Covid-19 : comment l'Inde s'est retrouvée submergée par le virus ?

Maxime Poul
·7 min de lecture
En Inde, la situation ne cesse de s’empirer jour après jour. Ce jeudi, le pays a recensé 315 000 nouveaux cas de Covid-19 en 24 heures, un record mondial.

Depuis plusieurs semaines, le nombre de nouveaux cas de Covid-19 et de décès liés à la maladie ne cesse de s'accroître en Inde, qui vit un véritable calvaire. Comment le deuxième pays le plus peuplé du monde en est arrivé là ? Explications.

Une seconde vague dévastatrice. Ces derniers jours, l'Inde connait de loin ses pires heures depuis le début de la pandémie et continue de s'enfoncer jour après jour. Ce jeudi, le pays a recensé 315 000 nouveaux cas, soit le bilan quotidien le plus élevé au monde depuis de début de l'épidémie, et enregistre environ 2 000 morts par jour. 

La capitale Delhi, la ville la plus touchée du pays, a débuté un confinement lundi soir pour au moins une semaine, tandis que l'État du Maharashtra, où se trouve la capitale financière Mumbai, a de nouveau resserré les restrictions ce mardi. De plus en plus de pays déconseillent les voyages en Inde renforcent les restrictions pour les voyageurs en provenance du pays qui a enregistré près de 16 millions de cas de Covid-19 et environ 185 000 décès, selon les chiffres officiels. 

Le bilan des morts largement sous-estimé

Le chaos dans les morgues du pays laisse cependant penser que les chiffres sont très largement sous estimés. La ville de Bhopal a par exemple procédé à plus de 800 crémations de morts du Covid-19 alors qu'officiellement, à peine plus de 30 personnes étaient décédées du Covid-19 sur cette même période.

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Les corps débordent dans les morgues et les hôpitaux sont plus surchargés que jamais. Dans un hôpital de Lucknow (Uttar Pradesh), qui se trouve dans l'un des États les plus pauvres du pays, les médias locaux ont rapporté qu'il y avait une file d'attente de 50 personnes par lit d'hôpital, indique le Financial Times. En observant le taux de positivité des tests qui monte en flèche ces dernières semaines dans le pays (+100% sur les deux dernières semaines), il est difficile d'imaginer la situation s'améliorer dans les hôpitaux dans les jours à venir. 

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Pourtant, au début du mois de février, le pays semblait avoir le virus sous contrôle avec à peine plus de 10 000 nouveaux cas quotidiens, un total très faible pour un pays de plus d'1,3 milliard d'habitants. Mais en deux mois et demi, le nombre de nouvelles infections a été multiplié par 30 prenant complètement de court le gouvernement. Pour preuve, le ministre de la Santé Harsh Vardhan indiquait au début du mois de mars, alors que les cas commençaient déjà à décoller, que le pays entrait dans la "phase finale" de la pandémie et se félicitait de la gestion de crise.

Un variant "double mutant"

La montée sans précédent des cas en Inde peut en partie s'expliquer par l'apparition et le développement d'un variant "double mutant", le B.1.617. Détecté pour la première fois en octobre 2020, ce "double mutant" est nommé ainsi parce qu'il possède une double mutation : à la fois L452R et E484Q. Deux mutations qui avaient déjà été détectées séparément mais jamais ensemble, d'où l'inquiétude des scientifiques qui craignent un variant plus transmissible et plus résistant aux anticorps.

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Cette mutation a été retrouvée dans 24% des échantillons prélevés en février et en mars dans le pays (contre 13% pour le variant britannique), selon un rapport publié par le site outbreak.info et relayé par Le Monde. Dans l’État du Maharashtra, où se trouve la capitale financière Mumbai, la prévalence du B.1.617 serait "actuellement de 55%" et oscillerait "entre 2 et 10%" dans le reste du pays, indique le généticien Rakesh Mishra, directeur du Centre de biologie moléculaire et cellulaire (CCMB), cité par Le Monde. Si ce variant semble donc se répandre plus rapidement et coïncide avec la situation catastrophique de ces derniers jours, il n'est pas encore classé comme un variant "préoccupant" et n'est pas le seul facteur responsable de cette flambée épidémique. 

Une levée des restrictions trop précoce

Si le gouvernement avait été félicité l'année dernière pour ses mesures prises rapidement, il est cette fois-ci critiqué pour un assouplissement trop rapide des restrictions. Le Premier ministre Narendra Modi a par exemple été accusé de donner la priorité à la politique intérieure plutôt qu'à la santé publique en organisant de nombreux meetings rassemblant des dizaines de milliers de personnes pour sa campagne électorale. 

Le Kumbh Mela, un festival religieux hindou qui est le plus grand pèlerinage du monde, est également largement pointé du doigt. Depuis la fin du mois de janvier, il a attiré pas moins de 25 millions de personnes, dont 4,6 millions la semaine dernière, sans respect des distanciations sociales et très souvent sans le port du masque. 

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Un système de santé pas prêt et débordé

Pour Vineeta Bal, scientifique à l'Institut national d'immunologie interrogée par le Financial Times, les racines de cette crise sont bien plus profondes. Selon elle, cette situation traduit des années de négligences des infrastructures de santé publique. Par rapport aux autres pays, l'Inde est très en retard en termes de dépenses pour la santé.

De très nombreux rapports font état des patients dans l'incapacité de trouver des lits dans les hôpitaux, à tel point que les appels se multiplient sur les réseaux sociaux pour obtenir de l'aide et trouver des soins, rapporte le Guardian

Le pays fait également face à une pénurie d'oxygène et de médicaments. De nombreux hôpitaux ont lancé des appels désespérés au gouvernement central pour qu'il fournisse d'urgence des réserves d'oxygène pour pouvoir continuer d'alimenter les personnes sous respirateurs artificiels. Il y a également une forte augmentation des demandes de tests à laquelle le système de santé et les laboratoires n'étaient pas prêts, avec une demande trois fois supérieure à celle de l'année dernière.

VIDÉO - Covid en Inde: 315.000 cas en 24h, pénurie d'oxygène dans les hôpitaux

Un marché noir et des mouvements de solidarité en ligne se sont donc organisés à travers le pays. Des dizaines de personnalités locales se mobilisent pour trouver et partager des informations sur la disponibilité en temps réel de lits d'hôpitaux, de lignes d'assistance locales, de numéros de pharmacies approvisionnées ainsi que de services de livraison de nourriture.

Une vaccination insuffisante

Malgré une vaste campagne de vaccination lancée de le pays, elle est beaucoup trop insuffisante pour avoir un effet réel et immédiat sur l'épidémie. 127 millions de doses ont été administrées, mais seulement 17 millions d'Indiens ont reçu les deux doses, soit 1,3% de la population. De plus, le gouvernement a déclaré la semaine dernière qu'il lui restait moins des 27 millions de doses en stock, soit neuf jours de vaccination. Plus grand producteur mondial de vaccin, l'Inde a décidé à la fin du mois de mars de ne plus exporter ses doses pour donner la priorité à sa population et affronter cette deuxième vague meurtrière.

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