Le vaccin Pfizer est-il correctement administré ?

Matthieu Brandely
·10 min de lecture
Une dose du vaccin Pfizer-BioNTech administrée dans un EHPAD de Bobigny, le 30 décembre 2020.

Une erreur dans le protocole fourni par le ministère de la Santé pour la vaccination en EHPAD pourrait avoir une incidence sur l’efficacité du vaccin. L’erreur a été corrigée le 6 janvier.

Une aiguille inadaptée, une injection réalisée en sous cutanée et non pas en intra musculaire ou encore des précautions pas toujours respectées... Plusieurs médecins ont remarqué que le protocole fourni par Pfizer n’était pas scrupuleusement respecté lors des vaccinations des premiers patients, en regardant les images qui ont tourné en boucle sur les chaines d’information et les réseaux sociaux.

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“Une préparation et une vigilance particulière”

“Habituellement, la plupart des vaccins sont mono doses, conservés au réfrigérateur et prêts à l’emploi. Le vaccin Pfizer, entre son mode de conservation, à -70 degrés, et le fait que ce ne soit pas un vaccin mono dose, demande une préparation et une vigilance particulière”, met en garde Laurent Fignon, gériatre, qui a procédé a plusieurs vaccinations contre le Covid-19 en EHPAD.

Au-delà des conditions précises de conservation et de décongélation déjà largement relayées, le guide fourni par Pfizer partage également plusieurs manipulations précises qui semblent ne pas toujours être respectées, selon plusieurs médecins.

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Attention au mode d’administration du vaccin

Parmi les précautions d’usage non-respectées, celle concernant le mode d’administration du vaccin. “Le vaccin doit être administré par voie intramusculaire”, précise le fabricant. Or, alors que les professionnels de santé rivalisent de photos d’eux en train d’être vaccinés, certains mettent en garde contre un geste ressemblant à une injection en sous-cutané, pointe notamment le professeur Gilbert Deray, qui exerce à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

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Une erreur dans la notice du ministère de la Santé ?

Pourquoi ? Frédéric Adnet fait remarquer que le protocole indiqué par la notice du ministère de la Santé n’est pas le même que celui du fabricant. “J’ai la notice du ministère sous les yeux, il est indiqué par exemple qu’il faut réaliser un pli cutané. C’est un geste préalable à une administration en sous-cutané alors que Pfizer indique clairement que le vaccin doit être administré en intra musculaire”, note le chef des Urgences de l’hôpital Avicennes en Seine-Saint-Denis.

Frédéric Adnet précise avoir fait remonter l’erreur et que le protocole est en train d’être corrigé par les autorités. Le document du ministère a été partagé sur les réseaux sociaux.

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Une mauvaise technique conseillée par le ministère

Un pli cutané, qui revient à prendre la peau entre son pouce et son index, rend plus épaisse la peau et plus difficile d’atteindre le muscle avec l’aiguille. “C’est clairement une technique de vaccin en sous cutané. Pour un vaccin en intra musculaire, il faut au contraire étendre la peau, pour diminuer la masse et faciliter l’accès au muscle”, nous rappelle Laurent Fignon.

L’injection en sous-cutané, qui se réalise en inclinant l’aiguille à 45 degrés, vise à injecter le produit dans le tissu sous-cutané, situé sous la peau. L’injection intra musculaire, qui se réalise en inclinant l’aiguille à 90 degrés, vise à injecter le produit plus profondément, dans le muscle.

“Le vaccin ne doit pas être secoué !”

Autre erreur, l’oubli d’une consigne, pourtant présente dans les documents d’autres pays comme le Québec. Lors de la phase de reconstitution des doses, la notice fournie par le ministère de la Santé omet de préciser qu’il faut “retirer 1.8ml d'air dans la seringue”, une procédure visant à égaliser la pression dans la fiole contenant la dose de vaccin.

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Une étape qui “permet de limiter l’apparition de bulles dans les seringues qui servent à injecter le vaccin”, nous rappelle Laurent Fignon. Un oubli dans la notice qui peut avoir des conséquences plus problématiques, qui inquiètent davantage le gériatre.

Cette manipulation étant absente du guide édité par les autorités, pour évacuer les bulles d’air des seringues, “on voit des infirmières qui tapotent l’aiguille pour évacuer la bulle d’air, comme on le fait habituellement pour un vaccin, ou encore agitent le flacon. Sauf que ce vaccin à ARN contient des nanoparticules et ne doit pas être secoué, c’est clairement noté par Pfizer dans leur notice. Les nanoparticules de lipide n’aiment pas les chocs”, prévient le gériatre, qui craint que de telles manipulations, liée à l’oublie dans la notice des autorités françaises, puissent rendre le vaccin moins efficace.

