Covid-19 : pourquoi le variant indien inquiète particulièrement

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Le variant B.1.617, qui présente une double mutation, pourrait être à la fois plus transmissible et plus résistant aux vaccins.

L'Inde fait face à une impressionnante flambée des cas de Covid-19 ces dernières semaines, avec une augmentation du nombre de cas bien plus importante que durant la première vague, qui avait touché le pays à l'été 2020.

Évolution des nouveaux cas de Covid-19 en Inde, par million d'habitants.
Évolution des nouveaux cas de Covid-19 en Inde, par million d'habitants.

En cause, l'apparition et le développement d'un variant "double mutant", le variant B.1.617, détecté pour la première fois le 7 décembre 2020, et qui a été identifié dans cinq États où l'épidémie flambe particulièrement, dont le Maharashtra, Delhi ou le Punjab, rapporte le Times of India.

Une double mutation qui inquiète

Si ce variant inquiète tout particulièrement, c'est parce qu'il possède une double mutation : à la fois L452R et E484Q. Si ces mutations avaient déjà été détectées séparément, c'est la première fois qu'elles sont détectées ensemble.

VIDÉO : Covid-19 : comment naît un variant ?

La mutation L452R, détectée dans le "variant californien" est connue pour rendre le virus plus transmissible, et pourrait également être plus résistante aux vaccins que le virus d'origine.

La mutation E484Q, dont la preuve d'une contagiosité n'a pas encore été apportée, est moins sensible aux anticorps neutralisants. Or, la mutation E484 est celle retrouvée dans les variants sud-africains et brésiliens, qui pourraient réduire l'efficacité des vaccins. Comme le rappelle la revue de vulgarisation scientifique Pour la science, la mutation E484K réduirait le pouvoir neutralisant des anticorps d’un facteur 35 à 60 avec les mutations E484K, E484Q et E484P.

À la fois plus transmissible et plus résistant au vaccin ?

La crainte des scientifiques, c'est que l'addition de ces deux mutations fasse du variant B.1617 un variant à la fois plus transmissible, mais également plus résistant aux anticorps, issus d'une ancienne infection ou d'un vaccin, favorisant ainsi les réinfections.

C'est l'hypothèse avancée pour expliquer la situation en Inde, qui fait face à une impressionnante hausse des cas. Un communiqué du ministère de la Santé indien du 24 mars rapporte que 15 à 20% des PCR réalisés dans l'État du Maharashtra concernent le variant indien, B.1617. Le variant serait ainsi responsable de l'augmentation de 55% des cas dans cet État où se trouve la ville de Mumbai.

Plusieurs pays touchés par le variant indien

Un variant indien qui se propage à l'internationale. Si 70% des cas rapportés à la base de données mondiale GISAID provient d'Inde, 23% proviennent du Royaume-Uni, 2% de Singapour et 1% d'Australie. Les États-Unis sont aussi concernés, rapporte CNBC.

Cinq cas de variant indien ont été détectés dans la région de San Francisco, où la plupart des restrictions anti-covid doivent être levées d'ici au 15 juin. "On s'attend à ce qu’avec la combinaison de E484 avec L452R, il puisse y avoir une augmentation de la transmission ainsi qu’une réduction de la neutralisation des anticorps”, a déclaré le Dr Benjamin Pinsky, directeur médical du laboratoire de virologie clinique de Stanford, qui a détecté les cas de variant indien.

Des vaccins malgré tout suffisamment efficaces ? 

"Les vaccins existants devraient être légèrement moins efficaces pour prévenir l’infection par cette nouvelle variante mais tous les vaccins sont extrêmement efficaces pour prévenir les hospitalisations et les décès", a précisé le docteur Pinsky.

Si les caractéristiques du variant indien inquiètent, Peter Chin-Hong, expert en maladies infectieuses à l’Université de Californie à San Francisco, se veut plutôt rassurant : "Si la variante britannique entrait dans un ring de boxe avec la variante indienne, la variante britannique en sortira probablement victorieuse. Mais seul le temps nous le dira", a-t-il affirmé à CNBC, estimant que la très forte contagiosité de la variante britannique lui suffirait à rester majoritaire face au variant indien. 

De quoi renforcer un peu plus le débat sur la quarantaine obligatoire à respecter à l'entrée en France en provenance de pays où circulent activement des variants inquiétants. Ces derniers jours, la situation sanitaire au Brésil incite plusieurs scientifiques à réclamer une quarantaine obligatoire en provenance du Brésil, voire une interdiction des vols, comme plusieurs pays, à l'instar du Portugal, l'ont fait.

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