Corée du Sud: comment la bousculade à Séoul peut-elle être aussi meurtrière?

Au moins 153 personnes sont mortes en marge d'une célébration d'Halloween dans la capitale sud-coréenne. Les autorités locales sont aujourd'hui pointées du doigt pour leur manque d'anticipation.

Le chiffre a de quoi donner le tournis. Plus de 150 personnes sont mortes dans un mouvement de foule survenus samedi à Séoul, en Corée du Sud, en marge d'une manifestation d'Halloween. Au-delà du choc, ce nombre interroge: comment une bousculade peut causer un nombre aussi élevé de morts?

L'asphyxie première cause des décès

La foule était dense ce soir-là dans les rues de la capitale coréenne, 100.000 personnes étaient de sortie pour célébrer Halloween en grandes pompes pour la première fois en plus de deux ans de pandémie de Covid-19.

Sous le coup de la panique, la bousculade a viré au drame. D'après les médecins, la plupart des victimes sont mortes d'asphyxie, incapables de respirer alors qu'elles étaient entassées dans d'étroites ruelles.

Le phénomène peut surprendre, mais lorsqu'une foule se densifie de façon très importante, il devient rapidement difficile de bouger et donc de se dégager, explique The Conversation.

Le média en ligne développe que, selon le chercheur Dirk Helbing, théoricien du "tremblement de foule", dès que le seuil critique de 6 personnes par mètres de carré est atteint, le moindre contact physique entraîne une bousculade. L'espace pour inspirer se réduit dans le même temps, causant des difficultés respiratoires.

Hong Ki-Jeong, un médecin urgentiste intervenu sur place revient sur ce phénomène auprès de l'agence de presse sud-coréenne YNA. "La plupart des gens n'arrivent pas à reprendre leur souffle en raison d'une asphyxie profonde", indique-t-il.

La réanimation parfois "impossible"

Certaines personnes se retrouvent asphyxiées parce que compressées par la foule, tandis que d'autres trébuchent et se retrouvent piétinées. Bloquées au sol, elles ne disposent plus, là non plus, de suffisamment d'espace pour respirer correctement.

"Alors que les gens essayent de se relever, leurs bras et leurs jambes s'entremêlent. L'irrigation sanguine du cerveau commence à se réduire", décrit le docteur G. Keith Still, auprès d'Associated Press (AP).

Si de nombreuses personnes ont été prises en charge par les secours et ont reçu des massages cardiaques, dans certains cas, selon le médecin sud-coréen, la réanimation est "impossible".

En effet, certaines victimes ont manqué d'oxygène pendant une durée importante, ce qui a causé des lésions cérébrales irréversibles. "Cela a empêché en grande partie de les secourir", explique-t-il.

Peu de temps pour intervenir

Le cerveau, irrigué par de nombreux vaisseaux sanguins, nécessite de fait un apport important en oxygène, selon l'Institut du cerveau. S'y n'est pas correctement alimenté, la mort peut donc survenir de façon très rapide.

"Il suffit de 30 secondes pour perdre conscience et il suffit d'environ 6 minutes pour développer une asphyxie compressive ou restrictive".

Si les secours n'interviennent pas rapidement, le bilan peut donc vite grimper.

Seule la prévention peut donc fonctionner pour prévenir ce type de drame lors de grands rassemblements. Patrick Hertgen, pompier urgentiste et conseiller à la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, estime, dans les colonnes du Parisien que des mesures strictes doivent être mises en place allant du "contrôle des accès", à la mise en place d'un "nombre de personnes maximum par m² à un endroit (précis)".

"Le gouvernement enquêtera rigoureusement sur la cause pour qu'un tel accident ne se reproduise plus à l'avenir", a promis, à ce sujet, le président sud-coréen.

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Que sait-on de la bousculade mortelle qui a fait 151 morts à Séoul samedi soir ?