Covid-19 : le "tourisme vaccinal", ce fléau qui inquiète aux États-Unis

Maxime Poul
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Il y a quelques jours, la Floride a publié de nouvelles directives pour mettre fin au "tourisme vaccinal" afin que la vaccination soit réservée aux résidents permanents ou temporaires de l'État.

Aux États-Unis, les stratégies vaccinales étant différentes dans chaque État, de nombreux Américains n’hésitent pas à traverser tout le pays pour avoir accès au vaccin contre le Covid-19, ce que beaucoup considèrent comme un injustice.

Depuis peu, un nouveau concept émerge aux États-Unis : le “tourisme vaccinal”. Alors que de nombreuses personnes voyagent chaque année à l’étranger pour recevoir des traitements médicaux comme la FIV, l’IVG, des implants mammaires ou encore capillaires, l’année 2021 voit apparaître les voyages pour obtenir un vaccin contre le Covid-19.

C’est aux États-Unis que ce concept est apparu en raison des très nombreuses stratégies de vaccination mises en place dans le pays, chaque État ayant la sienne. Dans le New Jersey, les fumeurs sont par exemple prioritaires sans avoir à fournir de preuve. Mais c’est surtout la Floride qui a attiré de nombreux opportunistes venus des États-Unis mais également du monde entier. Dans le “Sunshine State”, jusqu’à la semaine dernière, la vaccination était ouverte à toutes les personnes de plus de 65 ans, peu importe leur endroit de résidence.

Un package billet d’avion + vaccin

Comme dans de nombreuses régions du monde, le nombre de doses disponible est bien inférieur à la demande et des résidents floridiens se retrouvent privés de vaccins au profit d’autres américains et “touristes” du monde entier. C’est d’ailleurs en Inde que le concept de “tourisme vaccinal” est né lorsque l’agence de voyage Gems Tours & Travels a créé un package inédit : un voyage de quatre jours de Mumbai à New York avec une injection du vaccin contre le coronavirus, pour environ 2000 dollars. “Nous sommes fiers d’avoir inventé le terme de ‘tourisme vaccinal’, se félicite Nimesh Shah, spécialiste du développement commercial de l’entreprise, dans des propos relayés par ThePrint.

En Floride, les vaccinations de riches Canadiens, Brésiliens, Argentins ou Américains d’autres États ont fait polémique et obligé le Dr Scott Rivkees, chirurgien général de l’État, à signer un avis de santé publique exigeant que toutes les personnes qui se font vacciner résident en Floride. Il n’est donc plus possible de se rendre en Floride pour se faire vacciner à moins d’y être résident, mais plus de 40 000 personnes non-domiciliées en Floride ont pu profiter de cette pratique d’après les données de l’État partagées par NBC News. Si cela représente à peine plus de 2% des personnes vaccinées Floride, ce petit pourcentage a un impact sur les infrastructures souvent débordées de l’État. D’autant plus qu’en Floride au même titre que dans tous les États du pays, nombreuses sont les personnes à haut risque ou les personnels soignants à ne pas encore avoir eu accès au vaccin.

“Une opportunité injuste”

Dans d’autres États comme la Caroline du Nord, il n’y a également aucune exigence en termes de lieu de résidence, ce qui attire des Américains venus d’autres États et prive certains locaux d’une vaccination près de leur domicile. Les doses de vaccins sont réparties dans les États et les villes en fonction de la population adulte, c’est pourquoi ces voyages viennent perturber le bon déroulement des campagnes de vaccination. “Quand quelqu’un voyage pour le vaccin, il utilise des ressources, à la fois les doses et tous les mécanismes de distribution, qui étaient prévues pour une communauté différente”, signale au Guardian le Dr Kyle Ferguson, chercheur postdoctoral à la division d’éthique médicale de l’Université de New York, qui dénonce une “opportunité injuste”.

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D’autres spécialistes comme le Dr Jay Wolfson, professeur de santé publique à l’Université de Floride du Sud, évoquent un soucis concernant la seconde dose de vaccin et le suivi de ces patients. “Si vous donnez une dose du vaccin à quelqu’un qui n’est pas en mesure de revenir pour recevoir sa deuxième dose ou s’il y a un événement indésirable, qui est responsable ?”, s’interroge-t-il. S’il juge ces décisions compréhensibles, il estime qu’elles ne sont pas louables, notamment en raison de la mauvaise gestion globale de la pandémie par le gouvernement.

Une méthode qui profite aux plus riches

Pour le Dr Arthur Caplan, professeur de bioéthique à la NYU School of Medicine, les incohérences entre les États sont en partie responsable de ce fléau. Les personnes à haut risque qui pratiquent cette méthode sont “excusables” selon lui. Autre problème, le tourisme vaccinal ne fait qu’accentuer les inégalités raciales et sociales. Ceux qui le pratiquent sont des personnes qui ont les moyens de traverser les frontières à deux reprises pour recevoir les deux doses du vaccin et qui ont également les moyens technologiques pour prendre rendez-vous. Il a été constaté que dans de nombreux États, les vaccinés sont majoritairement blancs et habitent dans des quartiers aisés.

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