Résistant au variant sud africain, moins efficace... Le vaccin Astra Zeneca ne convainc pas les soignants

Matthieu Brandely
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Le vaccin développé par Astra Zeneca est censé être à destination aux soignants de moins de 65 ans et aux 50-65 ans présentant des comorbidités. Mais les études mettant en doute son efficacité se multiplient.

À peine le vaccin Astra Zeneca est arrivé en France que la stratégie des autorités avec ce vaccin interroge. Dans un premier temps, ce vaccin est à destination des professionnels de santé de moins de 65 ans et les personnes âgées entre 50 et 65 ans qui présentent des comorbidités. 273 000 doses arrivent en France cette semaine, 304 800 la semaine suivante.

Facile à conserver, peu coûteux, ce vaccin est censé accélérer la vaccination de masse en France. Mais selon une étude menée en Afrique du Sud, l’efficacité face au variant sud-africain est “limitée”. “Le variant sud-africain réduit l’effet de tous les vaccins étudiés jusqu’à présent. Mais Astra Zenaca, dont l’efficacité était déjà moindre sur la souche dominante, semble encore plus affectée par ce variant”, rappelle Florian Zorès, cardiologue et membre du collectif Du côté de la science.

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“Astra Zeneca ne doit pas être donné aux soignants, quelque soit leur âge”

L’étude menée en Afrique du Sud, dont les scientifiques pointent la faiblesse en raison du faible nombre de personnes concernées et des intervalles de confiance très larges, indique que le vaccin d’Astra Zeneca a une efficacité “limitée” contre les formes légères dues au variant sud-africain. En revanche, il semble tout de même empêcher les formes graves.

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“ll faut conclure de cette étude que le vaccin Astra Zeneca ne doit pas être donné aux soignants, quelque soit leur âge. Pour les protéger, il faut des vaccins à ARN, bien plus efficaces”, estime Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie et membre du collectif Du côté de la science.

Moderna et Pfizer efficaces contre le variant sud-africain

Un avis partagé par le syndicat UFML (Union française pour la médecine libre) qui souhaite que “les soignants exposés au Covid-19 bénéficient des vaccins les plus protecteurs”. “Donner un vaccin moins efficace aux soignants, qui sont davantage exposés au virus, ça n’a pas de sens !”, déplore Jérôme Marty, président du syndicat UFML, qui estime que l’étude menée en Afrique du Sud doit inciter à revoir la stratégie vaccinale.

Le syndicat UFML demande de ne pas vacciner les soignants avec le vaccin AstraZeneca.
Le syndicat UFML demande de ne pas vacciner les soignants avec le vaccin AstraZeneca.

Selon une étude parue dans la revue Nature, le vaccin de Pfizer serait lui efficace face aux variants sud-africains et anglais. Le fabricant de l’autre vaccin à ARN, Moderna, expliquait la semaine dernière que son vaccin était également efficace contre les deux variants, malgré “une réduction par six” des niveaux d’anticorps contre le variant sud-africain Les niveaux d’anticorps “restent au-dessus de ce qui est attendu comme nécessaire pour procurer une protection”, expliquait alors le fabricant.

Olivier Véran cherche à rassurer

Ce lundi, Olivier Véran, neurologue de formation, a reçue une première injection du vaccin Astra Zeneca, ciblé comme étant un médecin de moins de 50 ans. Interrogé sur les craintes liées au vaccin, il a tenu à rassurer.

“Je continue de recommander aux soignants la vaccination des publics cibles par le vaccin Astra Zeneca qui protège contre au moins 99% des souches qui circulent aujourd'hui dans notre pays”, assène le ministre de la Santé, écartant ainsi une adaptation de la stratégie vaccinale. Selon la dernière enquête, 1 à 2% des tests positifs en France correspondent au variant sud-africain.

Un vaccin moins efficace

Mais au-delà du variant sud-africain, la crainte immédiate des soignants, c’est que le vaccin Astra Zeneca ne soit pas assez efficace pour éviter les contaminations à l’hôpital, et multiplie les clusters. Son efficacité était évaluée à environ 70% sur la souche dominante du SARS-COV-2, contre plus de 90% pour les deux vaccins à ARN, de Pfizer/BioNTech ou de Moderna.

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“Les soignants sont exposés à une charge virale plus importante que la population, et ont donc plus de risque d’être contaminés. Si le vaccin qui leur est injecté est moins efficace, davantage de soignants seront malades, et les hôpitaux auront moins de personnel et seront davantage débordés”, craint Florian Zorès, du collectif Du côté de la science.

“L’idée n’est pas que les soignants bénéficient d’un passe-droit, mais bien d’optimiser les vaccins afin de protéger au mieux la population et de maîtriser l’épidémie”, tient à préciser le cardiologue. Un argument renforcé par une étude dans Nature, indiquant que le vaccin de Pfizer réduirait la transmission du virus. Une inquiétude à laquelle le ministre de la Santé n’a pas répondu.

Autre crainte des soignants, dans l’hypothèse où le variant sud-africain se propagerait en France. En première ligne face aux malades et exposés avec un vaccin moins efficace, ils craignent d’être davantage touchés dans cette hypothèse.

Astra Zeneca pour les jeunes adultes ?

Si le vaccin Astra Zeneca est critiqué, il n’en reste pas moins très utile, estime Eric Billy. “C’est un vaccin facile à conserver, peu coûteux, qui est très utile pour la vaccination de masse. Plutôt que les soignants, on pourrait le destiner aux jeunes adultes, sans comorbidité, qui ne sont pas particulièrement exposés au virus et qui ont peu de risque de faire de formes graves, comme les 18-35 ans”, ajoute le membre du collectif Du côté de la science. “Plus on vaccinera de monde, plus on se donnera des chances de maîtriser l’épidémie” renchérit Jérôme Marty.

Lors de l’examen des données d’Astra Zeneca, les autorités de santé européennes avaient décidé de ne pas le recommander aux plus de 65 ans, en raison du manque de données sur cette tranche d’âge. Si la France a suivi cette décision, certains pays sont allés plus loin. L’Italie ne vaccine pas de plus de 55 ans avec ce vaccin, tandis que la Suisse a refusé d’approuver le vaccin, réclamant davantage de données sur son efficacité avant de se prononcer.

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