“L’aiguille n’est pas de la bonne taille”

Au-delà d’une erreur dans la notice fournie par les autorités de santé en France, le matériel qui l’accompagne est aussi inadapté. “Pour les vaccinations, on a utilisé l’aiguille fournie par Santé Publique France, 25G, qui est une aiguille à sous-cutanée. Cela ne respecte pas totalement le protocole de Pfizer puisque l’aiguille n’est pas de la bonne taille”, nous indique Laurent Fignon, gériatre, qui a procédé à des vaccinations dans des EHPAD.

“Plusieurs hôpitaux ont été livrés avec ce types de seringues pré-montées. c’est bien une aiguille sous cutané de 16mm”, écrit notamment le gériatre, également membre du collectif Du côté de la science, qui note que d’autres hôpitaux ont reçu des aiguilles plus longues, de 25mm.

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Une aiguille trop courte pour atteindre le muscle ?

Le guide de vaccination français conseille d’utiliser des seringues de 23/25G, un nom qui désigne le diamètre de l’aiguille. Reconnaissables par leur couleur orange elles sont généralement utilisées pour les vaccins en sous cutanée, et ont pour la plupart une aiguille de 16 mm.

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Comme le rappelle Frédéric Adnet, “si l’aiguille est trop courte, elle ne peut pas atteindre le muscle, et le vaccin n’est alors pas fait en intra musculaire”. Aux États-Unis, les autorités sanitaires recommandent d’utiliser une aiguille dont la longueur varie entre 25,4mm et 38,1 mm selon la corpulence du patient. Selon les recommandations à destination des infirmiers, un vaccin administré par voie intra-musculaire correspond à une aiguille de type 21, 22 ou 23G.

À l’étranger, le vice-président américain Mike Pence, ou encore le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou ont été vaccinés au moyen d’aiguilles bleues, qui correspond au modèle 23G, dont la longueur varie entre 25 et 30mm.

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“Le vaccin pourrait tout de même être efficace en sous-cutané”

Malgré ces manquements, Laurent Fignon relativise. “La recommandation tient du fait que les tests ont été fait en intramusculaire. Rien ne dit qu’administrer le vaccin en sous-cutané nuit à son efficacité”, tempère le médecin en soins palliatifs.

“Le vaccin pourrait tout de même être efficace en sous-cutané, car il y a des cellules dendritiques, qui sont des cellules immunitaires qui attrapent les antigènes produits par les cellules vaccinées en ARN”, rappelle de son côté le docteur Axel Ellrod, citant le blog de Marc Gozlan, journaliste scientifique du Monde.

“Observer les effets secondaires”

“Pour savoir si le vaccin en sous-cutané a été efficace, il faut observer les effets secondaires prévus. Si le patient en ressent certains, c’est que le vaccin est efficace malgré la voie d’administration non respectée”, préconise Frédéric Adnet, qui a fait un rappel à ses équipes concernant le mode d’administration du vaccin.

Comment expliquer cette erreur ? Les médecins que nous avons interrogé plaident la bonne foi des équipes de vaccination : “Entre la notice du ministère qui préconise de faire un pli cutané et l’habitude des équipes de faire des injections en sous-cutané, l’erreur est compréhensible. Il suffit juste de leur faire un rappel avant les vaccinations”, nous décrypte Frédéric Adnet.

“Le vaccin fonctionne en intramusculaire, pourquoi faire autrement ?”

Alors que la campagne de vaccination en France n’en est qu’à ses tous débuts, les médecins que nous avons interrogé appellent à des briefings des équipes chargées de la vaccination. “Quand on a vacciné à l’EHPAD, on a répété les gestes à blanc avant, pour éviter les erreurs. Il faudra, a minima, rappeler aux équipes qui vaccinent que c’est en intramusculaire et qu’il ne faut pas tapoter l’aiguille”, prône Laurent Fignon, alors que le protocole édité par le ministère de la Santé doit être mis à jour.

“Mais si l’on envisage une vaccination en pharmacie ou dans les cabinets de généralistes, il faudra être vigilant que tous les professionnels soient prévenus des précaution à prendre dans la manipulation du vaccin”, met en garde le médecin membre du collectif Du côté de la science.

Le guide du ministère a été corrigé

“On a un vaccin qui fonctionne en intramusculaire à 94%. Pourquoi faire autrement ? Suivons les consignes du fabricant”, conclut le docteur Axel Ellrod. Le vaccin développé par Moderna, qui doit être autorisé en Europe dans les prochains jours, est aussi un vaccin à ARN messager, et devrait donc fait l’objet des mêmes précautions dans la manipulation que celui de Pfizer.

Le 6 janvier, le guide du ministère de la Santé a été corrigé. Il indique désormais qu’il faut tendre la peau et non pas réaliser un pli cutané. Autre correction apportée, concernant la taille des aiguilles. Le guide contient désormais une mention sur la "longueur adaptée à la corpulence du patient".

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