’assister à des milliers de faillites », s’alarme sur Twitter le président des Républicains Éric Ciotti.

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Cette option, présentée comme simplissime par ses promoteurs, est systématiquement balayée par le gouvernement. « En sortir serait une folie », a encore averti ce mardi 3 janvier, à l’occasion d’une conférence de presse sur la crise traversée par les boulangers, Bruno Le Maire, rappelant que l’objectif de la France est de « réformer » ce marché de l’énergie « en profondeur » et non de se couper d’un réseau qui peut également bénéficier à la France.

Mais de quoi s’agit-il ?

Explications. Depuis les années 90, une série de mesures ont été adoptées au niveau européen pour harmoniser à l’échelle de l’UE l’accès à l’électricité.

« L’objectif est de garantir un marché performant offrant un accès équitable à celui-ci et un niveau élevé de protection des consommateurs, ainsi que des niveaux appropriés de capacité d’interconnexion et de production », peut-on lire sur le site du Parlement européen.

Or, les règles qui ont été fixées à l’époque sont clairement devenues inadaptées et demeurent loin de remplir l’objectif affiché de « protection des consommateurs ».

Ce que reconnaît d’ailleurs volontiers le gouvernement. « Avoir de l’électricité décarbonée dont le prix est indexé sur les énergies fossiles, c’est stupide économiquement et révoltant d’un point de vue climatique », déclarait sur CNews Bruno Le Maire au mois de juin.

Car oui, le problème, c’est que le prix de l’électricité est de fait aligné sur le prix du gaz ce qui, avec les conséquences de la guerre en Ukraine, fait logiquement grimper la facture. Si cela n’est pas écrit noir sur blanc, il s’agit d’une conséquence directe des mécanismes mis en place, basée sur la logique de l’offre et de la demande.

« Ce qui fait le prix de gros de l’électricité, ce n’est pas le coût moyen de toutes les centrales de production que l’on a démarrées, c’est le coût de la dernière centrale dont on a besoin pour équilibrer le réseau », expliquait en septembre à l’AFP Julien Teddé, directeur général du courtier Opéra Énergie.

Selon les critères en vigueur, ce sont les sources qui produisent au plus bas prix -nucléaires et renouvelables en tête- qui fournissent le marché en priorité. Quand la demande augmente et pour éviter la pénurie, les sources plus coûteuses -qui tournent au gaz ou au charbon- prennent le relais. Ce sont alors le prix de production de ces sources qui font référence pour l’ensemble du réseau. La raison de ce système est assez simpe : inciter les exploitants de ces centrales de continuer à produire, pour s’assurer un filet de sécurité en cas de coup dur, et ainsi éviter les coupures.

« C’est plus difficile de réformer que de sortir »

Résultat : nous produisons grâce au nucléaire une électricité moins chère que nos voisins allemands qui produisent au gaz, mais nous payons le prix fort en raison de notre participation au marché qui utilise comme référence ce coût marginal.

Faudrait-il pour autant en sortir, comme le réclament la droite et l’extrême droite ? Pas si simple quand on se souvient que le marché permet à la France d’importer de l’énergie quand elle en a besoin et ainsi éviter le black-out en cas de pic de consommation. Autre argument brandi par ceux qui y tiennent, la possibilité de soigner la santé financière d’EDF qui peut y exporter de l’électricité.

Par ailleurs, notre participation au marché ne représente qu’une part du prix au détail payé par le consommateur. Comme l’explique Le Figaro, la production de l’électricité compte pour environ un tiers dans le tarif réglementé de vente proposé par EDF. Les deux autres tiers étant l’acheminement et les taxes.

Pour autant, l’exécutif n’y trouve pas son compte et pousse pour une réforme du système au niveau européen, ce qui lui vaut quelques tensions avec l’Allemagne. Notre voisin n’ayant aucun intérêt à ce que le nucléaire français soit favorisé.

« Notre objectif c’est une réforme en profondeur du marché de l’énergie, qui permette de déconnecter, une bonne fois pour toutes, le prix du gaz (énergie fossile) du prix de l’électricité nucléaire (énergie décarbonée) », a martelé ce mardi Bruno Le Maire, avant d’ajouter : « c’est plus difficile de réformer que de sortir, mais c’est plus utile, et plus efficace ».

Pour l’heure, cette réforme structurelle, annoncée et souhaitée par la présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen avec le soutien d’Emmanuel Macron, se fait toujours attendre.

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