"Craignant pour sa vie", un ex-commandant de Wagner se réfugie en Norvège et demande l'asile

Andrei Medvedev lors de sa conversation avec Vladimir Osechkine.  - Capture d'écran YouTube
Andrei Medvedev lors de sa conversation avec Vladimir Osechkine. - Capture d'écran YouTube

Il a décidé de ne plus exécuter les basses oeuvres de Vladimir Poutine et de son patron Evguéni Prigojine en Ukraine. Et pour ce faire, Andrei Medvedev a mis une frontière entre lui et ses anciens chefs, craignant que ceux-ci ne cherchent à le tuer pour lui faire payer sa défection. L'ancien commandant d'une unité de la milice privée Wagner, qui guerroie en Ukraine aux côtés de l'armée régulière russe, a ainsi quitté le territoire russe après avoir refusé de rempiler comme officier du groupe de mercenaires et a pénétré en Norvège vendredi dernier. Il y a demandé l'asile.

Andrei Medvedev a détaillé ses motivations et son exil dans un entretien téléphonique avec Vladimir Osechkin. Celui-ci a ensuite été mis en ligne sur YouTube.

Vladimir Osechkin est le dirigeant de Gulagu.net, la plateforme qui a assisté Andrei Medvedev dans son départ. CNN a relevé l'échange sur son site ce mardi et a pu échanger avec l'activiste.

"On ne cherche pas à justifier ses actions"

Interrogé par le média américain, Vladimir Osechkin, patron de Gulagu.net, qui aide les opposants et dissidents au Kremlin à s'installer à l'étranger, a souligné: "On ne cherche pas à justifier les actions d'Andrei Medvedev dans le groupe Wagner. Mais il faut bien entendre qu'il a décidé de quitter le groupe Wagner, considérant qu'il s'agissait d'une organisation terroriste tuant Russes et Ukrainiens".

Le militant a précisé que ses premiers contacts avec l'ex-officier de Wagner remontent à la fin du mois de novembre, établis par l'intermédiaire d'un ami. L'organisation de Vladimir Osechkine a fourni des vivres, des vêtements et un téléphone au mercenaire en rupture de ban et de bail.

Désillusion

Mais comment ce cadre de la milice meurtrière de Evguény Prigojine en est-il venu à vouloir s'écarter des combats, à quitter Wagner et par conséquent la Russie? Dans sa conversation avec Vladimir Osechkine, Andrei Medvedev a évoqué son recrutement puis la naissance de ses doutes.

"J'ai signé mon contrat avec le groupe le 6 juillet 2022. J'ai été nommé commandant du 1er escadron du 4e peloton du 7e détachement d'assaut. Quand on a commencé à intégrer des prisonniers, la situation a vraiment changé au sein de Wagner. Ils ont arrêté de nous considérer comme des êtres humains. On n'était plus que de la chair à canon", a-t-il confié.

Conception qui a bien sûr un lourd coût humain: Andrei Medvedev dit avoir perdu de "15 à 20 hommes", et raconte des exécutions par balle de prisonniers refusant de prendre part au combat ou accusés de trahison.

"Je n'ai commis aucun crime"

Il n'a donc aucune intention de s'éterniser auprès de son employeur. Sauf qu'à l'expiration de son contrat, en novembre, Evguéni Prigojine décrète que tous seront automatiquement reconduits. Andrei Medvedev ne veut pas entendre parler d'une telle prolongation. Il est alors battu. C'est alors qu'il se résoud à mettre les voiles et prend attache avec Gulagu.net.

CNN note d'ailleurs qu'Evguéni Prigojine ne nie pas du tout l'appartenance d'Andrei Medvedev à ses troupes pendant quelques mois. Sur Telegram lundi, il l'a reconnue, ajoutant toutefois que celui-ci aurait dû être "poursuivi pour maltraitances à l'égard des prisonniers".

Des sévices qu'Andrei Medvedev nie farouchement avoir exercés, dans un échange tenu également avec Vladimir Osechkine en décembre: "Je n'ai commis aucun crime. J'ai refusé de participer aux manoeuvres de Evguény Prigojine".

S'exiler pour survivre

Quoi qu'il en soit, après deux échecs précédents pour passer en Finlande, Andrei Medvedev a donc réussi sa fuite vers la Norvège vendredi dernier, franchissant la frontière dans sa partie arctique, en pleine nuit. Une fois du bon côté, il frappe à la première porte, comme il l'a encore retracé auprès de Vladimir Osechkine:

"J'ai expliqué la situation à une dame du coin dans mon mauvais anglais et lui ai demandé de l'aide. Et sur la route, la police et la douane m'ont interpellé. On m'a emmené dans un commissariat où j'ai été interrogé et inculpé pour entrée illégale sur le territoire. Je leur ai tout expliqué et je leur ai dit pourquoi je l'avais fait".

La police norvégienne a confirmé à la fois la présence d'Andrei Medvedev et sa demande d'asile. L'institution a continué en indiquant qu'une enquête était en cours. Pour Vladimir Osechkin, à nouveau sollicité par CNN, les choses sont simples: son exil était une question de vie ou de mort. "Sa vie était menacée. Il avait peur d'être exécuté comme Evguéni Nuzhin - avec une masse".

L'activiste faisait ici référence à ce déserteur présumé de Wagner dont la mise à mort a été filmée et publiée sur Internet en novembre dernier. On y voyait le soldat, la tête immobilisée contre une pierre puis frappée par la masse de ses bourreaux. Le tout pour la plus grande joie goguenarde d'Evguéni Prigojine qui avait salué publiquement "un magnifique travail de réalisation", "espérant" encore "qu'aucun animal n'a été blessé lors du tournage".

Article original publié sur BFMTV.com