Covid-19 : comment convaincre les réticents à se faire vacciner ?

Maxime Poul
·7 min de lecture
Le gouvernement va avoir la difficile tâche de convaincre une grande partie des Français de se faire vacciner contre le Covid-19.

Alors que le gouvernement table sur des premières vaccinations contre le Covid-19 pour fin décembre-début janvier, la moitié des Français n’auraient pas l’intention de se faire vacciner. Quelle stratégie doit adopter l’exécutif pour convaincre les Français d’y avoir recours ?

Les récentes annonces des différents laboratoires pharmaceutiques concernant l’efficacité de leur vaccin-candidat contre le SARS-CoV-2 ont donné beaucoup d’espoir dans la lutte mondiale contre la pandémie.

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L’Agence européenne du médicament (EMA) a indiqué qu’elle pourrait approuver certains vaccins au début de l’année 2021, voire dès le mois de décembre. Une annonce qui semble donc être une bonne nouvelle pour les Français sauf que, selon plusieurs sondages, environ la moitié d’entre eux ne veut pas se faire vacciner. Des chiffres qui confirment que la France est, depuis de nombreuses années, l’un des pays les plus anti-vaccin de la planète.

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C’est pourquoi à l’approche de l’arrivée des premiers vaccins, le gouvernement met en place une importante stratégie de vaccination qui sera annoncée dans la semaine. La Haute autorité de santé a émis ce lundi matin son avis sur “les publics cibles” à vacciner en priorité et a défini “cinq phases progressives”.

Emmanuel Macron avait quant à lui annoncé mardi dernier, lors de son allocution, la création d’un “collectif de citoyen”.

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Un collectif citoyen pour “une augmentation de la confiance”

Une méthode qui pourrait permettre au gouvernement d’obtenir l’adhésion des Français en les impliquant directement dans cette politique vaccinale, comme cela avait été le cas il y a quelques années. C’est d’ailleurs ce que rappelait ce lundi sur les ondes de France Culture Robert Cohen, pédiatre infectiologue et coordinateur d’Infovac, la plateforme d’information sur les vaccinations explique tout l’intérêt de se collectif citoyen : “Un collectif citoyen doit comporter gens qui ne connaissent rien du tout. [...] En 2017, l’obligation vaccinale des petits nourrissons a été le fruit d’une conférence citoyenne qui a regroupé des gens de la société civile, de différentes professions de santé. Et à la fin, plusieurs enquêtes ont montré que les Français se sentaient mieux informés. Cela a abouti à une augmentation de la confiance.”

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“On fait confiance aux gens qui nous ressemblent”

Interrogé par Yahoo Actualités, Jocelyn Raude, psychologue social et spécialiste des maladies infectieuses émergentes, estime qu’il y a deux principes pour obtenir la confiance des gens : la similarité et la proximité. “Le principe de similarité, c’est qu’on fait confiance aux gens qui nous ressemblent. C’est pour cette raison que dans des tas de politiques de santé publique on implique des leaders d’opinion comme les sportifs, les chanteurs, des gens plus jeunes et plus diversifiés pour toucher un maximum de gens.” Selon lui, le gouvernement a mis du temps à réaliser qu’associer les Français aux mesures de prévention était un enjeu stratégique majeur. “Ils se sont aperçu que lors de l’échec de 2009, on ne s’était pas appuyés sur les bonnes personnes. On s’était appuyés sur les préfets et d’autres entités.”

L’importance des médecins généralistes

L’autre principe important évoqué par le sociologue est celui de proximité. Les personnes avec qui on échange régulièrement sont celles qu’on croit le plus : “Les experts avec lesquels on interagit le plus sont les médecins généralistes. Les enquêtes ont montré depuis de nombreuses années qu’au niveau des sources d’informations qui sont dignes de confiance, les médecins généralistes arrivent toujours en premier, devant la famille et les amis.” Jocelyn Raude rappelle que ce qui marche le mieux, c’est la “communication par le bas” : “Quand on forme les professionnels de santé et plus particulièrement les médecins traitants à l’accompagnement et à la décision vaccinale, on arrive à augmenter l’adhésion de la vaccination de l’ordre de 5 à 6 points.” S’ils peuvent paraître minimes, ces 5 ou 6 points sont très importants collectivement, souligne le sociologue.

L’exemple du vaccin antigrippal

Dans une tribune publiée ce lundi matin sur le site du Monde, les chercheurs en économie comportementale Rustam Romaniuc et Angela Sutan rapportent que plusieurs études ont prouvé qu’inciter les citoyens, sans les contraindre à se faire vacciner, pourrait être une stratégie efficace.

Lors d’une étude réalisée par un groupe de chercheurs de l’université Rutgers (États-Unis), deux types de messages ont été envoyés à 408 employés pour les informer d’une campagne de vaccination contre la grippe. Une partie d’entre eux a reçu un message avec la date, l’heure et le lieu de leur rendez-vous pour se faire vacciner, tout en pouvant se désister à tout moment. L’autre partie des employés a reçu un message auquel ils devaient répondre pour choisir une date pour se faire vacciner. Résultat, 92 % des employés du premier groupe ont maintenu leur rendez-vous, alors que seul la moitié du second groupe a fait les démarches nécessaires pour se faire vacciner.

Une étude qui prouve que la manière selon laquelle les personnes concernées sont incitées à se faire vacciner a un impact considérable.

Jouer sur l’influence sociale

Rustam Romaniuc et Angela Sutan évoquent également dans cette tribune publiée sur le site du Monde que “la pression par les pairs” est une stratégie comportementale efficace. Ils prennent pour exemple les campagnes de don du sang, ou encore les votes lors de l’élection présidentielle américaine. La stratégie est d’encourager à donner son sang ou à aller voter en offrant des badges, stickers ou bracelets pour signifier publiquement son adhésion pour une “bonne cause”. Plus les personnes auront ces stickers et s’afficheront publiquement avec, plus ceux qui n’en ont pas sentiront le besoin de le faire pour appartenir à ce groupe et être en quelques sortes moins exclu.

Les deux chercheurs en économie comportementale rappellent que cette stratégie n’est pas une solution miracle mais “au vu de leur faible coût de mise en œuvre, le retour sur investissement, qui se mesure en nombre de vies sauvées, est potentiellement considérable”.

Des célébrités en tête d’affiche ?

Preuve de l’importance de l’influence sociale de nos jours, le NHS, le système de santé publique au Royaume-Uni, prévoit de “recruter” des célébrités ainsi que des influenceurs sur les réseaux sociaux dans le but de persuader les gens de se faire vacciner. Les ministres britanniques et les membre du NHS dresseraient une liste de personnalités “sensées”, dans l’espoir que leurs conseils pour se faire vacciner soient dignes de confiance, selon les informations du Guardian.

Si aucun nom n’a été confirmé, les experts en communication du NHS estiment que le footballeur Marcus Rashford, admiré pour ses actions sociales comme la distribution de repas gratuits aux enfants pauvres, ou encore les membres de la famille royale seraient des recrues idéales.

Jocelyn Raude rappelle d’ailleurs que c’est une stratégie qui s’est déjà montrée payante par le passé. “Aux États-Unis, lorsque Magic Johnson qui était un grand basketteur s’est engagé dans la lutte contre le Sida, la recherche d’informations sur le VIH a fait un grand bond dans la communauté afro-américaine.”

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